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Elliot, III, p

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massacre des émirs étrangers1 par l'inepte fils d'un marchand de vin, Aziz Khammar, auquel les fiefs de Malwa et de Dhar avaient été confiés. Le crime d'Aziz sema la consternation parmi les émirs, qui s'armèrent afin de se défendre en cas d'attaque. Le désordre se répandit vite dans le Deccan; partout les armées se mutinèrent. Le Sultan en personne éteignit la rébellion du Gujarat, et du Broach, il envoya un messager à Nizam-ud-din Alim-ul-Mulk, frère de Qutlugh Khan et gouverneur de Daulatabad, lui demandant d'envoyer immédiatement les émirs étrangers au camp royal. Les émirs de Raichur, Mudgal, Gulbarga, Bidar, Bijapur, Berar et autres lieux, se soumirent à l'ordre royal et partirent pour le Gujarat; mais en route ils furent saisis d'une panique soudaine à l'idée que le Sultan pût leur enlever la vie. Ils attaquèrent l'escorte royale, tuèrent quelques hommes dans une escarmouche et retournèrent à Daulatabad où ils se saisirent de Nizam-ud-din et le firent prisonnier. Le fort de Daulatabad tomba en leur pouvoir; ils s'emparèrent du trésor, se partagèrent le territoire mahratte et élurent roi un de leurs chefs, Malik Ismail Makh Afghan. Quand le Sultan prit connaissance de ces nouveaux événements, il marcha sur Daula-

1. Les historiens musulmans emploient les mots Amirân-i- Sadah dont use toujours Barani. Briggs en a fait Amir Jadeeda, quoique l'expression ne se trouve pas dans le texte original de Firishta. Ces émirs étaient des étrangers de différentes nationalités qui s'étaient établis aux Indes. E. Bayley croit que c'est un terme appliqué à un centurion mogol ou à un capitaine de centurie; mais dans cette occurrence, ce n'est guère le cas. L'expression est employée ici pour désigner tous les aventuriers qui s'installèrent aux Indes. La manière dont ils se conduisirent sous le règne de Mohammed prouve quel élément turbulent ils représentaient (Bayley, Local Muhammadan dynasties of Gujarat, p. 43; Denison Ross, Introduction to the Arabie History of Gujarat, II, pp. XXXI-XXXII).

tabad, attaqua les rebelles et les défit. Malik Makh Afghan se retrancha dans le fort de Devagir; et Hasan Kanu. autre meneur afghan, partit avec sa suite dans la direction de Gulbarga. Le Sultan mit le siège devant Daulatabad et envoya son général Imad-ul-Mulk Sartez à la poursuite des rebelles. Daulatabad était reconquise; mais peu après, la révolte de Taghi au Gujarat, força le Sultan à abandonner la place. Dès qu'il eut le dos tourné, les émirs étrangers firent un nouvel et violent effort pour recouvrer leur puissance perdue. Ils assiégèrent le fort de Devagir et repoussèrent les attaques des impérialistes, essayant de le reconquérir. Hasan remporta une victoire contre le général impérial lmad-ul-Mulk et les rebelles occupèrent Daulatabad. Ismail Makh qu'ils avaient choisi pour leur roi « de leur plein gré et avec joie », abdiqua en faveur de Hasan, jeune et intrépide guerrier, qui avait pris une part très active dans toutes ces dernières campagnes. Hasan monta sur le trône sous le titre d'Alauddin Abul-Muzaffar Bahman Shah, le 13 août 13471. Ainsi fut fondé le célèbre royaume Bahmani, dont il sera parlé abondamment dans un autre chapitre.

Mort du Sultan. . — A la nouvelle de la révolte de Taghi, le Sultan abandonna Devagir pour le Gujarat. C'était une erreur de sa part que de vouloir s'occuper de Taghi avant d'avoir conclu un pacte avec les émirs étrangers. Dans ces pénibles circonstances, il eut un entretien avec Barani auquel il

1. Ceci est la date de Firishta. La date donnée dans le Burhan-i- Maasir est le 3 décembre 1347 (Burhan i-Maasir, Ind. Ant., 1899, VIII, p. 143; Journal of Ihe U. P. iJslorical Society, 1, pt. II, p. 32).

