Fuhrer, The Shargi Architecture of Jaunpur, pp
Conquête du Bengale. — La conquête du Bengale suivit celle du Bihar, Minhâj-us-Sirâj, dont la source de renseignements est un certain Shams-ud-din soldat du Farghanah, au service de Mohammed ibn Bakhtiyar, écrit : « Mohammed ibn Bakhtiyar fit mettre une armée sur pied, quitta le Bihar et apparut subitement devant la ville de Nudiah; préférant la ruse à la force, 18 cavaliers seulement marchaient avec lui, et les autres troupes ne faisaient que le suivre. Atteignant les portes de la ville, Mohammed ibn Bakhtiyar ne fit de mal à personne, mais avança tranquillement et sûrement, de sorte que les gens de l'endroit le prirent, lui et son escorte, pour de simples marchands de chevaux, et n'imaginèrent pas qu'il pût être Mohammed ibn Bakhtiyar, jusqu'à ce qu'ayant atteint l'entrée du palais de Rai Lakhmaniah, il eut tiré son épée et commencé le massacre des incroyants1. » Le même auteur ajoute que le raja dînait; quand il entendit les cris et les lamentations des victimes, il perdit la tête, et pieds nus, s'enfuit de son palais par une porte de service. Les trésors du Rai, ses femmes, ses serviteurs et ses courtisans furent saisis. Rai Lakhmaniah s'enfuit vers Dacca2, où ses descendants, chefs infimes, continuèrent à régner de longues années. Il faut regarder cette relation comme exagérant les faits
1. Tabaqal-i-Nasiri, I, pp. 557-58. Minhâj (I, pp. 551-552) écrit qu'ils étaient deux frères, Nizamuddin et Shams-ud-din, natifs de Farghana et au service de Mohammed ibn Bakhtiyar. Il rencontra Shams-ud-din à Lakhnauti en 1243 et son récit de la conquête du Bengale est basé sur les renseignements qu'il lui fournit. Il est indubitable que le Bengale ait été conquis, mais il y a de sérieuses contradictions sur la manière dont il fut conquis.
2. Le raja s'enfuit à Vikramapur, près de Sonârgâon, qui était le refuge de tous les mécontents de Gaur. Il mourut un peu après, en 1205 ap. J.-C.
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et les recherches modernes ont démontré Terreur commise à propos du qualificatif de « Rai âgé » du Bengale. Mohammed détruisit la ville de Nudiah et fit de Lakhnauti ou Gaur, sa capitale. 11 soumit à son contrôle le pays entier et y introduisit les éléments de l'administration musulmane. La lecture de la Khotba fut ordonnée ainsi que la frappe d'une nouvelle monnaie1, probablement au nom du Sultan Muiz-ud-din pour lequel le général professait un grand respect; pour les hommes pieux, on fonda des collèges et des monastères. Mohammed envoya à son maître Qutb-ud-din une grande part des richesses de Nudiah.
Conquête de Kalinjar. — L'année 1202 ap. J.-C, Qutb-ud-din marcha contre Parmardi ou Parmâla, prince Chandela du Boundelkhand. Comment ce dernier eût-il pu résister aux armées musulmanes quand des héros tels que Prithvîrâja et Jayachandra avaient succombé à leurs attaques !
Le raja fut vaincu et les musulmans s'emparèrent du fort de Kalinjar, célèbre dans tout l'Hindoustan, détruisirent les temples, « 50.000 hommes furent réduits en esclavage, et la plaine se couvrit d'Hindous2 ». Ensuite les forts de Kalpi et Badâon
1. Le passage original des Tabaqal-i-Nasiri a été traduit dans Elliot, II, p. 309, en ce sens qu'il ordonna la lecture de la Khutbâ en son propre nom, mais la traduction du major Raverty ne corrobore pas cette opinion. Il établit clairement, dans une note, I, p. 559, que le texte n'indique rien à ce sujet. Voir aussi Thomas, Chronicles, p. 110.
2. Taj-ul-Maasir, Elliot, II, p. 231. Voici l'ordre dans lequel ces conquêtes furent accomplies :
1° Ajmer; 2° Thangar ou Biyana; 3° Gwalior; 4° Nehrwala; 5° Kalinjar; 6° Mahovâ, Kalpi; 7° Badâon.
Firishta et l'auteur du Taj-ul-Maasir sont plus ou moins d'accord
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devinrent la proie de Qutb-ud-din qui se trouva ainsi maître de toutes les villes importantes de l'Inde du Nord. Le vice-roi ne démentit vraiment pas la confiance que son maître avait placée en lui !
