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de mille, et que ses meurtres purent aussi se compter par centaines de mille. Ainsi, dans tout l'Hindoustan, il n'eut plus que des amis... ayant supprimé ses ennemis. Aibek fut puissant et capable, conservant toujours un caractère élevé. Une fois seulement, quand il se trouva maître de Ghazna après la défaite de Yaldoz, son rival, il fut indulgent à luimême et se livra à la débauche. Ces excès lui furent funestes, il s'aliéna la sympathie du peuple de Ghazna, ce qui permit à son rival de rentrer en possession de son autorité avec une rapidité étonnante. Brave et énergique, sagace et juste, suivant l'idéal mahométan, ayant conquis, sur des peuples dont la valeur était connue, un immense royaume, Aibek se range parmi les grands apôtres de l'Islam. La mosquée de Delhi et celle d'Ajmer, construites toutes deux des restes de temples démolis sont le témoignages de son zèle religieux. Qutb-ud-din mourut en 1210 ap. J.-G. d'une chute de cheval qu'il fit en jouant au chaugân1. il laissait à son successeur un vaste royaume.

Confusion et désordre après la mort dy Aibek. — Arâm succéda à son père. Sans grande autorité, il régna pendant une année sur ses vastes possessions; puis il fut battu et détrôné par Iltutmish, alors gouverneur de Badâon. Au moment de la mort d'Arâm, l'Hindoustan était morcelle en quatre principautés : Nâsir-ud-din Qubaicha gouvernait le Sind; Delhi et son territoire était le domaine

1. Le chaugân était un sport ayant quelque analogie avec le polo moderne. C'était le jeu favori en Perse et aux Indes, vers les débuts du moyen-âge.

d'Iltutmish; les Maliks Khilji régnaient sur Lakhnauti, Ali Mardan Khilji ne dépendait plus de Delhi depuis la mort de Qutb-ud-din; Lahore était administrée alternativement par Nâsir-ud-din Qubaicha, Shams-ud-din Iltutmish et Yaldoz dont l'autorité était absolue à Ghazna.

Inde 11

U avènement d' Iltutmish. — Iltutmish, le plus grand des rois esclaves, monta sur le trône l'an 607 de l'hégire (1210 ap. J.-G.) Esclave d'un esclave1, son mérite et sa valeur personnelle seuls lui permirent d'écarter les héritiers naturels du trône. Non plus que Qutbud-din il n'y avait aucun droit réel, mais ils agirent tous deux selon le principe, si commun en histoire musulmane, du pouvoir appartenant à celui qui sait s'en servir. Cependant, le trône de Dehli ne fut pas un lit de roses; la situation était dangereuse. Des rivaux tels que Yaldoz et Qubaicha, qui exerçaient pleine autorité dans leurs domaines, n'aspiraient qu'à une domination universelle, et n'en faisaient pas mystère; cependant que quelques émirs Muizzi et Qutbi assistaient avec indignation à l'usurpation du trône par un esclave appartenant légalement à la lignée d'Aibek. Le mépris qui s'attachait à l'esclave d'un esclave dans une contrée telle que l'Inde, et l'ab-

1. Un certain marchand, Jamal-ud-din, acheta Iltutmish et l'emmena à Ghazna et de là à Delhi où, avec un autre esclave nommé Bak, il fut vendu à Qutb-ud-din. On raconte que le Ghouride dit à Qutb-ud-din : « Traite bien Iltutmish, car il se distinguera ».

sence de tout titre légal au trône, ajoutaient à l'anxiété. En outre, les nombreux princes et chefs hindous qui avaient perdu leur indépendance ne se résignaient que nominalement à la souveraineté musulmane. Mais Iltutmish n'était pas homme à reculer devant les difficultés, si sérieuses fussent-elles; inébranlable, il s'attela à sa tâche. Les premiers à s'insurger furent les émirs Muizzi et Qutbi, qui, rassemblés dans le voisinage de Delhi, se révoltèrent ouvertement. Le Sultan les battit devant la plaine du Jûd et mit à mort la plupart des chefs.

Suppression des rivaux. — Ayant soumis tous les émirs et les nobles qui s'étaient opposés à son accession au trône, Iltutmish plia à son autorité tout le royaume de Delhi, y compris ses dépendances de Badâon, Oude, Bénarès et la région de Siwalik. Cependant, de la suppression de ses rivaux dépendait sa sécurité, il y employa toutes ses forces.

Jeune encore, Yaldoz fut attaché au Sultan Mohammed, et nommé chef des esclaves turcs. Son courage et son intelligence, lui valurent la confiance du Sultan qui lui donna la charge de Wali de Kirman; Minhâj-us-Sirâj écrit : « Il fut un grand prince, bon croyant, doux, bienfaisant, d'excellente nature, et très bien de sa personne. «Après la mort de son maître, avec l'assentiment des Maliks et des Emirs, il devint gouverneur de Ghazna; mais Qutb-ud-din le détrôna pour se proclamer maître à sa place. Ce succès trop rapide démoralisa Qutb-ud-din; les orgies d'ivrogne auxquelles il se livra, scandalisèrent le peuple qui rappela Yaldoz au pouvoir. Guerrier intrépide Yaldoz mena avec succès, plusieurs expéditions au delà de l'Hindou-Kouch; mais quand, poursuivi par

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le Shah du Kharezm, il se retira vers l'Hindoustan il défit Nasir-ud-din Qubaicha, gouverneur du Sind et s'établit au Pendjab. Iltutmish, ne pouvant supporter l'installation de ce dangereux rival dans une province si rapprochée de la frontière du nord, marcha contre lui et lui infligea une sanglante défaite, en 1215 ap. J.-C, dans le voisinage de Tarain, champ de bataille historique où Mohammed le Ghouride avait enlevé à Rai Pithaurâ sa vie et son royaume. Yaldoz fut fait prisonnier et envoyé à la forteresse de Badâon où il fut mis à mort, suivant la coutume des rois musulmans. La défaite de Yaldoz fut suivie d'une attaque contre Nâsir-ud-din Qubaicha qui se soumit en 1217 ap. J.-G. après un bataille malheureuse. Mais il ne fut pas réellement assujetti avant 1227 ap. J.-G.

L'invasion de Tchinguiz Khan. — Ges risques n'étaient rien relativement à l'orage qui éclata sur l'Inde en 1221 ap. J.-G. Sous les ordres de Tchinguiz Khan, les Mongols descendirent de leurs montagnes, envahirent les steppes de l'Asie centrale, ravageant, tout sur leur passage. Le mot mongol vient de mong, qui veut dire brave, courageux, téméraire. Primitivement les Mongols n'étaient qu'une tribu dépendante d'une grande confédération; ils donnèrent probablement leur nom à l'ensemble au moment où la maison impériale qui les gouvernait, gagna la suprématie par ses prouesses1.

1. Howorth, History of the Mongols, part. I, p. 27. Les mots Mogols et Mongols sont employés indifféremment a la même intention. Quand les Mongols s'éloignèrent de leurs territoires ancestraux, et se rapprochèrent des musulmans des Etats occidentaux de l'Asie centrale, leurs voisins prononcèrent mal le nom de leur nation originaire et les appelèrent Mogols. Elias et Ross, A History of the Moghuls of Central Asia, pp. 72-73.

Howorth, en décrivant le caractère typique de Kutula Khan, que D'Ohsson nomme Koubilai, nous donne une idée exacte de la férocité et de la soif de sang innées en tout Mongol. « La voix de Kutula Khan était semblable au tonnerre dans les montagnes, ses mains étaient aussi fortes que les pattes d'un ours, assez puissantes pour plier un homme en deux, aussi facilement qu'il eût cassé une flèche. En hiver, il s'étendait nu, devant un immense brasier, insensible aux cendres et aux étincelles qui tombaient sur son corps, et en se réveillant il prenait les brûlures pour des piqûres d'insectes. Il mangeait un mouton par jour, et buvait d'immenses quantités de koumis (lait de jument fermenté)1. Le Mongol n'avait aucun respect pour la vie humaine, sa parole n'avait point de valeur, les promesses solennelles, il les brisait sans y attacher d'importance, et provoqué ou non, se rendait coupable des pires atrocités.

Le type du héros mongol dans toute son horreur, Tchinguiz l'incarna. Connu comme l'un des «Fléaux de Dieu » il se range avec Attila, le chef hun, au rang des destructeurs de l'espèce humaine. Tchinguiz, admirablement doué d'un génie créateur, grand conquérant et grand chef de guerre, arriva à fondre en un empire homogène, les tribus barbares de l'Asie centrale, et à ériger des lois et des institutions auxquelles bien des générations se plièrent. Il naquit en 1155 ap. J.-C. à Dilum Boldak, près de la rivière Oman et reçut le nom de Temuchin.A la mort de son

1. Howorth, Hislory of the Mongols, part. I, pp. 43-44. Voir la description de ces tribus nomades par l'émir Khusrau dans son Qiran-us-Sadain, Elliot, III, p. 528. Mais le récit de Khusrau est quelque peu exagéré, car le poète avait été fait prisonnier par les Mongols, dont il eut beaucoup à souffrir.

