‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 41 sur 135 · Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, PAbliolh. lnd., p · texte numérisé non relu

Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, PAbliolh. lnd., p

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il lu» arriva de guérir bien des maladies. Sa prodigalité était célèbre; tous ses contemporains s'accordent à louer sa générosité : à toute heure les miséreux réunis en foule aux portes du palais1 recevaient d'innombrables présents. Il fut un musulman strict, observant rigoureusement les préceptes du Saint Livre sans toutefois aller jusqu'à la bigoterie. La meilleure preuve de son libéralisme est la quiétude dont jouirent les Hindous; il tenta diverses réformes, telles que la suppression du sali, tellement en vogue au xive siècle.

Ibn Batoûta /ce voyageur maure qui vint aux Indes en 1333 ap. J.-C. décrit ainsi le Sultan : «Mohammed est un homme, qui aime, plus que tout autremortel, distribuer des cadeaux et faire couler le sang. On peut toujours voir à sa porte, quelque misérable devenir riche, ou quelque favori condamné à mort. Sa générosité et sa bravoure, ainsi que ses actes cruels et violents étaient célèbres parmi le peuple. Et cependant il est le plus humble des hommes, et celui qui fait preuve delà plus grande équité. Les cérémonies de sa religion lui sont chères, et il est très sévère quant aux prières et au châtiment qu'encourt leur négligence. Il est l'un de ces rois dont la chance est immense, et dont les heureux succès dépassent la limite ordinaire; mais son trait distinctif est la générosité. Je citerai parmi les exemples de sa libéralité quelques merveilles dont on ne pourrait trouver l'équivalent dans l'histoire d'aucun des princes qui l'ont précédé2. »

1. Barani et Ibn Batoûta louent le Sultan pour sa générosité et les faveurs dont il comblait les étrangers.

2. Ibn Batoûta, édition de Paris, III, pp. 216-17; Elliot, III, pp. 611-612 Masâlik-al-absâr, Quatremère, dans les Notices et extraits, t. XIII, p. 191-192.

Regardé superficiellement, le Sultan paraît avoir été un étonnant mélange de contradictions. Mais, à la vérité, il ne fut pas tel. Plus tard, assez injustement, des écrivains le chargèrent des tares ataviques de folie et d'une nature assoiffée de sang. Aucun écrivain contemporain ne fait la moindre allusion à la démence du Sultan. Le reproche d'avoir été assoiffé de sang lui fut probablement imputé par les cléricaux qu'il traitait avec un mépris non dissimulé1. Il est vrai qu'il était sujet comme tous les despotes du Moyen-âge à de terribles accès de rage, et qu'il infligeait les plus durs châtiments à ceux qui osaient s'insurger contre sa volonté, sans respect pour le rang ou l'ordre qu'ils occupaient. Mais ceci ne veut pas dire qu'il ait été un tyran invétéré, se délectant à la vue du sang humain. Si l'on étudie de près les meurtres et les atrocités dont le Sultan se rendit coupable, on verra qu'il est faux de croire à sa manie de destruction du genre humain et aux chasses à l'homme2 dont on l'accuse. Il est vrai

1. Barani émet la plainte et dénonce le rationalisme du Sultan- Il condamne énergiquement ses spéculations philosophiques et couvre de dédain Obaid et Sâd, qui étaient les plus intimes amis du roi et les accuse de l'avoir écarté du chemin de l'orthodoxie (Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, Bibliolh. Ind., p. 466).

Ceci encore, est inexact. Ibn Batûtâ parle de châtiments terribles infligés aux Cheikhs et aux Maulvis, membres des ordres sacerdotaux, qui jusqu'alors avaient été traités en êtres sacro-saints. Mohammed, autoritaire et fort, ne pouvait se laisser dominer par le clergé; les prêtres ayant prêté la main à quelque trahison, manqué à l'autorité souveraine, ou détourné des fonds, furent dûment châtiés. Une lecture attentive des récits d'Ibn Batoûta nous apprend que les victimes du régime furent exclusivement des membres de la caste des prêtres — une classe prétendant à tous privilèges et réclamant un traitement de faveur en se fondant sur des droits prescrits (lbn Batoûta, édition de Paris, III, pp. 292-99).

2. Il est amusant de lire le récit que Barani fait des chasses à l'homme organisées par le Sultan. L'étude approfondie de ces récits nous fera connaître ce que furent réellement ces distractions. Le

Inde 1S

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que Mohammed Tughluq alliait à une nature emportée une conception avancée de réformes administratives, et quand il arrivait à ses sujets de ne pas répondre à son idéal, sa colère ne connaissait pas de bornes. L'apathie populaire fut le premier moteur de son impatience et certainement aussi de ses innovations surprenantes.