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demanda conseil. Celui-ci lui suggéra d'abdiquer, mais le Sultan exprima clairement sa résolution de punir ses sujets révoltés ■ — voulant ainsi, dit-il, enseigner au peuple l'obéissance et la soumission. Il poursuivit Taghi de place en place, mais celui-ci réussit à lui échapper. Il soumit le Rai de Karnal et maintint toute la côte sous son autorités De là, il se dirigea sur Gandal, où il tomba malade et fut obligé de s'arrêter quelque temps. Puis ayant rassemblé une forte armée, il marcha sur Thatta, mais quand il n'en fut plus qu'à trois ou quatre jours de marche, il prit la fièvre et mourut le 20 mars 1351. L'empire qui avait compris 23 provinces et s'étendait de Delhi et Lahore à Dvârsamudra et Mabar au sud, et de Lakhnauti et Gaur à l'est jusqu'à l'Indus à l'ouest, se démembra, et sur ses ruines s'élevèrent des royaumes puissants et riches. Le Gujarat continua à être, nominalement, une province de l'empire, mais partout ailleurs, l'autorité suprême n'était plus respectée.

Ce que fut Mohammed Tughluq. — Telle fut la fin de ce monarque infortuné. Toute sa vie durant, il eut à lutter contre des difficultés et jamais il n'abandonna sa tâche. Il est vrai que ces efforts ne furent pas couronnés de succès, mais certainement des circonstances indépendantes de sa volonté en furent la cause. La gloire de son règne fut assombrie par cette horrible famine, longue de plus d'une décade, qui lui valut l'inimitié de tous ses sujets. Ceux qui le jugent comme un tyran cruel et assoiffé de sang, à l'exemple de Néron ou de Caligula, ne rendent pas justice à son génie et ignorent ses projets en vue de remédier à la famine et ses efforts

pour accomplir des réformes bienfaisantes. Les récits de Barani et d'Ibn Batoûta prouvent assez que, s'il versait le sang, ce n'était pas pour son bon plaisir, et qu'il sut se montrer bon, généreux et même impartial envers ses ennemis. Il eut le sens des améliorations pratiques, qualité infiniment rare chez un souverain du Moyen-âge; mais sa tâche était accablante. Mal secondé par un groupe d'officiers, qui n'étaient jamais de loyaux associés, il eut à résoudre les problèmes d'un empire sans cesse grandissant. L'orthodoxe Ulama s'immisçait encore dans ses affaires, réclamant des privilèges en compensation des tentatives faites pour répandre dans le peuple l'équité et la justice. Ces circonstances atténuantes exigent que les jugements portés sur la politique et le caractère de Mohammed Tughluq soient révisés. Les remarques de Mr. Gardner Brown, quoiqu'il adopte souvent l'attitude d'un apologiste, méritent d'être citées1.

Sa folie est une accusation à laquelle les contemporains ne font pas allusion; qu'il ait été un visionnaire, son caractère énergique et son éminent sens

1. Comparez ce point de vue avec celui d'Elphinstone, de Havell, d'Edward Thomas et V. Smith, sur le même sujet. Ils répètent tous l'accusation de folie, mais ni dans les récits d'Ibn Batoûta, ni dans ceux de Barani il n'y est fait aucune allusion. Edward Thomas vitupère contre le sultan comme un prophète hébreu (The Chronicles, pp. 202-203) et le dépeint sous les plus sombres couleurs. Havell agit de même. Mais l'attitude de ces écrivains n'est pas surprenante; ils ont suivi l'exemple de Barani qui était fort mal disposé à l'égard du sultan et ont accepté aveuglément ses assertions.

On ne peut soutenir non plus que le sultan ait été de nature sanguinaire. 11 ne fut pas un monstre d'iniquité qui aimait le crime pour son propre plaisir. Il infligea de sévères punitions à ceux qui les méritaient: mais les châtiments, à cette époque, tant en Asie qu'en Europe, n'étaient-ils pas toujours sévères? Les Mongols montrèrent parfois une terrible férocité. Au contraire, le sultan aimait la justice, et Ibn Batoûta a donné un récit détaillé de la manière dont il la rendait. Ibn Batoûta, édition de Paris, III, pp. 285-86.