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père, Yissugây, il n'était âgé que de 13 ans. Le résultat de ce malheur fut que le jeune homme, ayant à lutter contre l'adversité retira de cet excellent entraînement ses hautes qualités de courage, de patienceet de sang-froid. En lutte perpétuelle contre ses ennemis, il parvint à soumettre toutes ces hordes, et fut proclamé Khan en 1203 ap. J.-C. Avec la vitesse de l'éclair, il envahit la Chine, pilla et ravagea les territoires de l'Asie occidentale. Des villes, célèbres pour leur splendeur, comme Balkh, Bookhara, Samarkand, furent détruites par des raids dévastateurs. A Bookhara, Tchinguiz lui-même monta les escaliers de la grande mosquée et donna le signal du pillage en criant: « La moisson est coupée, fourragez vos chevaux ». Il escalada la chaire, jeta le Coran sous les pieds de son cheval, et exigea des habitants qu'ils se dépossédassent de leurs richesses. Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants furent froidement assassinés par ces ruffians au cours de leurs raids. Un jour que Tchinguiz avait appris que ses victimes avaient avalé des pierres précieuses pour les lui soustraire, il ordonna qu'ils fussent éventrés afin de rentrer en possession du trésor. Le Sultanat du Kharezm qui s'était étendu de Khiva, Samarkand et Boukhara jusqu'à Hérat et Ispahan, fut mis en pièces par les attaques de" ces barbares; son dernier Shah, Jalal-ud-din, battu par Tchinguiz, s'enfuit en Hindoustan, poursuivi par l'envahisseur. Il campa au bord de l'Indus et se prépara à livrer bataille aux Mongols1. Il envoya un messager à Iltutmish, le priant

1. Howorth écrit (part. I, p. 90) qu'il fut rejoint là par les faibles débris de son armée (des Kharezmiens, pour la plupart) qui avaient pu traverser la rivière. Une incursion dans le pays lui procura de la nourriture et des vêtements; il défit un prince hindou, et entendant que les Mongols continuaient la poursuite, il se replia sur Delhi.

de bien vouloir consentir à ce qu'il habitât Delhi pendant quelque temps, mais ce dernier, craignant les effets de sa présence sur les Turcs de sa suite, et la supériorité du Shah, s'excusa et lui fit répondre que le climat de Delhi ne lui conviendrait certainement pas. Après quoi il fit mettre à mort l'envoyé. Jalal-ud-din rangea son armée en bataille et appliqua la tactique très en honneur, de la droite, de la gauche et du centre. Les Mongols se ruèrent au combat, mais les armées du Shah n'en furent pas ébranlées, et par leur vigueur et leur audace semèrent le désordre dans les troupes de Tchinguiz. Les Mongols cependant regagnèrent bientôt leurs positions, défirent Jalalud-din et lui infigèrent d'énormes pertes, des 30.000 hommes qu'il avait rassemblés sous sa bannière il ne lui en restait que 7.000. Le Shah décida de fuir devant cette calamité. 11 fit à ses femmes de touchants adieux, mais ne les en bandonna pas moins à leur triste sort. Pétis de la Croix1 écrit qu'en cet instant, la nature et l'amour se montrèrent de la plus tendre manière, mais il semble que le Shah soit resté inflexible à de si touchants appels et son égoïsme mérite la plus absolue condamnation. Une poignée d'hommes à sa suite, sous une pluie de flèches, il sauta dans l' Indus à cheval et le traversa. Bel exploit pour un prince en détresse ! Il s'allia avec la tribu des Khokhars pour se battre contre Nâsir-ud-din Qubaicha, qu'il força dans la forteresse de Moultan.

1. Pétis de la Croix écrit que le Shah supplia Mohammed Nusair de préserver ses femmes de l'esclavage; puis il leur commanda de se noyer, ce qu'elles firent. Le même auteur cite l'opinion d'autres historiens qui disent que sa famille fut amenée devant le Khan, lequel en fit mettre à mort tous les mâles. Le fils aîné du Shah, âgé de 8 ans seulement, fut victime du massacre (Histoire de Gengizkhan le Grand, pp. 319-320).

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La contrée du Sind fut entièrement dévastée, mais apprenant, peu après, que l'armée de l'Iraq était disposée à lui prêter main forte,il abandonna ce pays1 et se rendit en Perse ; un fanatique dont il avait tué le frère, mit un terme à cette carrière aventurière. Les Mongols ne pouvant supporter les chaleurs de l'Inde, retournèrent à l'ouest de Y Indus, dans une contrée qui les attirait. L'Inde fut ainsi sauvée d'un fléau et Iltutmish se sentit alors assez puissant pour écraser ses ennemis indigènes.

Conquêtes. — Les Maliks Khilji du Bengale avaient retiré leur allégeance après la mort de Qutb-ud-din. Ali Mardân avait fait frapper de la monnaie à son nom, qu'il faisait lire à la Khotba, comme celui d'un souverain indépendant. Ghiyas-ud-din Khilji suivit son exemple. Le chroniqueur musulman en parle comme d'un prince exceptionnellement capable et

ï. Pétis de la Croix écrit que les princes de l'Hindoustan prévoyant qu'un jour ou l'autre il leur chercherait querelle, conspirèrent contre lui et l'obligèrent à repasser l'Indus. Mais la version la plus plausible est qu'il quitta volontairement le pa s dans l'espoir de rentrer en possession de ses territoires au delà de l'Oxus {Histoire de Gengiskhan le Grand, pp. 321-22\

Il est écrit dans les Tabaqat-i-Akbari que, voyant arriver Jalalud-din devant Lahore, Shams-ud-din se porta à sa rencontre avec une forte armée. Incapable de lui résis er, Jalal-ud-din se dirigea vers le Sind et le Sistan et s'échappa parRei et leMekran (Bib. Ind., p. 58-59). Firishta confirme le récit des Tabaqal (Firishta, texte de Lucknow, p. 65; Briggs, I, p. 208).

Les T abaqat-i-Nasiri sont étrangement vagues. A un certain endroit (I, p. 293), il dit que le Sultan détacha contre lui une partie de son armée, sur quoi Shams-ud-din se tourna vers Uchha et Moultan. A la page 609, encore, il dit que le Sultan Shams-ud-din marcha de Delhi sur Lahore avec les armées de l'Hindoustan et que le Sultan Jalal-ud-din, pour éviter les armées de l'Hindoustan, s'enfuit vers le Sind et le Sistan (Raverty, T abaqat-i-Nasiri, I, pp. 293, 609, 610). Il ne semble pas que Shams-ud-din eût envoyé aucune armée contre Jalal-ud-din. Il paraît avoir été assez prudent pour éviter de se compromettre.

généreux, qui combla son peuple d'innombrables bienfaits. Il eut sous sa domination les contrées de Jajnagar, Kamrup, Tirhut et Gaur, et exerça une autorité indépendante. L'an 622 \de l'hégire, Iltutmish envoya des troupes contre Ghiyas, qui dut conclure un traité et payer un lourd tribu comprenant 38 éléphants et 80 lâkhs de tankas d'argent1. On lut la Khotba et de nouvelles pièces furent frappées en son nom. Quand les armées du Sultan se retirèrent, Ghiyas expulsa le gouverneur du Bihar et s'empara de la province, mais Nasir-ud-din Mahmoud Shah, possesseur du fief d'Oude avança contre lui. Malgré ses forces, Ghiyas fut vaincu et tué et les Emirs Khilji furent faits prisonniers. Le prince fut maître de tout le Lakhnauti; il conquit encore Ranthambor en 1226 et une année plus tard, Mandor2, situé dans les collines de Siwalik. Un butin fantastique tomba entre ses mains.

Chute de Qubaicha. — Le Sultan Muizz-ud-din eut encore un autre esclave plein d'ambition. Ce fut

1. Il ir'y eut pas de vraie bataille. Les Tabaqal-i-Nasiri disent que Ghiyas-ud-din fit avancer ses vaisseaux dans la rivière, tandis qu'un autre auteur dit que tous les vaisseaux furent mis en sécurité afin qu'Iltutmish ne pût s'en servir pour traverser Raverty, Tabaqal-i- Nasiri, I, p. 593).

2. Les Tabaqal-i-Nasiri donnent Mandâwar, cependant que Firishta écrit Mandû, qui est évidemment incorrect. Le Tabqal-i-Akbari, d'accord avec Badâoni et Thomas écrit Mandor. D'autres auteurs ont des manières différentes d'écrire ce nom. Le nom correct est Mandor, capitale des Rajpoutes Parihars, à 5 milles au nord de Jodhpur.

Tod dit aussi que la ville fut prise à Mokul, le prince Parihâr, par Râhup qui acquit Chittor en 1201 et qui, peu après, remporta une brillante victoire sur Shams-ud-din à Nâgor. Les chroniques épiques sur lesquelles s'appuie Tod n'auraient naturellement pas parlé d'une victoire musulmane. Raverty, Tabaqal-i-Nasiri, I, p. 611 (note n° 3); T abaqal-i- Akbari (Bibliôth. Ind), p. 59; Ranking, Al- Badâonî, 1, p. 93; Briggs, I, p. 210; Thomas, The Chronicles of the Palhan Kings, p. 45.

