‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 48 sur 135 · Qasâid Badr-i-Châch, Elliot, III, p · texte numérisé non relu

Qasâid Badr-i-Châch, Elliot, III, p

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dit : « De quelle utilité est le culte de cette pierre? Quels sont vos désirs qui seront exaucés en la priant? Il est écrit dans notre Sainte Loi que ceux qui transgresseront ses commandements seront damnés1. » Le siège du fort de Nagarkot commença, de tous côtés furent placés des manjniqs et des arradas. Après un siège de six mois, qui épuisa la patience des assiégés et des assiégeants, Firuz offrit son pardon au Rai qui « descendit de sa forteresse, s'excuse, et se jeta aux pieds du Sultan; celui-ci lui mit la main sur le dos, le gratifia de magnifiques robes d'honneur et le renvoya à son fort. »

Conquête de Thatta, 1371-72 ap. J.-C. — L'expédition contre Thatta est l'un des épisodes les plus intéressants du règne de Firuz Tughluq; c'est une preuve peu banale de sa fatuité et de son manque d'imagination stratégique. Général sans génie, il ne pouvait se risquer à faire la guerre à outrance, comme ses grands prédécesseurs Alauddin Khilji et Mohammed Tughluq; son esprit irrésolu et imbu de dévotion fut toujours un obstacle à de brillantes victoires. L'expédition naquit du désir de venger les torts dont le défunt Sultan avait souffert de la part du peuple de Thatta. On s'occupa de préparer

1. Afif, pp. 186-87; Elliot, III, p. 318. Firishta rapporte que Firuz trouva dans le temple une bibliothèque de 1.300 volumes. Il fit traduire en persan un de ces livres ayant rapport à la philosophie et à l'astronomie et lui donna le titre de Dalâil-i- Firuz Shahi (Briggs, I, p. 454; Firishta, texte de Lucknow, p. 148). Le même auteur affirme que les fragments de l'idole de Nagarkot, mêlés à de la viande de vache furent mis en sac et pendus au cou des Brahmanes qui furent contraints de circuler ainsi dans le camp. Mais cet épisode n'est confirmé par aucun écrivain contemporain (Briggs, I, p. 454). Badâonî dit qu'il lut le Dalâil-i- Firuz Shahi du commencement à la fin, à Lahore, en 1591-92. Il ajoute avoir lu d'autres œuvres également traduites au nom de Firuz, ce qui confirme le témoignage de Firishta (Ranking, Al-Badâonl, I, p. 332).

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la campagne; des volontaires s'engagèrent dans l'armée, qui comprit 90.000 cavaliers, une nombreuse infanterie et 480 éléphants. Des amiraux expérimentés commandèrent une flottille de 5.000 bateaux nouvellement construits. Jam Babiniya1, chef du Sind, rangea en ordre de bataille ses armées qui comptaient 20.000 cavaliers et 400.000 fantassins. Cependant, dans le camp de Firuz les provisions se faisaient rares; la famine et les épidémies décimaient les troupes et déjà la cavalerie était réduite aux 3/4 de son effectif originel.

Le découragement s'emparait des troupes décimées; malgré leur affaiblissement, elles se lancèrent cependant à l'assaut et repoussèrent l'ennemi dans la forteresse. Ne voulant pas risquer une nouvelle attaque, le Sultan se retira au Gujarat pour y attendre du renfort; mais des guides déloyaux perdirent l'armée qui s'égara et tomba dans le Rann de Kuch2. Firuz perdit son chemin et pendant six mois aucune nouvelle de l'armée ne parvint à Delhi.

Il régnait une épouvantable famine; le blé atteignit des prix exorbitants, et les hommes affamés rendaient l'âme; le manque d'eau potable, la sécheresse du désert les remplissaient de terreur et de désespoir. A travers mille difficultés, l'armée royale atteignit

1. Dans le Tarikh-i- Firuz Shahi, on trouve Zam et Babiniya (p. 201); néanmoins le nom exact est Jam Babiniya, car Jam est un titre et pas un nom. Mir Masum écrit aussi (Elliot, I, p. 226) Jam Babiniya. Firishta écrit Jam Bani (Briggs, IV, p. 42), ce qui est probablement une forme abrégée de Jam Babiniya. L'auteur du Tuhfatul-kiram, autorité plus récente que Mir Masum, dit incorrectement qu'en 1370, Firuz marcha contre Thatta, dont le chef, Jam Khairud-din, se soumit (Elliot, I, p. 342). Les historiens musulmans ont fait bien des confusions à propos de ces Jams. Voir la note de Raverty dans J. A. S. B., 1892, I, pp. 329-30.