Essais administratils. Impôts dans le Doab. — La première mesure prise par le Sultan fut une levée d'impôts dans le Doab. Barani, qui en parle comme de la première mesure administrative en date, dit qu' « elle signifia la ruine de la contrée et la décadence d'un peuple », tandis qu'un historien, plus circonspect, dit que «les taxes levées sur les matières de première nécessité, réalisées avec une vigueur extrême, n'étaient pas en rapport avec la puissance de l'industrie ». Le Sultan fut amené à lever un impôt dans le Doab à cause de la richesse et de la fertilité de son sol, à cause aussi de l'attitude hostile de ses habitants. Alauddin, également, eut à vaincre la résistance des Khûts, des muqaddams et des balâhars du Doab1. D'après Bara, les impôts prélevés dans le Doab perdirent tout rapport avec

pays était en proie à. une terrible famine, et pour en diminuer les effets, le Sultan avança des fonds et introduisit des mesures relatives au développement de l'agriculture. Ceux qui n'exécutaient pas ses ordres étaient sévèrement punis par les officiers de l'Etat, lesquels durent dépasser bien souvent leurs propres limites. Quiconque a l'expérience des emprunts taqavi à notre époque, aux Indes Britanniques, doit savoir combien difficile est la réalisation. Barani était originaire de Baran (Bulandshahr). Les gens de son district furent également châtiés et il cite Baran particulièrement. Son patriotisme local et son orthodoxie lui inspirèrent probablement sa charge monstrueuse contre le Sultan (Elliot, III, p. 242).

1. Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, PAblioth. Ind., p. 291. Ce sont les noms que les chroniqueurs musulmans donnent aux chefs et aux propriétaires du Doab.

les revenus de la population; d'autres taxes oppressives furent aussi inaugurées sous le nom d'abwab, qui achevèrent le paysan et le réduisirent à la misère1. Tous les historiens insistent sur la détresse dont ces mesures fiscales furent la cause, et Barani, son pays natal ayant aussi eu beaucoup à souffrir, s'emporte contre le Sultan. Il exagère énormément les souffrances du peuple, quand il dit que les paysans des provinces éloignées, apprenant la misère du peuple du Doab, se révoltèrent et réclamèrent leur indépendance. Malheureusement, ces mesures furent mises à exécution à un moment où le Doab souffrait d'une terrible famine et ces innovations ne firent qu'aggraver la détresse de la population. Ceci cependant n'excuse pas les erreurs du Sultan, car ses officiers continuèrent à prélever les impôts à un taux surélevé et avec la plus grande rigueur, sans tenir compte de la famine. Beaucoup plus tard seulement, il ordonna que des puits fussent creusés, et que, dans les régions affectées des avances fussent faites aux agriculteurs. Mais ce remède était apporté trop tard; les populations affamées, dont de trop longues privations avaient épuisé la patience, ne purent en profiter. Jamais encore des projets de réformes bienfaisantes n'avaient été plus cruellement frustrés par un plus mauvais sort que celui

1. Barani parle de dix ou de vingt fois, c'est-à-dire 10 au lieu de 1 ou 20 au lieu de 1. Elliot traduit inexactement ce passage et dit que le Sultan éleva les taxes dans un rapport de 10 à 5 %. Mais la première interprétation n'est pas à prendre au pied de la lettre, car une majoration 20 fois supérieure serait absurde. D'un autre côté, la dernière interprétation est acceptée, la majoration serait si minime que la population des campagnes n'en aurait certainement pas souffert. Mais Barani veut convaincre ses lecteurs que les taxes furent augmentées au delà de toutes proportions (Barani, Tarikh-i- Firuz Shahi, P.ibliolh. lnd., p. 473; Elliot, III, p. 182-83).

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auquel se heurtèrent toutes les démarches de Mohammed Tughluq.