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Qubaicha, dont nous avons déjà parlé. Grâce à la manière dont son maître le favorisa, en montant en grade il acquit une grande expérience des affaires civiles et militaires et développa son jugement. Il fut nommé gouverneur d'Uchha, charge dont il s'acquitta si bien qu'en peu de temps il fut maître du Moultan, du Sistan et de Debal, jusqu'aux bords de la mer, et de la contrée du Sindh dans toute son étendue. Son pouvoir s'étendait alors jusqu'à Sarhind Kuhram et Sisruti. Quand Qubaicha eut vaincu les armées de Khilji et de Kharezm, ces dernières vinrent se ranger sous la protection d'Iltutmish qui épousa leur cause. Il partit de Delhi et se dirigea sur Nehhe, en passant par Sarhind, à la tête d'une forte armée, pendant que le gouverneur de Lahore marchait sur Moultan avec un autre contingent. Ses succès engendrèrent la jalousie de son chef et rival à Ghazna, et Taj-ud-din Yaldoz. Apprenant l'approche du Sultan, Qubaicha se retrancha dans la forteresse de Bhakkar où il enferma avec luî ses armées et ses trésors. L'armée royale s'empara du fort d'Uchha après un siège épuisant de 2 mois et 27 jours, en 1227 ap. J.-G. Qubaicha fut si désespéré de la capitulation d'Uchha qu'il envoya son fils, Alauddin Masud Bahram Shah pour traiter avec le Sultan. Le jeune plénipotentiaire fut traité avec bonté... mais il ne revint pas. Ce que voyant, son père, en proie au plus grand désespoir et craignant que le même sort ne lui fût réservé, crut se sauver en s'embarquant sur un navire, mais il fut noyé dans l' Indus1.

1. Les Tabaqal-i-Nasiri (trad. anglaise de Raverty, I, p. 544) disent que quand Uchha et Bakkhar cédèrent à l'ennemi, Qubaicha, découragé par la détention de son fils, essaya de s'échapper, mais se noya dans la rivière. A la page 614, il ajoute qu'il se noya volontairement.

Investiture du khalile.— L'an 626 de l'hégire (1220) Iltutmich reçu un bref d'investiture de la part du khalife de Baghdad, le plus grand pontife de l'Islam, cet acte augmenta beaucoup le prestige indo-mahométan aux Indes. Il légitima l'autorité du Sultan et transforma en sacrilège la désobéissance d'un musulman aux ordres du souverain tout-puissant. Qu' Iltutmish poursuivit cet honneur ou que le khalife le lui ait conféré de son plein gré, personne ne le sait, mais ce n'en fut pas moins un acte de haute importance politique. Il fit taire ceux qui narguaient les prétentions d' Iltutmich en raison de ses origines sociales et donna à son autorité la sanction d'un nom, respecté et aimé de tout le monde musulman. La monnaie du trésor royal portait le nom d'Almoustansir billah, le calife régnant, et le Sultan fut décrit comme 1' « Aide du Commandeur du Fidèle Nasir Amir-al-Mumnin. » Le cours de l'argent fut changé, Iltutmish, le premier, introduisit une monnaie purement arabe. Le lanka d'argent pesant 175 grains devint l'unité monétaire.

Conquête du Bengale et de Gwalior. — Sa position affermie par le décret pontifical, Iltutmish ne trouva aucune difficulté à calmer les désordres et à étendre ses conquêtes. Quand Nasir-ud-din Mahmoud Shah mourut au Bengale, une révolte éclata parmi les maliks Khilji de Laknhauti, vite réprimée par les armées du Sultan. Le gouvernement de Lakhnauti fut confié à Malik Alauddin Jani et la province rentra dans l'ordre. En 1231 ap. J-C, le Sultan entreprit une expédition contre Gwalior qui avait secoué le joug de Delhi sous le règne éphémère d'AramShah. Mangal Deva, gouverneur delà place,

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résista désespérément et ce ne fut qu'après une lutte ardente longue de 11 mois, que la forteresse fut prise en 1232 ap. J-C. Mangal Deva s'enfuit pour avoir la vie sauve, mais plusieurs membres de sa suite furent pris et exécutés devant le pavillon royal.

Le terme d'une brillante carrière. — Un an plus tard, le Sultan, enhardi par le succès, marcha contre Malwa, prit le fort de Bhilsa et se dirigea sur Ujjain, l'ancienne capitale de Vikramâditya, qui se rendit sans résistance. C'est là que se manifesta toute la férocité musulmane. Le temple de Mahâkâli, l'un des sanctuaires les plus anciens et les plus vénérés du pays, fut démoli et ses idoles emportées à Delhi. Cependant, la maladie obligea le Sultan à interrompre sa dernière expédition dirigée contre Banian1. Son activité prodigieuse, en vigueur pendant plus d'un demi-siècle, avait usé son organisme à un tel point qu'il regagna sa capitale en malade, allongé sur une litière. Négligeant les précautions que les astrologues et les médecins lui recommandaient de prendre, sa maladie s'aggrava et il mourut dans son palais, le 20^ jour de Chaban, l'an 633 de l'hégire (1235 ap. J.-C.)

Jugement sur Iltutmish. — Iltutmish2 est indu-

1 Copiant Nizam-ud-din Ahmad, Bâdâonî et Firishta, écrvent Moultan au lieu de Banian; le qui est incorrect. Les Tabaqai-i-Nasiri donnent Banias ou Banyan. IeMajor Raverty situe cet endroit sur les sentes montagneuses du Sind-Sagar Doab, ou dans la contrée à l'ouest du « Sait range ». (Ravei ty, Tabaqat-i-Nasiri, I, p. 623, note 8-)

2. Ibn Batoûta loue le Sultan et son amour de la justice. Il dit que deux lions de marbre gardaient le portail du palais; des cloches pendaient à leur cou. Toute personne ayant une plainte à formuler sonnait cette cloche et le Sultan la faisait immédiatement appeler et discutait le cas. Il est difficile de savoir la part de vérité contenue dans ce récit qu'Ibn Batoûta ne fonde certainement que sur des ouïdire (Ibn Batoûta, édition de Paris, III, p. 165).

bitableraent le vrai fondateur de la dynastie dite des esclaves. C'est lui qui affermit les conquêtes de son maître Qutb-ud-din. Gomme Joseph, il fut méprisé, dans sa jeunesse, par ses frères envieux; mais la fortune lui sourit et d'une humble pauvreté il s'éleva au pouvoir. Le Sultan Muizz-ud-din avait vu juste quand il dit à Aibek : « Traite bien Iltutmish, car il se distinguera. » Depuis lors Iltutmish, devenu un homme libre, se conduisit avec une droiture peu commune et un courage qui, attirant sur lui la confiance de son maître lui valurent la charge de Amîr Shikar (grand veneur) et finalement celle, plus importante, de gouverneur de province. En montant sur le trône il engloba sous sa domination tout l'Hindoustan, à part quelques provinces écartées, et fit preuve d'une énergie et d'une intrépidité extraordinaires dans sa lutte contre ses ennemis. Quoique des campagnes militaires l'occupassent continuellement, les hommes pieux et les lettrés bénéficièrent aussi de son patronage. Il sut apprécier le mérite comme en témoigne la bonté avec laquelle il traita le vizir de Baghdad, Fakhr-al-Moulk Usâm que des mauvaises fortunes successives avaient conduit à chercher refuge à sa cour. Il était profondément religieux; les mulahidas, exaspérés par sa foi, formèrent une conspiration pour s'emparer de lui et le tuer, mais le projet échoua. Il s'intéressa aux constructions; de son époque il nous reste encore, souvenir de sa splendeur, le Qutb Minar1, haut de 242 pieds

1. Les savants européens croient à tort que le Qutb Minar fut bâti par Qutb-ud-din Aibek, le premier roi-esclave de Delhi. Le minaret est appelé le « Lat » de Qutb Sahib d'après un célèbre saint mahométan Khwaja Qutb-ud-din, Bakhtiyar, Kaki, Ushi, que les Afghans ont en particulière vénération. Il fut honoré par le Sultan Chams-ud-din Iltutmish qui lui offrit la charge de Cheikh-ul-Islam,

primitivement et dont la grandeur massive et la richesse du dessin sont sans rivales. Toute sa vie durant, Iltutmish se conduisit en grand monarque, et la maladie seulement mit fin à son labeur actif et incessant. Minhâj-us-Sirâj expose ainsi ses qualités : « Il ne fut jamais de souverain à la foi si exemplaire, et d'une telle bonté envers les reclus, les dévots, les devins et les docteurs de la religion et de la loi. »

Les successeurs d1 Iltutmish. — S'étant fort bien rendu compte de l'incapacité de ses fils, Iltutmish nomma héritière de la couronne, sa fille Reziya. Mais les nobles qui nourrissaient des préjuges contre une succession féminine, élirent à sa place le prince Rukn-ud-din, un fils d' Iltutmish, jeune débauché adonné aux pires excès. Insensé et beau, bienveillant et généreux, le prince Rukn-ud-din se livrait au plaisir, recherchant la compagnie des bouffons et

aquelle charge il refusa. Le minaret fut construit par Iltutmish qui lui donna, en reconnaissance, les noms de ses maîtres et bienfaiteurs, Qutb-ud-din et Muizz-ud-din, qu'il y fit graver.

Carr Stephen dans son Archeology of Delhi est d'avis que Qutbud-din Aibek dut poser les fondements de l'édifice et qu' Iltutmish fit le reste. Sir Syad Ahmad en fai l'œuvre totale de ce dernier. Vincent Smith est de la même opinion que Carr Stephen. D'après les inscriptions du minar et nous déduisons qu'il dut être commencé par l'Emir, le commandant de l'armée, le glorieux, le grand (titres de Qutb-ud-din), du Sultan Muizz-ud-din Mohammed le Ghouride, qui le continua (probablement jusqu'au 1er étage). Mais c'est Iltutmish qui y superposa trois autres étages et en acheva la construction. Le 5e et final étage, et probablement une partie du 4° furent construits par Firuz Tughlaq. On trouve une excellente description du Qutb Minar dans les Memoirs of the Archeological Survey of India de Mr. Page.

