Elliot, III, p. 197; J. A. S. B., 1878, p
les caractéristiques : 1° la plus stricte observance des règlements du marché; 2° la levée régulière des taxes; 3° l'infime circulation des métaux parmi le peuple; 4° l'impartialité et le zèle des officiers qui remplissaient leurs ofices avec honnêteté par crainte du Sultan.
Résultat des réformes. — Ces réformes furent couronnées de succès. La force et l'efficacité croissantes de l'armée garantirent le pays contre les invasions mongoles et tinrent en respect les rajas et les chefs rebelles. Les séditions furent étouffées, et la discipline imposée aux individus diminua la moyenne des crimes. Le peuple, pouvant se vêtir et se nourrir à meilleur compte se trouva plus heureux... et plus étroitement attaché au despotisme du Sultan. Quoique les nécessités de la guerre écornassent largement les ressources de l'Etat, le Sultan fit élever plusieurs monuments publics et étendit son patronage aux gens de lettres et aux religieux. L'émir Khusrau, poète lauréat de l'empire, florit sous son règne et des hommes pieux tels que Shaikh Nizam-ud-din Auliâ et Shaikh Rukn-ud-din augmentèrent encore le prestige de sa cour.
Mais la solidité que ces mesures apportèrent au gouvernement central fut leur plus important résultat. Les barons féodaux aussi bien que les individus accusés de tendances anarchiques étaient étroitement surveillés. Les agents du gouvernement ne jouissaient d'aucune latitude; la non-observance d'un ordre royal, considérée comme une grave offense, était punie sans pitié. Les gouverneurs des provinces les plus reculées exécutaient les ordonnances du Sultan avec une obéissance parfaite.
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Faiblesse de ce système. — Cependant le système politique établi par Alauddin ne reposait pas sur des bases solides. La nouvelle culture qu'il avait voulu imposer contre le gré de son peuple, sema le mécontentement. Les rajas hindous qui avaient été privés de leur indépendance, supportèrent leurs pertes, mais attendirent le moment propice pour secouer le joug. Les nobles, habitués à une vie large et gaie, étaient fatigués des lois odieuses auxquelles ils devaient obéir ; les marchands se révoltaient contre les tarifs du marché et les Hindous gémissaient et se plaignaient des humiliations qui leur étaient infligées. Les nouveaux musulmans ne cessaient d'intriguer et de comploter contre le Sultan. L'autorité impériale était minée par la supercentralisation, les répressions, l'espionnage. A mesure que le Sultan avança en âge, il devint violent et fantasque, et sa nature soupçonneuse lui enleva l'estime de ses nobles. Pour créer une hiérarchie officielle qui lui fut parfaitement soumise, il éleva aux honneurs des hommes de basse extraction. A cette époque, la personnalité du Sultan avait une immense importance; Alauddin commit l'erreur de négliger ce facteur puissant de la politique contemporaine. Sous l'influence de Kâfûr, il abandonna l'éducation de ses fils et les traita avec une sévérité exagérée. Kâfûr, avec application, fomentait des querelles dans la maison royale, afin de préparer la voie en vue d'établir son propre pouvoir. Il dicta au roi un testament, établissant son fils, Shihab-ud-din, héritier du trône. Le respect dû à l'autorité impériale se perdit, et des mouvements révolutionnaires ébranlèrent les provinces limitrophes. Suivant les termes du chroniqueur musulman, « la Fortune se montra changeante, comme d'ordi-
naire et la destinée tira son poignard pour le détruire » , et le puissant monarque « mordit, avec fureur, sa propre chair », quand il vit l'œuvre de toute sa vie s'écrouler à ses yeux. Ses nobles et officiers fidèles avaient été disgraciés les uns après les autres par suite des intrigues de Kâfûr. La fin du Sultan, condamné déjà par une maladie mortelle, fut activée par les nouvelles des révoltes ourdies contre son autorité. Il mourut l'an 1316 après J.-G. et fut solennellement enterré dans un tombeau, devant le Jam-i-masjid.
Ce que fui Alauddin. — Le règne d'Alauddin marque le niveau le plus élevé du despotisme musulman. Il était, par nature, cruel et implacable, et écartait toutes obligations religieuses ou légales si d'aventure elles gênaient sa politique. Les liens les plus sacrés de parenté ou de fraternité ne l'arrêtaient pas dans la distribution des châtiments qu'il distribuait sans distinction. Une volonté ferme, le talent d'influencer l'esprit des autres hommes et de se les asservir, l'inflexible résolution de rendre l'Etat efficace, le mirent à même de résoudre avantageusement les problèmes de son époque. Il marcha avec assurance vers le but qu'il s'était proposé, faisant usage des instruments que les circonstances placèrent entre ses mains, et ses combinaisons machiavéliques excluaient les scrupules et les interventions ecclésiastiques. Avec chaque conquête, son ambition grandit, et il devint si puissant que bientôt les barons récalcitrants eux-mêmes ne lui résistèrent plus. Il possédait les qualités innées d'un chef de guerre et d'un bon administrateur — combinaison rare dans l'histoire du moyen-âge. Il vit clairement les dangers auxquels la société était exposée et rassemblant les forces
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qui l'entouraient, il résolut de se dévouer au bienêtre de son peuple, parvenant ainsi par une heureuse coïncidence au but principal de sa politique, l'accroissement des forces militaires. Il jouit de la confiance de ses soldats, le zèle qu'il eut pour sa foi inspira à ses partisans la résolution inébranlable de se battre sous sa bannière contre les infidèles. Il organisa l'administration civile avec beaucoup d'originalité et de décision, son énergie fantastique lui permit de surveiller lui-même la conduite de ses officiers. Mais toutes ses institutions manquaient d'éléments durables. Il procura à l'homme les denrées et les articles fondamentaux de l'existence, et s'il ne put aller plus loin, à lui n'en est point la faute; l'époque seuement lui imposa des limites. Cependant son contrôle sur les marchés soulagea grandement les misères et les besoins du peuple; il trouva avant Napoléon que du pain à bon marché était le secret d'une bonne administration. Il fut le premier souverain musulman qui eut le courage de se détacher de la politique orthodoxe des canonistes; aussi Havell fait-il remarquer à juste titre que quoiqu'il représentât personnellement l'incomparable barbarie d'un despote turc, sa conduite et sa politique sont un exemple de l'évolution par laquelle, l'Hindou musulman caractéristique, en vint à considérer l'Inde comme sa patrie spirituelle, et à faire de l'Islam aux Indes la brillante expression d'une grande religion universelle.