Transfert de la capitale. — Non plus heureux fut le transfert de la capitale à Devagir qui fut rebaptisée Daulatabad. Quand, pendant les premières années de son règne, Mohammed se rendit au Deccan pour réprimer la rébellion de Bahâ-ud-din Gushtâsp, il fut frappé de l'importance stratégique de la situation de Devagir, et exprima le désir d'en faire la capitale de son empire grandissant. L'empire avait élargi ses limites; il englobait, au nord, le Doab, les plaines du Pendjab et de Lahore avec les territoires s'étendant de l' Indus jusqu'aux côtes du Gujarat; à l'est il comprenait le Bengale, et au centre il enclavait les principautés de Malwa, Ujjain, Mahobâ et Dhâr. Le Deccan avait été soumis et ses autorités principales avaient reconnu la suzeraineté de Delhi1. Ayant mûrement soupesé les inconvénients de Delhi en tant que capitale impériale, il décida d'en opérer le transfert à Daulatabad qui était dans une situation plus centrale2. Cette ville

1. Barani cite les provinces suivantes comme faisant partie de l'empire au commencement du règne de Mohammed : 1° Delhi; 2° Gujarat; 3° Malwa; 4° Devagir; 5° Telang; 6° Kampila; 7° Dhorsamundar; 8° Mabar; 9° Tirhut; 10° Lakhnauti; 11° Satgâon; 12° Sonargâon (Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, Bibliolh. Ind., p. 468).

Celles-ci, dit Barani, étaient fermement assujetties aux débuts du règne. A mesure que l'empire s'étendit, d'autres provinces furent créées. L'auteur des Masâlik-al-absâr mentionne 23 provinces, qui représentent l'apogée de l'empire sous le règne de Mohammed (Masâlik-al-absâr, Elliot, III, pp. 574-75; Thomas, The Chronicles, p. 203.

2. Barani écrit à propos de Daulatabad : « Cette place occupe une situation centrale : Delhi, Gujarat, Satgâon, Sonargâon, Telang, Mâbar, Dhorsamundar et Kampila en étaient à peu près à égale distance » (Elliot, III, p. 239). Ibn Batoûta raconte que la popula-

se trouvait à une distance convenable de la route des Mongols, qui infestaient le voisinage de Delhi et ne respectaient ni vie, ni propriété. Il est évident que ce changement ne fut pas simplement dicté par le caprice d'un despote fantasque. Seules des considération gouvernementales et de sécurité purent intervenir dans la décision du Sultan. Quant à ses possessions en Hindoustan, il espérait y exercer son contrôle par la simple voie des communications qui existaient entre le nord et le sud1. Ce changement aurait pu être effectué sans grand dommage si le Sultan se fût contenté de transporter l'élément officiel du gouvernement; mais il commit une erreur en ordonnant que la population de Delhi se rendît, en masse, à Daulatabad, chacun emportant tout ce qu'il possédait. Ces gens eurent toutes sortes de facilités à leur disposition; on construisit une route menant de Delhi à Daulatabad, et les émigrants furent dûment approvisionnés et équipés. Ceux qui ne pouvaient se fournir les aliments nécessaires au voyage furent nourris aux frais de l'Etat, et le

tion de Delhi fit parvenir au Divan du roi des lettres anonymes, pleines d'insultes, et que le roi, très offensé, ordonna que la capitale fut transférée. Mais ce récit ne repose que sur des bases orales car lorsqu'eut lieu le transfert, le Sultan n'était pas aux Indes (1326- 27 ap. J.-C.).

La date que donne Firishta est inexacte. Bad onî date le transfert de l'an 727 de l'hégire (1326-27 ap. J.-C). Les monnaies de Daulatabad, de l'an 727 de l'hégire, portant l'inscription « métropole de l'Islam » confirment le témoignage de Badâonî. La date qu'on donne ordinairement, 1337 ap. J.-C, est fausse, car quand Ibn Batûtâ parvint à Delhi, en 1334, il y trouva un désert. La numismatique, sans cependant être concluante, confirme la date donnée par Badàoni.

Le transfert eut lieu immédiatement après la révolte de Bahâud-din qui éc'ata aux débuts du règne. Pour la situation de Daulatabad, voir Elliot, III, Appendix, p. 575.

1. Masûlik-al-absar, Elliot, III, p. 581; Ibn Batoûta, édition de Pans, III, pp. 95-97; Ranking, Al Badâonî, I, p. 302.

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« Sultan protégea les émigrants, tant pendant leur trajet qu'à leur arrivée1 ». Mais tant de concessions et de faveurs n'eurent aucun résultat. Le peuple qui avait habité Delhi pendant des générations, et pour lequel de nombreux souvenirs s'attachaient à cette ville, la quitta le cœur brisé. On ne parcourt pas 700 milles impunément; les émigrants exténués par les innombrables souffrances de la route, regrettant leur cité jusqu'à en mourir, furent bien peu nombreux à atteindre le but de leur voyage. Ceux qui ne succombèrent pas en chemin se trouvèrent exilés dans une contrée étrange, inconnue et odieuse; et « désespérés, ils rendirent l'esprit ». Barani écrit que les musulmans, envahis par le découragement, appuyèrent leurs têtes sur ce sol païen, et d'une multitude d'émigrants, quelques-uns seulement survécurent2 et s'en retournèrent chez eux.