Carr Stephen, Archeology of Delhi, p. 65; Raverty, Tabaqal-i- Nasiri, I, pp. 621-22; Syad Ahmad, Asâr-us- Sanâdid (Lucknow), pp. 54-55; Smith, Oxford History of India, p. 223; Thomas, Chronicles of Ihe Palhan Kings of Delhi, p. 24; Cunningham, Archeological Report, 1862-63, pp. 29-31; Epigraphia Indo-Moslemica, 1911-12, pp. 20-22.

des ménétriers, dissipant le trésor de l'Etat pour satisfaire ses grossiers appétits. Sa prodigalité était telle qu'on le voyait souvent, ivre, traverser sur un éléphant le bazar de Delhi en faisant tomber sur la populace une pluie de tankas d'or rouge. Cependant que les fêtes accaparaient le jeune prince, sa mère, Shah Turkân, — autre Catherine de Médicis — femme ambitieuse et avide de pouvoir tenait en mains les rênes du gouvernement. Mais les Emirs et les Maliks se déclarèrent hostiles, quand ils surent que la mère et le fils avaient combiné ensemble le meurtre de Qutb-ud-din, autre prince de sang royal. Firuz Shah, gouverneur d'Oude, s'empara du trésor de Lakhnauti et pilla plusieurs villes de l'Hindoustan. Les gouverneurs de Badâon, Moultan, Hansi et Lahore s'insurgèrent et rejetèrent l'autorité du gouvernement central. En même temps, la crise politique était précipitée par une tentative de la reinemère pour supprimer la Sultane Reziya, fille aînée et héritière désignée d'Iltutmish. La conspiration fut déjouée, encore qu'embryonnaire, et Shah Turkân, l'ambitieuse, fut faite prisonnière par le peuple déchaîné. Sa chute ménagea une entrée à Reziyâ; les Emirs turcs et les nobles se rassemblèrent autour d'elle et la nommèrent leur souveraine. Rukn-ud-din, lui aussi, fut jeté en prison, où il mourut dans le mois de Rabi-al-Awwal, l'an 634 de l'hégire (1236) après avoir régné sept mois à peine.

Avènement de la Sultane Reziyâ. — Le Mushrifal-Mamalik, ou premier secrétaire d'Etat, écrivit un décret testamentaire royal, par lequel Réziyâ1

1. Minhâj-us-Sirâj écrit: t Le Sultan discerna en elle des signes de puissance et de bravoure, et quoiqu'elle fut une jeune fille et

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était officiellement nommée héritière de la couronne, en raison de son intelligence, de ses qualités et de sa culture. Les ministres du Sultan furent scandalisés à l'idée qu'une femme pût être élevée à la dignité royale au détriment d'héritiers mâles adultes. Ils représentèrent au Sut an le non-sens d'une telle décision, mais il répliqua : « Mes fils sont absorbés par les plaisirs de la jeunesse et aucun d'eux ne possède la capacité de diriger les affaires du pays. Après ma mort on verra qu'aucun d'eux ne sera plus digne de me succéder que ma fille ». Ce n'était pas la première fois que le monde islamique voyait le sceptre aux mains d'une femme. Les fameuses princesses du Kharezm, Malika Turkân et Turkân Khâtoûn exercèrent plus d'autorité que ne le fit jamais Reziya. Au xme siècle, il y eut des reines musulmanes qui régnèrent en Egypte et en Perse. Les avocats de la cause du sexe fort furent ainsi réduits au silence et Reziya fut reconnue héritière de la couronne.

Elle confirme son pouvoir. — Quand elle monta sur le trône, après la chute de la reine-douanière Shah Turkân, elle se trouva dans une situation difficile. Mohammed Junaidi, vizir du royaume, dont l'exemple fut suivi par des gouverneurs de province, refusa de reconnaître son autorité. Nusratud-din Tayarsi, feudataire d'Oude, vint à son secours en reconnaissance de cette position qu'il lui

vécut retirée, quani le Sultan revint de la conquête de Gwalior, il ordonna à son secrétaire, Taj-ul-Malik Mahmoud, qui était directeur du gouvernement de la désigner par son nom en toutes lettres, comme héritière du royaume et successeur au trône ». (Raverty, Tabaqaî-i-Nasiri, II, pp. 638-39; Tabaqat-i-Nasiri, texte persan, édité par W. N. Lees, pp. 185-86).

devait. Grâce à son courage et à sa diplomatie, la reine eut bientôt raison des Maliks rebelles; plusieurs d'entre eux furent tués dans la bataille, et Mohammed Junaidi, son ennemi le plus acharné, se retira sur les collines de Sirmur où il mourut peu de temps après. Ainsi l'ordre fut rétabli dans tout le royaume, et, suivant les paroles d'un chroniqueur : « de Lakhnauti à Debal et Damrilah, tous les Emirs et les Maliks lui jurèrent obéissance et soumission ». Ces premières années furent très troublées par la rébellion des hérétiques, adeptes des sectes de Qirâmitah et des Malâhidah. A l'instigation d'un certain turc, nommé Nûr-ud-din, ils réunirent dans les environs de Delhi, des hommes venus de tous les coins du pays; du Gujarat, du Sind et des provinces riveraines du Gange et de la Jamna. Ils formèrent une conspiration pour étouffer l'Islamisme. Prédicateur éloquent, Nûr-ud-din devint le noyau d'un groupe, et prêcha les doctrines propres au renversement de la « vraie foi ». Ses tirades contre les Ulamâ et les sectes de Aboû Hanîfa et Chafii, déchaînèrent une grande agitation; certain jour, fixé d'avance, les conspirateurs, au nombre de 1.000 hommes bien armés d'épées et de boucliers pénétrèrent dans le Jam-i-Masjid. Ils se divisèrent en deux sections; l'une entra dans le Masjid par le côté nord, et l'autre passant par le marché aux toiles força l'entrée du collège Muizzi, attaquant ainsi les musulmans des deux côtés. Mais quand les troupes royales apparurent, ils se dispersèrent et tout rentra dans l'ordre.

Sa politique provoque le mécontentement. ■ — Reziya fut une femme bien douée. Un de ses contemporains

Inde 12

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la décrit comme une grande souveraine, subtile, juste, bienfaisante, protectrice des lettrés, dispensatrice de la justice, le soutien de ses sujets, d'esprit guerrier et douée de tous les admirables attributs et qualités nécessaires à un roi. Mais comme elle ne fut pas créée pour être comptée parmi les hommes, quel fut l'avantage de toutes ces excellentes qualités? Elle fit de son mieux pour jouer son rôle de roi. Elle se défit de ses vêtements féminins, rejeta la séquestration du zenana, arbora la coiffure d'un homme, et discuta d'affaires en darbûr public. Elle prit une part active dans les campagnes contre les Hindous et les chefs musulmans révoltés, et conduisit elle-même une expédition contre le gouvernement de Lahore qui fut forcé de reconnaître son autorité. Son sexe fut son plus grand tort. Une seule faiblesse pouvait bien échapper à tant de talents et de vertus, comme le fait remarquer Elphinstone. Cette faiblesse, ce fut l'extraordinaire faveur qu'elle accorda à son maître d'équitation, Jamal-ud-din Yâqut1, un esclave abyssin, ce

1. Il ne semble pas que l'attachement de Reziya à Yâqût eût été criminel quoique Ibn Batoûta le dise formellement (édition de Paris, II, p. 167). Mais Ibn Batoûta n'est pas une autorité quant aux choses qu'il ne pût observer. L'auteur des Tabaqai-i-Nasiri dit simplement que Yâqût l'Abyssin fut en faveur au service de la Sultane (Ra~ verty, Tabcqai-i-Nasiri, I, p. 642). Le Major Raverty croit que son amitié n'était pas coupable puisque le plus grand manque au décorum dont Firishta l'accuse est « la familiarité qui existait entre l'Abyssin et la reine du fait que lorsqu'elle montait à cheval elle était toujours mise en selle par l'Abyssin » (Briggs, I, p. 220).

Les Tabcqat-i-Akbari racontent que quand Reziya montait, Yâqût mettait toujours ses mains sous ses bras et la posait sur la bête qu'elle montait (texte de Calcutta, p. 67). Badâoni répète la même histoire (Ranking, Al Badâoni, I, p. 120). Quelle que soit la vérité, il n'en est pas moins hors de doute que Reziya commit un acte impardonnable en faisant de l'Abyssin son favori. Une telle conduite en Orient doit infailliblement soulever des soupçons. La reine dépassa

qui rendit sa partialité plus dégradante encore. Les Khans, hommes libres, qu'un corps de Mameluks Uircs connus sous le nom des « quarante », avait supplantés au pouvoir, furent vexés de la préférence dont l'Abyssin était l'objet. Exclure des honneurs des officiers avisés qui avaient aidé à l'établissement du royaume des esclaves, n'était pas de la bonne politique. L'antipathie que la reine soulevait fut encore accentuée par son attitude publique qui choquait les musulmans.

La révolte de Malik Ikhtiyar-ud-din Altunia 1239 ap. J.-C. • — Altunia, le gouverneur rebelle de Sarhind, brandit le premier l'étendard de la révolte. La trahison de ce chef alluma en Reziyâ un brasier d'énergie; à la tête d'une puissante armée, elle quit-

certainement les limites de la décence imposées en Orient, à une femme de haute naissance, particulièrement si elle n'est pas mariée.

Thomas juge plus sévèrement la conduite de la reine. Il écrit : « Ce n'était pas que l'amour fût interdit à une reine vierge. Elle aurait pu avoir des faiblesses pour un humble prince consort, ou se divertir sans contraintes dans les sombres retraites du harem du palais, mais une fantaisie opiniâtre la poussa dans une fausse direction et lui fit préférer une personne employée à sa cour, un Abyssin. D'ailleurs, d'un commun accord, les Turcs nobles s'indignèrent de ces faveurs » (Thomas, The Chronicles of Palhan Kings, II, p. 106).