La chance tourne. — Les gouverneurs de Ghazna n'étaient point satisfaits de leurs domaines hindous; ils eurent pour l'Occident, pour les riches terres de l'Oxus, des regards avides. Ils avaient, depuis l'époque de Mahmoud, essayé, mais en vain, de les annexer définitivement à leur empire; ils n'en avaient retiré que pertes et désappointement. Mohammed qui avait à administrer, aux Indes, de plus vastes territoires que ses prédécesseurs, suivit la même tactique et envahit le Kharezm avec une forte armée, en l'an 601 de l'hégire (1204 api. J.-C). Le Shah du Kharezm obtint l'assistance du Khorassan, et de Ghour, Khan de Karâkhitây, et ces effectifs combinées marchèrent à la rencontre de l'ennemi. Le Shah et ses alliés harcelèrent les troupes du Ghouride jusqu'à ce qu'il se vit forcé de livrer bataille. Les forces étaient inégales; l'armée musulmane fut mise en déroute et Mohammed échappa tout juste à la mort1. Un tel désastre ne peut être qu'un signe de confusion dans un Etat où tout dépend de la personnalité du gouverneur; Mohammed vaincu, la panique s'empara de son royaume. En hâte, un officier de Ghazna partit pour les Indes, et se déclara gouverneur de Moultan, de par des ordres royaux supposés; l'armée l'accepta. Taj-ud-
sur l'ordre de ces événements. Briggs, I, pp. 179-80 Elliot, II, pp. 225-232. Sous réserve d'une légère différence, les Tabaqat-i-Nasiri sont également du même avis, I, p. 470.
1 . Le Taj-ul-Maasir dit que le Sultan eut à subir un léger revers, ce qui n'est pas exact.
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din Yaldoz s'institua souverain de Ghazna et en ferma les portes au Sultan vaincu. La turbulente tribu des Khokhars s'agita, souleva les districts du Pendjab; de tous les coins du pays éclataient des révoltes et des conspirations contre l'autorité du Sultan. Mais ces fâcheuses augures n'arrêtèrent pas l'élan de Taj-ud-din; il rentra en possession de Moultan et de Ghazna, et se dirigea sur l'Hindoustan pour châtier les Khokhars. Ceux-ci bloqués par les armées du Sultan à l'ouest et celles de Qutb-uddin à l'est, se rendirent compte de l'impossibilité de conserver leur position; ils n'en luttèrent pas moins désespérément, mais furent vaincus aux abords d'un gué de la Jhelum. Fort de cette victoire, le Sultan rentra à Lahore, accompagné de Qutb-uddin.
L'armée des Khokhars avait été vaincue, mais non leur esprit de révolte. Cette défaite était une nouvelle cause de vengeance; n'ayant pas réussi par les armes, ils eurent recours à la ruse. Sang pour sang, tel était le principe de justice de ces primitifs; quelques-uns d'entre eux conspirèrent contre la vie du Sultan. Sur son chemin de Lahore à Ghazna, le Sultan fit halte à Dhamyak, dans le district de la Jhelum, en mars 1206, il y fut assassiné1 par
1. Le Taj-ul-Maasir dit que le Sultan fit halte sous la tente, aux abords de Dhamyak, sur les rives d'un simple ruisseau. Là, pendant qu'il récitait sa prière du soir, quelques hommes impies s'approchèrent en courant et tuèrent trois gardiens et deux valets. Puis ils cernèrent la tente du Sultan et un ou deux de ces trois ou quatre hommes coururent Jusqu'à lui et le blessèrent à cinq ou six reprises (Elliot, II, p. 235-36). Firishta est à peu près d'accord. Briggs, I, pp. 105-106; Raverty {Tabaqat-i-Nasiri, I, pp. 484-85) dit qu'en l'an 601 de l'hégire, au relai de Dhamyak, il atteignit les souffrances du martyre de la main d'un disciple de la secte des Malahidah, et en mourut.