Ibn Batoûta raconte, fort injustement d'ailleurs et en se fondant sur des racontars de bazar, que, par ordre royal, Delhi fut fouillée de fond en comble, afin de savoir si quelque habitant se cachait encore dans sa maison. Il en résulta la découverte de deux hommes, l'un boiteux et l'autre aveugle qui furent traînés jusqu'à Daulatabad. Il est vrai que les ordres du Sultan furent exécutés au pied de la lettre, mais c'est une calomnie d'affirmer que son

1. Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, Bibliolh. Ind., p. 474; Elliot, III, p. 239.

2. Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, Bibliolh. Ind., p. 474; Elliot, III, p. 239.

Zia Barani écrit : « La ruine fut si absolue, que pas même un chien ou un chat ne furent abandonnés parmi les bâtiments de la cité, ses palais, ou ses faubourgs ». De la part d'un écrivain oriental du Moyenâge, un récit de cette sorte ne doit pas être pris trop littéralement. Des érudits européens, habitués à la forme des discours hindous, ont fait cette faute. Le Dr Smith accepte sans la critiquer l'histoire d'Ibn Batoûta relatée plus haut (Oxford Hislory of India, p. 239).

but fut d'infliger au peuple des souffrances inutiles. Il faut dire, à sa décharge, que dès qu'il se rendit compte de l'insuccès de ses plans, il ordonna immédiatement que les habitants de Delhi rentrassent chez eux, et, durant leur voyage de retour, il les traita avec une grande bienveillance et couvrit généreusement toutes leurs pertes. Mais Delhi n'était plus qu'une ville morte. Le Sultan fit venir de partout des savants, des marchands et des agriculteurs. Mais ces efforts ne parvinrent pas à faire revivre la capitale délaissée. L'ancienne prospérité ne renaquit point et Delhi ne retrouva pas sa grandeur primitive, car en 1334 ap. J.-C, le grand voyageur maure la trouva partiellement inhabitée et portant encore l'empreinte de la désolation.

Gomme Lane-Poole le dit, Daulatabad demeura un monument d'énergie maladroite. Le projet de transfert échoua misérablement; il est même douteux que sa réussite eût permis au Sultan de maintenir sous un contrôle plus étroit les différentes parties de l'empire. Il ne remarqua point la distance qui séparait Daulatabad des frontières du nord, lesquelles demandaient une surveillance active; il négligea l'avertissement que l'expérience lui donnait : à chaque instant les révoltes hindoues et les invasions mongoles menaçaient ses possessions septentrionales. Qu'une de ces éventualités se présentât, il eût été extrêmement difficile au Sultan inquiété par les tribus à demi soumises du Deccan et les hordes nomades de l'Asie centrale, d'étouffer les éléments de désordre.

La circulation des jetons (1330 ap, J.-C). — Mohammed Tughluq a été très justement surnommé,

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« Prince des monnayeurs ». L'un des premiers actes de son règne fut de modifier tout le système monétaire, de déterminer la valeur relative des métaux précieux et de trouver une monnaie qui facilitât les échanges et fût de circulation pratique. Mais combien plus originale fut son idée d'introduire des jetons dans la circulation ! Les historiens ont cherché le motif qui poussa le Sultan à cette innovation. On dit que la principale raison en fut le lourd emprunt qui épuisa le trésor royal; la prodigalité du souverain avait beaucoup aidé à ces pertes financières, ainsi que la fantastique dépense du transfert de la capitale et les expéditions destinées à étouffer des émeutes. Mais d'autres raisons encore motivent cette mesure révolutionnaire. Le système d'impôts au Doab avait échoué; et la famine qui désolait encore la plus fertile portion du pays, avec le déclin de l'agriculture qui s'ensuivait inévitablement, devaient certainement avoir diminué les revenus de l'Etat, Il n'en faut pas conclure que le Sultan fût à la veille d'une banqueroute; son trésor n'était pas dénué d'argent, car il paya de bonnes pièces la frappe des nouvelles, et sortit avec un succès étonnant d'une situation fort malaisée1. Il voulait aug-

1. Ranking, dans une note à sa traduction du Munlakhab-uiiawârikh, de Badâonî, hésite à croire si ces jetons furent échangés d'après leur valeur métallique ou d'après la valeur de leurs figures. Badâonî pense certainement ce qu'il écrit : les jetons de cuivre furent échangés contre de la monnaie d'argent quand le Sultan constata l'échec de ses plans. Barani est très explicite à ce sujet. Les nouvelles pièces furent échangées suivant la valeur de leur figure; sinon comment serait-on sorti avec succès d'une situation embarrassante?...