Les historiens postérieurs insinuent que les relations entre Reziyâ et l'Africain étaient loin d'être correctes, mais les chroniques contemporaines ne contiennent rien de semblable. Cependant, il est inutile de penser qu'elle se soit abaissé jusqu'à cette faute, car le seul fait de favoriser un Africain était suffisant pour exciter la jalousie des nobles turcs [Cambridge History of India, III, u. 59, ( ambridge, 1928).

Voici les différentes manières d'écrire le nom de la Sultane, dont la réputation fut peut-être sujette à un excès de calomnie :

Radziyya {Cambridge History, p. 58); Radhiyah (Ibn Batoutah, Dej. III, p. 166); Radziya (Keene, Hist., I, p. 45); Lane-Poole écrit aussi Radziya (Med. India, p. 74); Ridiga {Mohammadan dynasty, pp. 296-299). Elle est ignorée de Grousset, version d'Ibn Batoûta suivie par Keene, Lane-Poole et Camb. Hisi. (note du traducteur).

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ta la capitale pour apaiser la révolte. Quand elle atteignit Tabarhindah, les Emirs turcs tuèrent son favori, Yâqut, et l'emprisonnèrent elle-même dans le fort. Mais la subtile reine prouva à ses geôliers qu'ils n'étaient pas aussi habiles qu'elle. Elle appela à elle Altunia, se fit épouser par lui, et disposant de forces considérables, marcha sur Delhi pour reprendre possession de son royaume. Pendant son absence, les Emirs avaient nommé roi son frère, Muizzud-din Bahram Shah. Il mit une armée sur pied, et défit la reine et son époux. Les partisans d'Altunia l'abandonnèrent, Reziya et lui tombèrent entre les mains des Hindous qui les mirent à mort1 en Rabi-al-Awwal, l'an 638 de l'hégire (1240). Reziya avait régné pendant trois ans et demi.

Bouleversement qui suivit la mort de Reziya. — Le frère de Reziya, Bahram Shah, lui succéda; ce fut un prince « audacieux, sanguinaire, et plein de courage », mais franc et simple et n'ayant aucune envie de développer les fastes de la royauté. Minhâj-us-Sirâj écrit : « 11 était de nature modeste et honnête; et jamais ne portait de bijoux ou de parures suivant l'usage des rois de ce monde; il ne désirait pas non plus des ceintures, des vêtements de soie, des décorations des bannières ou des déploiements de richesses ». Son règne se distingua par les meurtres, les trahisons et les intrigues; la haine et it déjà dans tous les cœurs quand il adopta des mesures draconiennes pour anéantir les conspirations. Les Mongols firent leur première apparition

1. Ibn Batoûta raconte d'étrange manière la mort de Reziya, mais son récit, basé sur des ou;-dire, n'est pas conforme à la réalité.

en Hindoustan en 1241 ap. J.-Q., et quand le gouverneur de Lahore1, manquant d'appui, ne put leur opposer de résistance, ils prirent Lahore et tuèrent un grand nombre de musulmans.

Peu après, le Sultan fut assassiné et Alauddin Masud Shah, petit-fils d'Iltutmish, lui succéda. Pendant les deux premières années de son règne, le Sultan fut victorieux en divers points de son royaume et organisa des guerres saintes contre les Hindous et les héritiques ainsi qu'il lui était enjoint par son Credo. En 1245, les Mongols firent aux Indes une seconde apparition; ils marchèrent sur Uchha, mais furent repoussés et essuyèrent de grosses pertes. Vers la deuxième moitié de son règne, le Sultan prit l'attitude d'un tyran, il mit à mort, en badinant, plusieurs de ses Maliks. Sa mentalité avait été viciée par la vie de camp; il devint esclave de la boisson, des plaisirs et de la chasse, et abandonna les affaires du gouvernement. Le mécontentement s'accrut; les Emirs et les Maliks mirent sur le trône un autre fils de Iltutmish, Nasir-ud-din. Masud fut jeté en prison, en Moharrem de l'an 644 de l'hégire (mai 1246), et il y mourut peu de temps après.

1. A cette époque, Malik Ikhtiyar-ud-din était gouverneur de Lahore.

Nasir-ud-din Mahmoud. — En 1246 ap. J.-C, le trône de Delhi échut à Nasir-ud-din Mahmoud, l'un des plus jeunes fils d'Iltutmish. Ce fut un pieux souverain, rempli de la crainte de Dieu; il patronna les savants et protégea les malheureux. Renonçant aux plaisirs de la royauté, il mena la vie retirée d'un derviche, gagnant de quoi vivre en copiant des versets du Coran1. Son caractère et son tempérament le rendaient impropre à l'administration du royaume de Delhi à une époque où les querelles intestines et les révoltes hindoues se conjuguaient pour ébranler la monarchie, et où les Mongols frappaient aux portes de l'Inde. Mais, fort heureusement, Nasirud-din eut en Balban un ministre remarquable qui, pendant tout son règne, dirigea la politique intérieure et extérieure de l'Etat.

1. Nasir-ud-din Mahmoud est le sujet de plusieurs anecdotes. On raconte que sa femme préparait ses aliments, et quand un jour elle demanda au Sultan de se faire aider par une servante, il lui refusa cette permission, disant qu'il n'était que le dépositaire de l'Etat. Ceci paraît exagéré. Mais il n'y a aucun doute que le Sultan menait une vie très simple et passait ses journées dans les pratiques pieuses.

Les débuts de Balban. — Comme Iltutmish, il était turc, descendant de la tribu d'Ilbarî, et son père fut le Khan de 11.000 familles. Mais Balban était destiné à de plus hautes fonctions que celles d'administrateur d'un Kbanat. Jeune encore, les Mongols s'emparèrent de lui. et l'emmenèrent à Baghdad où le Khwâja Jamal-ud-din de Basra l'acheta. Le Khwâja, découvrant en lui d'étonnantes dispositions, le traita avec bonté et le vendit, à Delhi, à Shams-ud-din Iltutmish. « Le faucon de la domination et du pouvoir fut ainsi placé sur son poignet sacré », et Balban fut nommé Khâssahbardâr (attaché personnel) du Sultan, et enrôlé dans le fameux corps des quarante esclaves. Sous le règne de Reziya il fut promu au rang d'Amiri-shikâr (maître de la chasse). Quand la puissance de Reziya déclina et que les nobles s'élevèrent contre elle, Balban se joignit à la ligue des révoltés et participa à sa chute. Bahram, le nouveau roi, reconnaissant à ceux qui l'avaient soutenu, lui confia le fief de Rewâri1, auquel s'ajouta plus tard le district de Hansi. Balban s'acquitta sagement de sa charge; l'agriculture progressa; sa justice et sa générosité remarquables, rendirent au peuple la paix et la prospérité.

Quand, en 1245 ap. J.-C, les Mongols, sous les ordres de leur chef, Mangu, envahirent le Sind et mirent le siège devant la forteresse d'Uchha, Balban releva le courage vacillant des Emirs et mit sur pied une forte armée. L'expédition fut si bien menée que, lorsque les troupes royales atteignirent la

1. Rewâri est une ville du district et de Gurgaon, dans le Pendjab, située sur la route de Delhi et Jaipur (Imp. Gaz., p. 300).

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rivière Béas, le chef mongol effrayé leva le siège. Son armée, consistant en trois divisions subit une défaite écrasante et s'enfuit laissant derrière elle des milliers de prisonniers hindous et musulmans, qui furent immédiatement remis en liberté. L'intrépidité de Balban et sa connaissance de l'art de la guerre contraignirent les Mongols à lever le siège et valurent à l'Islam ce brillant succès. A l'avènement de Nasir-ud-din Mohammed, en 1246, il fut nommé premier ministre et exerça pleins pouvoirs, cependant que son maître, nullité politique, passait son temps à transcrire le Coran.

En 1246, Balban traversa la Ravi, ravagea les collines de Jûd et de Jilam et soumit les Khokhars et autres tribus rétives. Il entreprit, au Doab, plusieurs expéditions pour châtier les rajas hindous réfractaires. Après maintes charges, il conquit la forteresse de Talsandah, située sur la frontière du Kanauj. Le Rana de Malaki, contrée située entre Kalinjar et Kara, fut soumise après de rudes combats, et un énorme butin en fut retiré. Mewet et Ranthambhor furent ensuite saccagées, et les armées musulmanes se reposèrent sous leurs lauriers. Malik Baha-ud-din Ibak fut tué sous les murs du fort, le 11e jour du Zil-hidjah de l'an 646 de l'hegire (7 avril 1248). La révolte des gouverneurs musulmans fut étouffée; Izz-ud-din qui se rebella à Nagor en 649 de l'hégire (1251) fut fait prisonnier par Sher Khan, à Uchha qui se rendit sans la moindre résistance. Prirent ensuite place les expéditions de Gwalior, Chanderi, Malwa et Narwar1 qui furent

1. Narwar est située à 40 milles à l'est de Bhopar. Suivant Tod, la ville fut fondée par les Rajpoutes Kachwaha. Raja Nala dont

toutes couronnées de succès et prétextes à des butins fantastiques. Chahar Deva, raja hindou, qui opposa aux royalistes une puissante armée, fut vaincu lui aussi, et les armées victorieuses rentrèrent à Delhi en Rabi-al-Awwal, l'an 650 de l'hégire (mai 1252 ap. J.-C).