Une lettre de l'époque écrivit cette épitaphe que nous rendrons
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un fanatique de la secte des Malahidah. Combien furent prophétiques ces paroles que, fatigué d'être à son service, Imam Fakhr-ud-din Razi adressa au Sultan : « Oh ! Sultan Muizz-ud-din, ta grandeur et ta gloire ne dureront point, non plus que les flatteries et les hypocrisies d'un Razi ! »
Jugement sur Mohammed. — Minhâj-us-Sirâj déverse un flot de louanges sur la munificence de Mohammed et la manière dont il protégea les sciences et les lettres. Firishta, qui est plus pondéré dans son admiration, célèbre aussi sa générosité envers les lettrés et dit qu' « il fut un monarque juste, craignant Dieu et ayant toujours à cœur le bien de ses sujets. Moins fanatique que son prédécesseur, Mohammed avait plus que lui le sens de la politique; il vit clairement le délabrement de la politique hindoue et résolut d'organiser un système d'administration permanent. L'amour du lucre ancré en Mahmoud avait borné son horizon et l'avait privé des avantages plus importants, que la conquête de l'Inde devait infailliblement apporter au vainqueur. Mohammed le Ghouride adopta dès le début une autre tactique; il voulut consolider ses conquêtes, et il eut pour l'aider à ce travail, son général actif et capable. Qutb-ud-din, qui devait fonder plus tard une dynastie de rois de Delhi. Mahmoud n'envisa-
le plus fidèlement possible : « Muizz-ud-din — Ce souverain de la terre et de la mer, qu'aucun monarque n'égala Jamais depuis le commencement du monde, — le troisième jour de Chaban, de l'an 602, fut martyrisé sur le chemin de Ghazna, à la halte de Dhamyak ». Lane-Poole a tort quand il dit que le Sultan ne patronna pas les lettres. Raverty, Tabaqal-i-Nasiri, I,p.487; Firishta, texte de Lucknoxr, p. 60; Lane-Poole, Mtdiatval India, I, p. 55; Ranking, Al- Baddont, I, p. 79.
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gea jamais la possibilité d'une conquête définitive. Avant lui, les Arabes avaient occupé une province qui n'était, en aucune façon, très productive. Mahmoud avait traversé le pays comme un ouragan, et était revenu dans sa patrie avec des butins fantastiques. Les richesses et non la terre, la suppression de l'idolâtrie et non l'annexion, tel était l'objet de ses incursions; et quand il l'eut rempli, ces milliers d'Hindous ne l'intéressèrent plus. Il n'eut aucun désir de fonder un empire sur la terre hindoue. Mais en Mohammed brûlait la flamme du vrai conquérant; il se rendit maître de la terre, dans l'intention de la garder. Il ne fallait pas penser à la conquête totale de l'Inde tant qu'il restait dans les veines des Rajpoutes un seul globule de sang ancestral. Cependant, pour la première fois, les musulmans gouvernaient directement de vastes territoires. Qutb-uddin fut nommé vice-roi en Hindoustan et chargé d'étendre plus encore le domaine de l'Islam. Cet acte montre assez quelles étaient les prétentions de Mohammed. C'est un fait qu'il ne demeura pas aux Indes, mais comme d'autres ambitieux de son temps, il désirait conquérir les contrées de la Perse et de l'Oxus. On ne pourrait l'en blâmer, car aucun des souverains de Ghazna ne fut exempt de cette ambition occidentale. Son œuvre hindoue fut plus solidement bâtie. L'empire de Ghazna se démembra après sa mort, le royaume avait besoin d'un chef puissant; mais le pouvoir musulman qu'il installa aux Indes ne fit que s'accroître et de ses humbles débuts le royaume de Delhi se développa peu à peu en l'un des plus grands empires d'Orient. Ce ne fut pas une des moindres contributions à la gloire de l'Islam !
Avènement de Qutb-ud-din. — Le Sultan Muizzud-din Mohammed ibn Sam mourut sans laisser d'héritier mâle. Minhâj-us-Sirêj écrit que lorsque l'un des courtisans favoris entretint le Sultan du triste défaut d'héritier, celui-ci répondit avec la plus complète indifférence : « D'autres monarques peuvent avoir un fils, deux fils; j'ai des milliers de fils, mes esclaves turcs, qui hériteront de mes terres, et sauront, après moi, faire respecter mon nom dans la Khotba, au travers de tous ces territoires », Naturellement, après la mort de son maître, Qutbud-din fut un des premiers prétendants au trOne. Il fut élu Sultan par les Emirs turcs et les généraux approuvés par le chef de Ghour. Il devint gouverneur de l'Hindoustan et fonda la dynastie qui prit son nom. Aibek1 à ses débuts, avait été esclave; le Qazi de Nichapour l'acheta et l'instruisit. Il lut le Coran, se distingua dans l'équitation et au tir à l'arc et acquit une réputation pour son intrépidité et son courage. Après la mort du Qazi, ses fils le vendirent à un marchand qui l'emmena à Ghazna et le vendit à son tour au Sultan Muizz-ud-din. Quoique extrêmement laid physiquement, Aibek était
1. Le Major Raverty écrit qu'Ibâk signifie « aux doigts faibles », et il nous explique dans une longue annotation que ce mot était un sobriquet. Firishta dit nettement qu'il fut appelé Aibek parce qu'il avait le petit doigt cassé. Dans le texte des Tabaqat-i-Nasiri, on ne trouve l'interprétation que donne le Major Raverty. En outre, il ne semble pas qu'Ibâk veuille signifier « doigt » en turc. Il semble qu'Aibek ait été le vrai nom de l'esclave. A cette époque, plusieurs esclaves portèrent ce nom-là. Epigraphia Indo-Moslemica, 1911-12, p. 120; Major Raverty, Tabaqat-i-Nasiri I, p. 513-14; Briggs, Firishta, I, p. 190; Thomas, The Chronicles of Palhan Kings, p. 32; Ranking, Al-Badâoni, I, p. 77. Voir la note 2, dans laquelle le traducteur dit que ai en Turquie veut dire « lune » et bek signifie seigneur. Il dit que le rapport avec la lune fut la raison du nom et non pas du doigt cassé.