Le passage suivant de Briggs (I, p. 415) ne se trouve pas dans le texte de Lucknow, de Firishta : « De tels abus s'étaient d'ailleurs produits à l'hôtel des monnaies que, quand le trésor eût été vidé, il resta encore un lourd déficit. Le roi abolit cette dette et des milliers de personnes furent ruinées. » Ce passage contient une franche

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menter ses ressources pour poursuivre, avec succès, ses grandioses projets de conquêtes et de réformes administratives, si propres à alimenter son ambitieuse nature. Il y avait encore une autre raison : le Sultan était un homme de génie qui aimait les expériences et se délectait dans l'originalité. Suivant l'exemple des souverains chinois et persans, qui l'avaient précédé, il décida d'essayer ce système, sans la moindre intention de frustrer ou de voler ses propres sujets, ainsi qu'il est inscrit sur ses pièces. Les pièces de cuivre furent mises en circulation; mais l'Etat ne sut garder le monopole de cette nouvelle monnaie. Le résultat fut, comme le fait remarquer, à la manière orthodoxe, le chroniqueur musulman, que la maison de chaque hindou, - — naturellement, en bon Musulman, il excuse les fautes de ses coreligionnaires ■ — se transforma en un hôtel des monnaies, et que les habitants de chaque pro vince se mirent à frapper des milliers et des milliers de pièces. Tout Hindou ou musulman en vint à se découvrir un talent de faux-monnayeur; les nouvelles pièces servirent à payer les impôts, à se procurer des armes, des vêtements et maints objets de luxe. Les chefs de villages, les marchands et les propriétaires supprimèrent leur or et leur argent et se mirent à frapper en abondance des pièces de cuivre,

accusation de déshonnêteté contre le Sultan. Ce qui est absolument inconciliable avec sa politique. Le Sultan voulait éviter l'injustice, c'est pourquoi il permit l'échange des pièces. On ne sait où Briggs a trouvé ce passage. Le Sultan Firuz Shah ne parle pas du remboursement de ces dettes dans ses Fulûhât-i-Firuz Shahi. Barani fait entendre clairement que le Sultan lit face à toutes demandes, et les récits d'IbnBatoûta relatifs aux présents et aux récompenses prouvent que le trésor royal ne manquait pas de ressources (Ranking, Al-Badâonl, I, ph. 306-307; Badâonî, Muntakhab-ui-tawârihh, Lucknow, éd., p. 78; Elliot, 111, pp. 240-41, 386; Briggs, I, p. 415; Firishta, texte de Lucknow, p. 134).

et les employèrent à se libérer de leurs obligations. Il en résulta d'immenses pertes pour l'Etat, tandis que les particuliers faisaient des fortunes. L'Etat était constamment frustré, car il devint impossible de distinguer les contrefaçons privées des pièces sortant de l'hôtel des monnaies du roi. L'or et l'argent se firent rares; le commerce dépérit, toutes transactions furent paralysées; la confusion régna sur le royaume; les marchands refusèrent les nouvelles pièces qui devinrent « aussi méprisables que des cailloux ». Quand le Sultan vit l'insuccès de ses plans, il retira son ordonnance et permit au peuple d'échanger des pièces d'or et d'argent contre celles de cuivre1. Des milliers d'hommes se présentèrent aux guichets royaux pour y rendre leur monnaie de cuivre. Mais le Sultan qui ne voulait voler personne, remboursa en or et en argent... et le trésor en fut considérablement appauvri. Les jetons furent complètements retirés et le silence du voyageur maure qui visita Delhi trois années plus tard, prouve assez qu'il n'en était résulté nul désastre et que les traces en étaient même effacées de la mémoire du peuple. L'insuccès de ce projet était inévitable dans l'Inde du xive siècle. Pour la foule, le cuivre ne fut jamais que du cuivre, si bienveillantes que fussent les intentions du Sultan. Il fallait aussi tenir compte de l'esprit conservateur des Hindous, pour lesquels même à notre époque, un système de jetons est la soumission à un mal inévitable, plutôt que l'appât du gain que peut offrir le cours d'un change avantageux. La frappe des monnaies ne resta pas le monopole de l'Etat; le Sultan ne fut pas à même de pré-

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