Six mois plus tard, le Sultan, auquel se joignirent plusieurs chefs nobles, marcha contre Uchha et Multan. C'est durant cette expédition qu'Imadud-din Rihan, jaloux de l'influence de Balban, excita les Maliks contre lui et souffla la calomnie à l'oreille du Sultan. Les machinations de ses ennemis finirent par triompher, et ce grand général et ministre qui s'était dévoué au service de l'Etat fut banni de la Cour en Moharrem de l'an 651 (mars 1253 ap. J.-C). Il reçut l'ordre de rentrer dans ses domaines des follines de Siwalik et d'Hansi, et Imad-ud-din fut nommé Vakil-i-dar1 de la capitale.

La disgrâce de Balban occasionna une nouvelle répartition des charges et tous ceux qui avaient été employés par lui furent transféré0 à d'autres offices ou simplement renvoyés pour laisser la place à la vile troupe du parvenu. Mohammed Junaidi fut uommé vizir et Imad-ud-din aqcquit grande influence dans l'administration des affaires. Minhâj-

l'histoire est relatée dans le Mahâbhârata, régna à Narwar. Ses descendants continuèrent à défendre le pays contre les musulmans jusqu'à ce qu'il fût pris par les Mahrattes. Jarrett, Ain-i-Akbari, II, p. 60. Chahar Deva fut roi de Narwar (Thomas, The Chronicles, p. 67). Dans les Tabaqal-i-Nasiri, il est nommé Chahar Ajari.

1. Vakîl-i-dar est le mot exact, quoique certains textes aient Vakîldar. La tâche principale du Vakîl-i-dar est la garde des clefs du portail du palais royal. Barani parle de Qazi Zia-ud-din occupant ce poste au temps de Qutb-ud-din Mubarak Shah Khilji. Cette charge existait aussi chez les Mongols, qui la considéraient certainement comme très importante (Raverty, Tabaqal-i- Basiri, I, p. 694).

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us-Sirâj dut renoncer à sa qualité de Qazi et ceci est probablement la cause de son amertume à propos du nouveau régime ministériel. La tutelle d'Imad, l'Hindou renégat, blessa l'orgueil des Maliks, tous « Turks de pure descendance et Tadjiks de haute naissance », qui considéraient comme une déchéance de servir sous ses ordres. Les règlements administratifs se relâchèrent; le royaume devint la proie du désordre et des intrigues; les rues mêmes de la capitale étaient si peu sûres que le savant auteur des Tabaqal-i-Nasiri écrit avoir été empêché, pendant six mois, de dire ses prières dans la grande mosquée. Le mécontentement régnait dans les provinces, et de tous côtés on demandait au Sultan la démission d'Imad-ud-din. Les Maliks de Karâ- Mânikpur, Oude, Tirhut, Badâon, Tabarhindah, Sâmânah, Sunnam, Kuhrâm et de toute la contrée du Siwalik, tenaient à ce que le ministre exilé reprît la direction des affaires. A ces officiers hostiles se joignirent Ulugh Khan et le prince Jalal-ud-din Masoud Shah ; ils unirent toutes leurs forces et marchèrent sur la capitale. Rihan, alarmé, suggéra au Sultan d'organiser une contre-attaque. Les deux armées se rencontrèrent aux abords de Tabarhindah. Quand les avant-gardes des deux partis se trouvèrent en face l'une de l'autre, l'armée du Sultan fut saisie de panique et se replia vers Hansi sans s'être battue. Les Émirs des deux côtés s'arrangèrent à l'amiable et convainquirent le Sultan d'ordonner la démission de Rihan. Le fief de Badâon lui fut confié et Balban rentra en triomphe dans la capitale, en Zil-hidjah, l'an 652 de l'hégire (1er février 1254). Son retour mit la joie dans tous les cœurs, et par la grâce de Dieu « les portes de la bonté

divine s'ouvrirent et la pluie tomba sur la terre et tout le monde considéra son heureuse arrivée comme un bon augure pour les mortels ».

La fin des révoltes. — Le gouvernement recouvra son ancienne énergie et sa vigueur, et Balban remit à Tordre, d'une main ferme, les émirs rebelles du Doab. Quand Qutlugh Khan, feudataire d'Oude, ayant épousé la mère du Sultan qui était veuve, se révolta en 1255, Balban marcha contre lui et l'obligea à se retirer. Il fut assisté par tous les maliks et les Hindous disgraciés, et fut rejoint par Izz-ud-din qui se révolta suivant le mauvais exemple de Qutlugh Khan. La jonction des armées des deux Maliks s'opéra près de Samana, ils sedirigèrent sur la capitale mais ne purent mettre à exécution leur funeste projet. Malik Balban rentra à Uchha, avec 2 ou 3 cents hommes de moins, en passant par la contrée de Siwalik; cependant on n'entendit plus jemais parler de Qutlugh Khan. Vers la fin de l'année 1257, les Mongols, entraînés par leur chef Nuyin Sari1, envahirent de nouveau le Sindh, mais ils se retirèrent à l'approche des troupes royales.

La dernière expédition.' — La dernière expédition importante entreprise par le ministre fut menée contre la région montagneuse du Siwalik en 1259. Les rebelles y avaient saccagé les propriétés musulmanes, détruit des villages et harcelé la population paysanne des districts d'Hariana, de Siwalik et de Biyana. Trois années plus tôt ils s'étaient com-

1. Il est aussi nommé Nuyin Salin, autre part, mais les lettres l et r sont interchangeables (Raverty, Tabaqat-i-Nasiri, I, p. 711).

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portés de la même manière et avaient été châtiés par Ulugh Khan. Sous les ordres de Malka, un Hindou qui rassembla autour de lui tous les mécontents de la contrée, ils renouvelèrent leurs brigandages. Ulugh Khan les défit grâce au zèle et à l'intrépidité des Maliks et des Emirs, et 12.000 d'entre eux, à peu près, furent passés au fil de l'épée. Près de 250 de leurs chefs furent réduits en esclavage, et l'armée victorieuse se saisit d'un immense butin. En l'espace de 20 jours, le guerrier-ministre débarrassa tout le pays de ces calamités, captura 142 chevaux, et emporta 60 sacs à coton, contenant chacun 35.000 lankâs du trésor royal. Vers cette époque, arriva un émissaire d'Houlâkû, le petit-fils de Tchinguiz Khan. Une magnifique réception lui fut ménagée et le Sultan, pieux et bénévole, sortit de sa retraite pour présider sa cour afin de bien recevoir cet hôte distingué.

Apogée de Balban. , — Pendant deux décades complètes, Balban exerça une autorité suprême et préserva l'Etat de plus d'un danger. A cette époque de trouble et d'inquiétude, seul un homme tel que Balban pouvait, de sa main de fer, étouffer les révoltes et prévenir le désordre. Les postes-frontières furent fortement gardés, une armée puissante s'organisa, et les Mongols furent repoussés avec succès. Dûment châtiés, les Hindous du Doab n'osèrent plus s'insurger. Les Emirs et les Maliks désaffectés, dont les jalousies et les dissensions créaient le désordre dans l'Etat, durent s'incliner devant une autorité incontestable. Grâce à l'énergie et aux capacités de Balban, le royaume de Delhi résista aux révoltes intérieures et aux invasions étrangères.

Balban devient roi. — Balban était naturellement désigné pour assumer les charges delà royauté, à la place de Nasir-ud-din qui mourut en 1266. L'incompétence des fils d'Iltutmish et l'orgueil aveuglant des esclaves Shams^s, avaient diminué le prestige de la couronne; le premier devoir de Balban était d'affirmer l'autorité du gouvernement, de réorganiser l'administration et de prendre des mesures effectives pour arrêter l'invasion mongole. Barani écrit : « La crainte du pouvoir gouvernant, qui est la base de toute bonne administration et la source de gloire et de splendeur d'un Etat, avait abandonné le cœur de tous les hommes et le pays était tombé dans une triste condition. » Par des châtiments sévères et des mesures énergiques, le nouveau Sultan, habile administrateur, étouffa les éléments de désordre et apprit au peuple l'obéissance et la soumission.

Il rétablit V ordre. — Il fallait d'abord que Balban eût une armée puissante et bien organisée. Des Maliks d.expérience qui avaient déjà donné des preuves de leur courage, reçurent la charge de la cavalerie et de l'infanterie. Avec l'aide de cette armée, il rétablit l'ordre au Doab et dans les environs de Delhi, l'agitation des Mewatis était devenue une menace sérieuse pour le trône de Delhi. Leurs équipées pillardes les menaient jusqu'aux approches de la capitale, et pendant la nuit, « ils venaient rôder dans la cité, donnant toutes sortes d'inquiétudes, privant les habitants de leur repos ». Ils assaillaient les bhishtis (porteurs d'eau) et les jeunes filles qui allaient chercher de l'eau, les dépouillant de leurs vêtements. Par crainte de tout ce dont leur audace pouvait les rendre

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capables, les portes occidentales de la ville durent être fermées pendant la prière de l'après-midi; un nécessiteux même, n'était pas à l'abri de leur férocité. Le Sultan purgea la jungle de ce fléau; pour protéger la capitale, il fit bâtir des postes avancés fortement gardés par des Afghans, auxquels il donna des lopins déterre afin qu'ils eussent un intérêt à bien remplir leurs fonctions Les nobles et les officiers qui avaient la charge de la contrée, la soumirent complètement, et firent passer au fil de l'épée des milliers de ces brigands. Au cœur du Doab régnait la plus grande insécurité ; Kampil, Patiali et Bhojpur étaient les places fortes des pirates qui infestaient les routes et rendaient impossible le transport des marchandises. Le Sultan vint en personne remettre à l'ordre ces hors-la-loi. Il posta, aux endroits dangereux, de fortes (garnisons afghanes; « le repaire des brigands fut ainsi converti en un poste de gardes et des musulmans et des gardiens de routes prirent la place de ces voleurs de grands chemins. Soixante ans plus tard, Barani pouvait raconter que le pays avait été purgé de ses pirates et que le voyageur circulait en toute sécurité. Pendant que le Sultan s'occupait à rétablir l'ordre au Doab, une émeute éclata dans la contrée, comprise maintenant dans le district de Rohilkhand, et les chefs de Badâon et d'Amrohâ se trouvèrent impuissants à l'apaiser. Le Sultan exaspéré par ce mépris des lois, se dirigea sur Katehar avec la plus forte partie de son armée et donna des ordres formels pour l'anéanantissement des rebelles. Il s'ensuivit un terrible carnage; « le sang des révoltés forma des ruisseaux, il y eu partout, près des villages et dans la jungle, des amas de cadavres, et leur puanteur atteignait les

rives du Gange. » L'armée royale ravagea tout le district et s'empara de grandes richesses. Des bûcherons taillèrent la jungle et y ménagèrent des routes qui couronnèrent l'effet des massacres. L'ordre fut rétabli.