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doué de très grandes qualités; par son seul mérite, il s'éleva au rang d'Emir Akhur (maîtres des écuries) et fut nommé chef d'une escorte de palefreniers lors de l'expédition du Sultan contre le Shah du Kharezm. Durant toutes ces expéditions Aibek le servit loyalement, et en récompense de son dévouement, il reçut la charge des possessions hindoues. Vice-roi de l'Hindoustan, ses grands talents militaires lui permirent d'étendre considérablement les terres conquises par son maître. Des liens matrimoniaux assurèrent son pouvoir : il épousa la fille de Taj-ud-din Yaldoz, donna sa sœur en mariage à Qubaicha et fiança sa fille à Iltutmish, l'un de ses propres esclaves.
Ses conquêtes. — Aibek prit Hansi, Mirât, Delhi, Ranthambor et Kol; quand Mohammed avança contre le raja de Kanauj, il se porta à sa rencontre jusqu'à Peshawar et le commandement de Pavantgarde de l'armée royale lui fut confié. Le Sultan rentré à Ghazna, Aibek soumit le pays jusqu'à Bénarès, et triompha d'Hari Raja, frère de Prithvîrâja, qui avait expulsé Kola d'Ajmer; il prit enfin la ville de Gwalior. Qutb-ud-din concentra ses forces contre Nehrwala, dont le chef fut tué dans une lutte sanglante et le pays entier fut ravagé par les musulmans. L'Inde jouit alors pendant six années, de 593 à 599 de l'hégire (1196-1202 ap. J.-Cy) d'une période de paix, due, probablement, à ce que Ghiyas-ud-din et Muizz-ud-din étaient tous deux fort occupés par les affaires du Khorassan et la puissance toujours croissante de leur dangereux rival, le Shah du Kharezm. Les Hindous avaient tenu pour imprenable le fort de Kalinjar, au Boundel-
khand; l'an 599 de l'hégire (1202) Qutb-ud-din y mit le siège1. La garnison, malgré sa résistance, dut se soumettre; un énorme butin tomba aux mains des vainqueurs, 50.000 personnes des deux sexes furent faites prisonnières, et d'après Firishta « élevées à l'excellence de l'Islam ». Ensuite, Mahobâ fut occupée et le général victorieux rentra à Delhi, par Badâon qu'il soumit au passage. Le Bengale et le Bihar avaient déjà été occupés par le fils de Bakhtiyar, Mohammed Khilji, qui avait reconnu la suzeraineté de Qutb-ud-din. Tout l'Hindoustan, de Delhi à Kalinjar et au Gujarat, et de Lakhnauti à Lahore, était sous la domination turque. Seuls, les pays lointains situés au delà de Delhi, et ses millions d'habitants n'avaient pas encore adopté la loi musulmane en dépit de l'autorité toute-puissante de Qutb-ud-din.
Qutb-ud-din, gouverneur. — Qutb-ud-din fut un monarque généreux et plein de bravoure. Le Tajul-Maasir en parle beaucoup et loue sans réserve la manière juste et équitable dont il administra le pays, et la paix et la prospérité dont jouit son peuple. Sa justice et l'impartialité de son règne sont illustrées par cette charmante métaphore tirée de ce même ouvrage : « En ce temps-là, le loup et l'agneau burent l'eau du même étang ». Les brigands n'infestèrent plus les routes et les Hindous furent traités avec bonté, mais cela n'empêcha pas le Sultan, « en bon guerrier de Dieu », de capturer dans ses guerres des milliers d'esclaves. Minhâj-us-Sirâj écrit que ses présents furent célébrés par centaines