‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 38 sur 135 · Amir Khusrau, Nuh Sipihr, Elliot, III, p · texte numérisé non relu

Amir Khusrau, Nuh Sipihr, Elliot, III, p

2. Pour la vie privée il se faisait gloire de son mépris pour les prescriptions ordinaires de a morale, et étalait ses écarts de conduite les moins excusables avec une brutale naïveté. Il était la personnification même de ce mauvais esprit contre lequel les nobles et les fonctionnaires dirigeants de l'époque pioleslaient, mais en vain.

sables avec une brutale naïveté. C'était la personnification même de ce mauvais esprit contre lequel les nobles et les fonctionnaires dirigeants de l'époque protestaient, mais en vain. Les danseuses étaient fort cherchées, et « le prix d'un jeune homme, d'un joli eunuque ou d'une belle fille, variait entre 500, 1 .000 ou même 2.000 tankâs ». Un genre d'amusement fort goûté du roi était de se montrer ;mx nobles rassemblés, dans un état d'ébriété complète et entouré de femmes de plaisir. Cet être anormal piétina toute décence en permettant à de telles femmes d'insulter d'une manière obscène et ignominieuse tous les nobles de la cour. Le résultat de cette dépravation extrême, fut que l'autorité royale se relâcha dans tout l'empire. Khusrau devint le confident du roi et acquit une grande influence à la cour; il tint des conférences quotidiennes pour discuter la mort du roi. Il obtint du roi, par de fausses explications, l'autorisation de conserver autour de lui des hommes de sa propre caste, afin de se défendre contre la jalousie des officiers. Mubarak fut bien informé des traîtres desseins de Khusrau, mais il ne prêta aucune attention aux bons conseils de son vieux tuteur, Qazi Zia-ud-din1. Dans la nuit, d'avance désignée, les conspirateurs pénétrèrent dans le palais et trouvèrent le roi dans ses appartements privés; celui-ci, comprenant le péril, tenta de s'enfuir dans le sérail des femmes, mais il fut pris et essaya vainement de s'échapper encore. L'un des conspirateurs planta son épée dans la gorge du roi et sépara sa tête d'avec son corps. A minuit, une cour de justice fut rapidement organisée dans le

1. Qazi Zia-ud-din occupa l'office de Vakîl-i-dar ou porteur des clefs de l'entrée du palais. C'était un poste de la plus haute importance, auquel seules des personnes de confiance pouvaient prétendre

260 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

palais et tous les nobles durent comparaître pour être déclarés complices de ce crime épouvantable. La maison de Firuz Khilji s'éteignit, et avec le consentement forcé des nobles et des officiers, Khusrau monta sur le trône, en 1320, sous le titre de Nasir-ud-din.

Le régime de Khusrau. — Avec l'avènement de Khusrau commença le règne de la terreur. Le harem royal fut visité; ses parents et ses amis se partagèrent les femmes des nobles et des émirs. Les trésors de l'Etat furent saccagés et des dons abondants gagnèrent au nouveau Sultan la sympathie, très aléatoire, du peuple. Khusrau avait pour but de rétablir la suprématie hindoue, et pour y arriver il sacrifia celles de ses relations liées à lui le plus étroitement. L'Islam fut méprisé; le Coran servit de socle aux idoles qu'on installa dans les mosquées au grand scandale des croyants. C'est ainsi que Barani, avec un peu d'exagération, nous expose la situation. Dispersés, les nobles de la cour devinrent impuissants à changer cet état de choses. Le prestige du Sultanat de Delhi avait atteint son apogée, et, si un puissant raja hindou eût organisé une ligue avec ses alliés, il se peut qu'il fût arrivé à gagner Delhi, et ainsi la puissance musulmane aurait été exterminée sûrement. Mais les Etats rajpoutes, n'étant préoccupés que de leurs petites affaires, comment eussent-ils trouvé le temps de glisser un regard vers la révolution politique dont Delhi était le théâtre.

Chute de Khusrau. — Khusrau ne pouvait bâtir un Etat hindou avec la seule aide de gens haïs et méprisés. En outre, les nobles Alai s'indignèrent

qu'il eût usurpé l'autorité royale. Parmi ces mécontents, se trouvait Fakhr-ud-din Jûnô, dont l'usurpateur tenta de se concilier l'amitié en le nommant grand maître des écuries. Mais Jûnâ, dans le secret, prépara la vengeance de la maison d'Alauddin et le détrônement de Khusrau. Il rapporta chaque événement à son père Ghâzî Malik, le gardien des marches de Dibâlpûr. Le héros vétéran frémit d'horreur au récit de tous les crimes de Khusrau. Il jura de se venger des ennemis de l'Islam et partit pour Delhi à la tête d'une armée considérable. Tous les nobles de l'empire se joignirent à lui, à l'exception du gouverneur de Moultan, qui préféra conserver sa dignité plutôt que de servir comme inférieur dans les rangs de Ghâzî Malik.

Alarmé par l'arrivée de Ghâzî Malik, Khusrau commença d'organiser ses forces. L'armée de Delhi, démoralisée par l'indolence et la débauche, n'était pas en état de lutter contre la discipline des musulmans. Le manque de généraux expérimentés rendait la situation de Khusrau plus désespérée encore. Quand les deux armées se trouvèrent face à face, chacune déploya d'habiles manœuvres pour vaincre l'autre. Les troupes nonchalantes de Khusrau furent vite mises en déroute; elles s'enfuirent en désordre; ce fut la fin de la puissance des Parwârîs, ils furent anéantis au point que « quelque vie restait à peine dans leurs corps ».

Le général victorieux1, chargé d'un immense butin, se dirigea sur Delhi afin d'y marquer un point final. Khusrau désespéré chercha, par tous les moyens à se procurer du secours. Il sortit les

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