Suppression des esclaves Shamsîs. — Ayant supprimé les hors-la-loi, le Sultan mena une expédition dans les montagnes de Jûd, pour châtier les tribus des collines. Deux ans plus tard il marcha contre le fort qui avait été détruit par les Mongols. Toute la contrée fut dévastée — et l'ordre régna. Cette brève campagne révéla une fois de plus au Sultan l'incapacité des vétérans Shamsîs qui avaient joui de concessions de terrains pendant les 30 ou 40 années précédentes. Il fut découvert, qu'en place de paye, près de 2.000 cavaliers de l'armée deShams-uddin possédaient des villages dans le Doab. Plusieurs des privilégiés étaient vieux ou infirmes, d'autres étaient morts et leurs fils avaient pris la suite de leurs concessions, et leurs noms faisaient partie du répertoire de VAriz (commissaire général). Ces tenanciers de terrains s'intitulaient propriétaires et soutenaient que le Sultan Shams-ud-din leur avait fait don de ces terres. Quelques-uns d'entre eux continuaient à faire du service militaire pendant leurs loisirs, d'autres trouvaient des excuses pour rester chez eux et corrompaient le député du commissaire général des guerres et ses officiers, afin qu'ils fermassent les yeux sur leur négligence. Gomme le quo warranlo d'Edouard Ier, le Sultan lança de suite un ordre d'enquête et fit dresser une liste des concessionnaires qui furent divisés en trois classes : 1 ° Les hommes âgés, dont les terres furent reprises, mais

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auxquels fut allouée une pension de 30 ou 40 tankas, 2° les hommes jeunes, aptes au service actif, gardèrent leurs terrains mais en payant à un receveur officiel le surplus de leurs revenus; 3° la troisième classe, enfin, comprenait les veuves et les orphelins qui furent privés de leurs terres, mais aux besoins desquels l'Etat devait pourvoir. Les ordres de Balban, à l'exemple de la législation de Solon à Athènes atteignirent tout le monde, sa propre classe ne fut pas exclue; un sentiment de désespoir s'empara des membres de l'aristocratie militaire, qui avaient jusque-là le monopole de toutes les faveurs et de tous les privilèges. Ces vieux Khans dépêchèrent quelques-uns d'entre eux à Fakhr-ud-din, le kotwal de Delhi, qu'on supposait avoir de l'influence sur le Sultan, le suppliant d'intercéder en leur faveur. Le kotwal s'emporta et plaida si éloquemment la cause de ces vétérans que le Sultan fut ému et révoqua ses édits; les Khans ne furent pas dépouillés de leurs propriétés, mais ils perdirent de leur influence et se soumirent humblement à la dictature de Balban. Celui-ci n'épargna même pas son propre cousin, Sher Khan, gouverneur des districts de Sunnam, Lahore et Dipalpur; il avait maîtrisé de son autorité des tribus séditieuses, telles que les Jats, les Khokhan, les Bhattis, les Minas et les Mandharas1; quand il apprit l'hostilité du Sultan vis-à-vis des vieux barons Shamsîs, il en vint à craindre pour sa propre sécurité et se tint éloigné de la cour. Barani écrit qu'en dépit de ses services passés et de leurs

1. Ces tribus sont également mentionnées par Barani dans son Tarikh-i-Firuz Shahi, durant le règne de Mohammed Tughlaq {Bibliolh. Ind., p. 483).

liens de parenté, le Sultan le fit empoisonner1. Sans merci, Balban affermit son empire et réduisit au silence tous ceux qui tentèrent de se mettre au travers de sa route.

Fermeté du gouvernement. — Sa force militaire, seule, eut été impuissante à maintenir dans l'ordre un pays aussi étendu que l'Hindoustan; c'est pourquoi Balban établit l'administration intérieure sur des bases solides. Le principe en était mi-civil et mimilitaire. Il était lui-même la source de toute aurorité et veillait à ce que ses ordres fussent exécutés avec la plus grande rigueur. A ses fils même, qui gouvernaient d'importantes provinces, il ne laissait guère d'initiative, c'est lui qui discutait des questions graves et ses décisions étaient strictement observées, une parfaite impartialité présidait à l'administration de la justice; tous les torts devaient être redressés, eussent-ils été causés par un membre de la famille royale, ou de ses amis. Personne n'osait plus maltraiter ses serviteurs ou ses esclaves par crainte de la justice inexorable du Sultan. Quand Malik Barbak, courtisan, qui tenait un jâgîr de 4.000 cavaliers et le fief de Badâon, fit mourir à coups de fouets l'un de ses serviteurs, sa veuve s'en plaignit au Sultan. Il ordonna que le Malik fût flagellé de la même manière en présence de la plaignante, et fit exécuter publiquement les espions qui ne lui

1. Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi (p. 66). Elliot, III, p. 109, Barani affirme que le Sultan le fit empoisonner, et, sur ce règne, il est une autorité plus digne de foi que d'autres auteurs. Firishta dit que Sher Khan mourut et fut enterré à Bhatnir. Barani dit qu'il manqua de respect à la cour. Briggs, incorrectement, écrit neveu au lieu de cousin. Firishta, texte de Lucknow, p. 78; Briggs, I, p. 258; Elliot, III, p. 109.

Inde- 1^

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avaient pas rendu compte de ce scandale. A une autre occasion, certain noble n'échappa à la mort qu'en payant à la veuve de celui dont il avait causé la mort, une somme de 20.000 iankas. Afin de perfectionner l'administration de la justice, Balban avait institué un merveilleux service d'espionnage, lequel étendant ses ramifications dans tous les fiefs, devait l'instruire immédiatement de toutes les injustices commises. Pour que ces rapports fussent exacts et honnêtes, il restreignit le champ d'observation individuel et que le rapport accusât les membres d'une caste plus ou moins élevée, la justice était également rendue. Les actions deBughra Khan même n'étaient pas exemptes de surveillance, le Sultan tenait à être informé de tous ses mouvements. Il est évident que ces espions évitèrent bien des crimes et protégèrent les innocents et les faibles contre la toutepuissance des maîtres ; mais leur continuelle présence dut avoir une grande influence démoralisante sur le peuple qui, plus jamais, ne se sentait libre.

Les Mongols. • — Mais la préoccupation dominante du Sultan fut bien la crainte des invasions mongoles. Malgré son armée puissante et bien disciplinée, il ne quitta jamais Delhi, et s'absorba tout entier à défendre ses possessions contre les incursions de ces hordes nomades. Elles s'étaient établies à Ghazna et en Transoxiane, et Houlakû, le petitfils de Tchinguiz Khan avait assassiné le khalife Al-Moustasim et pris Baghdad. Ils s'étaient emparés de Lahore et saccagaient chaque année les contrées du Sind et du Pendjab. Sans quitter sa capitale, le Sultan surveillait attentivement les points les plus vulnérables de l'empire. Il confia à ses fils, Moham-

med etBughra, la garde des provinces de Moultan et de Samana, les plus exposées parce qu'elles étaient situées à la frontière septentrionale; ils entretenaient de puissantes armées pour combattre les Mongols. Cette crainte constante eut pour effet d'entraver la politique extérieure de Balban, qui jamais ne tenta la conquête de pays plus éloignés, toute son attention étant concentrée dans des mesures préservatrices. L'organisation administrative tendit aussi vers ce même but : conjurer l'avance mongole. La description qu'Emir Khusrau fait de ces sauvages nomades1, entre les mains desquels il tomba luimême donne une impression de leur férocité, et des horreurs que leurs raids impliquaient : «Ils étaient plus de mille infidèles, Tartares et guerriers d'autre tribus, montés sur des chameaux; de grands commandants dans la bataille, avec leurs corps d'acier vêtus de cotonnades ; leurs faces étaient de feu, avec des bonnets depeau de mouton sur leurs têtes rasées; leurs yeux étaient si étroits et si perçants qu'ils auraient pu transpercer un vase de bronze. Gomme s'ils n'avaient pas de cou, leur tête était fixée au corps. Leurs joues ressemblaient à du cuir souple plein de rides et de nœuds. Leurs nez s'étendaient d'une joue

1. Abul Hassan, mieux connu sous son nom de plume d'Ami, Khusrau, de beaucoup le plus grand poète musulman de l'Inde naquit à Patiali l'an 651 de l'hégire (1253 ap. J.-C.) et mourut à Delhi en 725 (1324-25 ap. J.-C). Encore enfant, il devint un disciple de Cheikh Nizam-ud-din Aulia. Il entra au service de Balban comme précepteur de son fils Mohammed qui appréciait la société des hommes instruits. Peu à peu il s'éleva et fut promu à la situation de poète lauréat. Il mourut de chagrin après la mort de son saint préféré Nizam-ud-din Aulia. Il écrivit de nombreux ouvrages qui sont brièvement cités dans Elliot, III, pp. 67-92, 523-67. Pour de plus amples informations sur ces ouvrages voir Elliot, III, Appendix, pp. 528-29.

