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CHAPITRE PREMIER

L'Inde à la veille de la Conquête Musulmane

Conditions de VInde nordique. • — La mort de Harsha, en 647 après J.-C, inaugure dans l'histoire de l'Inde une période qui se résume en deux mots : confusion el démembrement.

Des fragments de l'empire, naquirent autant de principautés, sans unité de principes et sans cohésion. Etat contre Etat, toutes luttaient pour l'hégémonie : aucune ne parvint à s'imposer et à discipliner les forces qui désagrégeaient l'ensemble. L'Etat de Kanauj maintint longtemps son ascendant, mais son titre restera toujours discuté. En Orient, la chute d'un grand empire entraîne infailliblement la dislocation rapide de l'organisation politique. Telle l'Allemagne au xvie siècle, l'Inde ne fut bientôt plus qu'une mosaïque d'Etats indépendants.

Cachemire, — Harsha n'avait pas conquis le Cachemire, bien qu'il eût contraint son souverain à lui céder une précieuse relique du Bouddha. L'histoire du Cachemire peut être reconstituée en pui-

Inde

2 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

sant à l'excellente source d'information qu'est la Râjalaranginî de Kalhana. Lorsque Hiouen-Tsang visita le pays, en 631-633 ap. J.-C., il fut fort bien reçu par le prince régnant — très probablement Durlabhavardhan de la dynastie Kârkotâ. Des trois fils qui se succédèrent après sa mort, le plus remarquable fut Lalitâditya Muktâpida. Ce prince énergique étendit sa domination loin au delà des frontières du Cachemire et des contrées voisines. Après avoir attaqué et soumis Yaçovarman de Kanauj, il guerroya contre les Tibétains et les Bhauttas. Il fit élever le fameux temple de Martand dont les ruines sont encore un magnifique exemple de l'architecture hindoue; « et même en leur présent état de décadence, dit sir Aurel Stein, elles forcent l'admiration par leurs dimensions imposantes, par la beauté de l'architecture de leur dessin et de leur décoration. » Son principal successeur fut son petitfils Jayapîda qui, suivant la chronique, « partit à la conquête du monde » - — l'histoire ne dit pas la fin de l'aventure. Le début du IXe siècle marqua le déclin de la dynastie Kârkotâ et l'avènement de la dynastie Utpala.

Avantivarman (8b5-83 ap. J.-Cr) fut le premier souverain de la nouvelle dynastie. S'il n'accomplit point d'actions d'éclat, la paix intérieure et la prospérité marquent son règne. Çankaravarman (883- 902 ap. J.-C.) lui succéda. Il eut à combattre contre son cousin Sukhavarman et d'autres rivaux. Çankaravarman organisa un système d'impôts qui pesa lourdement sur la population. Les nouvelles taxes levées par lui épuisèrent la richesse des institutions religieuses; et leurs variations, accompagnées de la rigueur avec laquelle elles étaient perçues, affecta

gravement le commerce et l'industrie. Le travail forcé augmenta la misère du paysan, et Kalhana écrit : «... il institua le fameux (système forcé) transport des fardeaux qui est le comble de la misère pour les villages, et qui est de treize sortes. Par perceptions (contributions) pour le payement mensuel des Skandakas, clercs de villages (grâm-Kâyasthas) et autres; et par de nombreuses autres exactions, il condamna les villageois à la pauvreté1. »

Pendant ce règne, le dernier des rois Turki-Sâhi fut détrôné par le Brahmane Lalliya, fondateur de la nouvelle dynastie de l'Hindou Sâhi qui dura jusqu'en 1021 ap. J.-C. et fut finalement anéantiepar les musulmans!

Après la mort de Sankaravarman, le souverain le plus important, celui dont on parle, fut Kshemagupta (950-58 ap. J.C.). Son importance ne s'affirma pas à son avènement, mais data surtout de son mariage avec Diddâ, qui était, par sa mère, descendante des rois Sâhi. Diddâ était une femme de grande habileté et d'une puissante personnalité qui la rendit capable de maintenir l'ordre dans la vallée et d'exercer une autorité indiscutable pendant presque 50 ans. Kshemagupta mourut en 958 et le trône échut à son fils mineur. En vertu de son droit, Diddâ devint régente, mais la régence ne fut pas chose aisée. Les nobles s'y opposèrent formellement, et deux d'entre eux - — Mahiman et Pâtâla ■ — se rebellèrent ouvertement. La présence d'esprit et le courage de Diddâ la maintinrent dans une bonne position. Elle apaisa la révolte et se vengea sans merci

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