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pratique nous interdisent de le croire. Il peut être qualifié de despote, mais aucune autre forme de gouvernement n'était possible au Moyen-âge; employer ce terme comme si c'était le nom d'un vice ou d'une maladie, c'est ignorer le fait qu'un princedespote accessible aux nouvelles idées ou qui se lance dans des mesures de réforme peut augmenter la prospérité de son peuple à une époque où l'éducation est peu avancée et l'esprit conservateur profondément enraciné. De toutes manières un tel souvenir a de grandes difficultés à vaincre : l'inévitable trouble apporté dans les intérêts des possédants, la préférence innée pour une coutume établie, lui suscitèrent de nombreux ennemis; les officiers mettant en vigueur des réformes impopulaires se protégeaient en alléguant l'excuse des ordres du maître. Qu'une malchance imméritée détruise ses plans, que des officiers corrompus ou incapables altèrent ses intentions, c'est lui — parce qu'il est un despote - — qui doit supporter ce blâme; s'il a été un guerrier et que la mort le trouve engagé dans une petite campagne — comme Mohammed Tughluq sous les murs de Thatta - — le jugement du Ciel confirme le verdict du peuple et les littérateurs rapportent qu' « il laissa un nom dont le monde frémit pour en indiquer la moralité ou en orner la légende. »

Ibn Batoûia. — Les renseignements les plus intéressants sur le règne de Mohammed Tughluq nous sont fournis par les récits du voyageur maure Ibn Batoûta. Abou Abdullah Mohammed, mieux connu sous le nom d'ibn Batoûta, naquit à Tanger, le 24 février 1304. Il avait la passion innée des voya-

ges et dès qu'il eut atteint l'âge d'homme, il décida de satisfaire son plus cher désir. A 21 ans, il se mit en route et. après avoir voyagé en Afrique et en Asie, il arriva aux Indes en traversant les cols de l'Hindou-Kouch; il atteignit l'Indus ie 12 septembre 1333. puis il se dirigea sur Delhi où il fut reçu d'après toutes les règles de l'hospitalité. Mohammed T.ughluq le nomma Qazi de Delhi et l'admit à sa cour. Excellente occasion pour l'historien d'étudier à fond les us et coutumes de ses hôtes; de juger les caractères et les actions de ce monarque remarquable et infortué. Il vante sa générosité, son accueil toujours affable envers ses alliés, son énorme opulence, son amour pour la justice, son humilité, sa stricte observance de la loi, sa soif de science et ses nombreuses autres qualités. Mais à côté de ces louanges, il donne aussi un catalogue des atrocités de ce Sultan qu'il nomme « un prodige de l'époque ». I es uit cas de meurtres de cheikhs et de maulvis sont ceux d'hommes ayant ou détourné des fonds publics ou participé à des conspirations. IbnBatoûta vécut huit ans aux Indes; il abandonna le service du Sultan en 1342. Il jette une vive lumière sur les usages et le caractère des Hindous aussi bien que des musulmans. A bien des points de vue, il est supérieur à Zia Barani. Il prit part à une ambassade en Chine, chargé par Mohammed Tughluq d'une mission diplomatique, mais des circonstances imprévues l'empêchèrent de la remplir; le bateau sur lequel il était parti sombra et les gens de sa suite qui ne se noyèrent pas furent tués par des pirates, à l'exception d'un seul, à en croire Ibn Bataûta. Mais sir Henry Yule doute de sa véracité en cette matière — il dut atteindre la Chine après maintes souffran-

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ces et difficultés, pour la quitter aussitôt, trouvant les circonstances défavorables. De retour de son expédition en Chine, il partit du Malabar pour les côtes de l'Arabie et, le 8 novembre 1349, il arriva à Fez, capitale de son pays d'origine. Il raconta alors, provoquant l'admiration de ses amis, les péripéties desonlongvoyage. Quelque-uns le crurent, d'autres le prirent pour un simple inventeur de contes. Il consigna ses aventures et ses observations. Son œuvre fut terminée le 13 décembre 1355. Ibn Batoûta mourut en 1377-78, âgé de soixante-treize ans.

On ne peut douter de la véracité des récits d'Ibn Batoûta, car ils sont très souvent corroborés par d'autres écrivains; il parle des présents et des châtiments du Sultan, de sa bonté et de sa sévérité avec une grande impartialité. Le caractère de Mohammed est jugé de la même manière par Ibn Batoûta et ZiaBarani, quoique ce dernier soit plus prodigue d'adulations et moins juste dans ses accusations. Profondément intéressants, les récits d'Ibn Batoûta livrent sa personnalité au lecteur. Plein de fraîcheur, de vie, d'audace, d'une sorte de piété superstitieuse et de confiance aisée c'est un homme extraordinaire, prompt à tomber dans des difficulté pécuniaires d'où son indulgent patron le tira plus d'une fois. Aussi resta-t-il attaché au Sultan comme le lierre à l'arbre pendant tout son séjour aux Indes.

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