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à l'autre, et leur bouche d'une pommette à l'autre. Leur moustache était d'une longueur fantastique, mais la barbe était rare autour de leur menton.

«... Ils ressemblaient à autant de démons blancs, et les peuples terrorisés fuyaient partout à leur approche. » De tels envahisseurs, intrépides et sans cœur, ne pouvaient être traités légèrement, ils arrivaient des contréesplus froides, au-delà del'Hindou-Kouch; il est naturel que Balban ait négligé d'autres choses pour veiller à la sécurité de son pays et à l'entretien d'une armée bien disciplinée et équipée, toujours prête à repousser les incursions de ces sauvages.

Révolte de Toughril 1279 ùp. J.-C.—Balban avait réussi, par la force, à apaiser les populations du Doab et des environs de Delhi, mais la soumission à l'autorité de Delhi, des princes limitrophes, était encore fort douteuse Depuis Mohammed îbn Bakhtiyar Khilji, l'obéissance du Bengale s'était relâchée et ses gouverneurs avaient tous essayé de secouer le joug de l'aurité impériale. L'éloignement, l'absence complète de moyens de communication; et le règne de la malaria, se combinaient pour rendre aux gouverneurs de l'Hindoustan, plus difficile encore l'administration de cette province intraitable. Iitutmish était un monarque capable et puissant; pour exercer une autorité suprême sur le Bengale il l'avait confié à son fils. Cependant, sa mort donna libre cours aux désordres, et ses successeurs, simples fantoches entre les mains de l'armée et de la noblesse turque, laissèrent tomber le prestige du gouvernement central. Ils n'avaient rien fait pour établir sur des bases solides la puissance de la dynastie des esclaves; et

BALBAN ET SES SUCCESSEUBS 197

Balban vit clairement, envers sa maison, l'absence de ce sentiment de loyauté que les souverains héréditaires de haute naissance inspirent touj ours en Orient. La province du Bengale était une province inquiétante, Baraniditau sujet du caractère de ces habitants : « Pendant plusieurs années, le peuple de cette contrée avait montré des dispositions à la révolte; les disgraciés et ies mécontents, dispersés parmi eux, réussirent généralement à aliéner la loyauté des gouverneurs. »

Toughril Khan, qui avait été nommé par Balban gouverneur du Bengale1, fut dévoyé par ses mauvais conseillers. Ils lui dirent que le Sultan était bien vieux, que ses deux fils étaient occupés à enrayer l'attaque mongole, et que les nobles, sans direction, ne possédaient ni les hommes, ni les munitions, pour repousser ses tentatives d'indépendance. Tughril prêta l'oreille à ces avis pernicieux et faux et « permit à l'œuf de l'ambition d'éclore dans son cerveau. » Il attaqua Jajnagar2, s'empara d'éléphants et de biens d'une grande valeur... et garda le tout pour lui. Il consomma son impudence par une déclaration d'indépendance, prit le titre de Sultan Mughis-ud-din, frappa une monnaie et fit lire ia Khotba en son propre nom. Une formidable opulence le mit à même de combler ses associés de présents.

1. Tughril était un esclave turc que Balban acheta. Etant brave et belliqueux, il soumit les Rajas du voisinage et les obligea à payer tribut.

2. Dans son Hislory of Bengal, Stewart écrit qu'à ce moment-là l'empereur était confiné dans son lit et que ses deux fils défendaient les frontières septentrionales du royaume contre les Mongols. Tughril Jugea alors l'occasion favorable pour se proclamer indépendant. Il répandit le bruit que le Sultan était mort. Stewart, n. 91 Elliot III, p. 112.

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Gomme Barani l'écrit, l'argent ferma les yeux aux clairvoyants, et l'appât de l'or fit changer le cours de la politique. Les soldats et les bourgeois, courtisans des richesses, se rangèrent sous les ordres du gouverneur rebelle, au mépris de l'autorité souveraine.

La nouvelle de cette révolte altéra l'humeur du Sultan, il en négligea pendant quelques jours les affaires de l'Etat. Alptéguine, mieux connu sous le nom d'Amir Khan, avait longtemps administré le fief d'Oude; c'est à lui que le Sultan remit le commandement d'une forte armée. 11 traversa le Sarjû et marcha sur Lakhnauti; mais quand il atteignit les terres du Bengale, il rencontra Toughril qui, grâce à ses libéralités, s'était gagné d'innombrables partisans. Alptéguine, l'ancien esclave, fut vaincu, ses troupes s 'enfuirent et plusieurs de ses hommes se donnèrent à l'ennemi. Quand Balban apprit ce désastre, sa fureur ne connut plus de bornes. Il fit pendre Amir Khan aux portes d'Oude, soi-disant pour prévenir d'autres malheurs. Cette injuste exécution sema l'effroi « parmi les sages de l'époque, » qui virent dans cet ignoble décret la condamnation du régime de Balban.

Une autre expédition eut le même sort; Tughril, enhardi par ses succès, sortit de Lakhnauti, tomba sur l'armée de Delhi et la défit complètement. Le Sultan, consumé de honte et de colère, jura de se venger. Il remit les affaires de l'Etat entre les mains de Malik Fakhr ud-din Khan, traversa Samana et Sunnam et demanda à Bughra Khan de l'accompagner au Bengale. La province dont le prince Mohammed avait la charge lui fut tout spécialement recommandée ainsi que la nécessité de ne pas perdre de vue

les Mongols. Malgré les pluies, le Sultan se mit en route pour Lakhnauti à la tête d'une puissante armée. A Oude.il ordonna une mobilisation générale qui vint augmenter son armée de près de deux lâkhs d'hommes ; une flottillese forma, comprenant denombreux bateaux. Les troupes royales passèrent le Sarjû, mais leur marche fut très ralentie sur les territoires marécageux du Bengale; péniblement, sous la pluie et dans la boue, elles gagnèrent la capitale pour y découvrir que le rebelle, se sentant incapable de lutter contre le Sultan, avait fui vers les contrées sauvages de Jajnagar, emmenant avec lui ses trésors, ses éléphants et un corps d'hommes armés. Le Sultan se jeta à sa poursuite, déclarant que, quoiqu'il en coûtât, il n'abandonnerait jamais sa proie. 11 inculqua sa résolution aux soldats, et beaucoup d'entre eux crurent ne jamais revoir Delhi, et firent leurs testaments,. De nombreux cavaliers furent envoyés à la recherche de Tughril, mais ils rentrèrent sans en avoir trouvé la moindre trace. Cependant, un jour, le chef de Kol et son frère Maiik Muqqadar, rencontrèrent par hasard des marchands de blé qui étaient au courant de la retraite du fuyard. Ils furent immédiatement saisis, et deux d'entre eux décapités sur-le-champ ; terrifiés de cette rapide exécution, les autres divulguèrent les secrets demandés, et la petite escouade se lança dans la direction indiquée par les marchands. Le camp de Tughril fut découvert dans un paysage bucolique, Tughril et ses hommes se laissaient aller à la douceur de vivre loin des préoccupations de toutes sortes, Barani décrit ainsi la scène : « Tous semblaient hors de danger et exempts d'appréhension; quelques-uns lavaient leur linge, d'autres buvaient et chantaient.

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Les éléphants broutaient les branches des arbres et les chevaux et les troupeaux paissaient — partout régnait une sensation de sécurité1. » Sans plus attendre, un détachement de 30 ou 40 cavaliers s'élança dans le camp et en interrompit brusquement l'heureuse félicité. L'armée de Tughril s'enfuit, saisie de panique; lui-même sauta sur un cheval non-sellé et essaya de galoper jusqu'à un ruisseau qui coulait près de là. Il fut poursuivi, une flèche lui transperça le côté et il fut jeté à bas de sa monture. Les vainqueurs le décapitèrent, jetèrent son corps dans la rivière et firent prisonniers ses partisans, ses femmes et ses enfants. Fort satisfait du succès de cette expédition, le Sultan récompensa convenablement ceux qui avait risqué leur vie à son service. Son prestige s'accrut immensément, et dans la crainte et le respect, les peuples se prosternèrent devant lui.

Balban retourna à Lakhnauti et commença les représailles. Tout le long du bazar de Lakhnauti, de chaque côté, furent érigées des potences et les parents ou complices de Tughril y furent pendus sans pitié. Il y avait un mendiant que le rebelle protégeait : celui-là même ne fut pas épargné. Ces terribles exécutions durèrent deux ou trois jours; ce n'est qu'à grand'peine que les « Qazis » et les « Muftis » obtinrent leur pardon. Des vieillards racontèrent à Barani des histoires de ce passé abominable, jamais on n'avait vu, en Hindoustan, de tels châtiments infligés par n'importe quel roi ou conquérant. Quand le massacre prit fin, Balban s'occupa de rétablir l'ordre dans le pays. Il confia la province à Bughra Khan et lui recommanda d'administrer sagement le pays

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