2. Voir la description du Rann dans le Bombay GatelUêr, V, pp. 11-16, et le Kaihiawar Gazetletr, III, p. 69.

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le Gujarat, où le Sultan s'occupa immédiatement d'enrôler des tVoupes fraîches, et dépensa environ deux crores à cet effet. Malik Imad-ul-Mulk se plaignit au Sultan que la condition des « réguliers » dans l'armée royale n'était pas satisfaisante en dépit des services qu'ils rendaient à l'Etat; ils étaient à pied et devaient endurer mille souffrances, tandis que les irréguliers étaient montés. Le Sultan ordonna que des avances fussent faites, afin de pourvoir aux équipements néessaires. A Delhi, Khan-i-Jahan reçut des instructions relatives au bon traitement des villages des réguliers et au bien-être de leurs familles, auxquels les officiers du gouvernement devaient veiller. L'œuvre de réorganisation étant accomplie, les troupes se dirigèrent vers Thatta et campèrent en deçà de l' Indus; mais quand les commandants Imac-ul-Mulk et Zafar Khan voulurent traverser la rivière, ils trouvèrent leur chemin barré par les indigènes. Ils décidèrent alors de remonter l' Indus, afin de le passer au-dessous de Bhakkar. Ainsi fut fait, et, sur l'autre rive une terrible bataille s'engagea; mais une fois de plus la faiblesse de Firuz coupa les ailes de la victoire. Dans la crainte que quelques musulmans innocents fussent sacrifiés, il rappela ses généraux, insouciants des difficultés qu'ils avaient surmontées pour se frayer un passage dans le fleuve. Gomme la population du Sind offrait une résistance désespérée, le conseil de guerre décida d'envoyer Imad-ul-Mulk à Delhi pour y chercher de nouveaux renforts. Le digne ministre Khan-i-Jahan le reçut de manière affable et appela des volontaires de Badâon, Kanauj, Sandila, Jaunpur, Bihar, Tirhut, Chanderi, Dhar, et d'autres dépendances du royaume. L'arrivée de ces troupes augmenta considérablement

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la force de l'armée royale et terrorisa les indigènes, qui jugèrent le tact préférable à la valeur et exprimèrent leur désir de se rendre. Cette attitude rendit superflue tout combat ultérieur et la paix fus immédiatemenr conclue entre les deux partis. Le Jam se rendit; il fut emmené à Delhi où une généreuse pension lui fut allouée, et son frère fut nommé Jam à sa place1. Les succès de cette campagne furent entièrement dus à l'audace et à l'énergie des généraux impériaux et à l'entremise opportune de ce ministre de Firuz, intelligent et loyal, Khan-i-Jahan Maqbûl.

Le Deccan. — Shams-i-Siraj Afif, qui n'a qu'une vague idée de la géographie du Deccan, en fait une description hâtive et confuse. Le royaume bahmani qui avait été établi pendant la vie de Mohammed het Vijayanagar était devenu célèbre. Les officiers de Firuz lui demandèrent l'autorisation de marcher sur Daulatabad pour affirmer la suprématie de Delhi, mais «le Sultan parut désespéré, ses yeux s'emplirent de larmes et il fit observer qu'il avait résolu de ne plus jamais guerroyer contre des hommes de foi musulmane ». Et voilà ce qu'étaient l'héroïsme et la bravoure de ce monarque que chantent les historiens-courtisans. L'empire de Delhi diminua d'étendue et sa splendeur se ternit; il ne comprit plus que le seul territoire du nord des Vindhyas.

1. Shams-i-Siraj Afif dit que le fils de Jam, et Tamachi, frère de Babiniya, furent titrés et préposés à l'administration de Thatta. Le Sultan marcha alors sur Delhi, emmenant le Jam et Babiniya, Shams-i-Siraj a fait de Babiniya deux personnes différentes.

Mir Masum, l'auteur du Tarikh-i-Masumi, dit clairement que Jam Babiniya, après être resté pendant quelque temps au service du Sultan, reprit le gouvernement du Sind (manuscrit, Khudabakhsha, f. 35). Firishta est d'accord avec Mir Masum et dit que Jam Bani fut, plus tard, rendu à son royaume (Briggs, IV, p. 424). L'auteur du Shâhnâma dit aussi que Jam Babinar fut restitué à son royaume, 6ur lequel il régna 15 ans (J. A. S. B., 1841, I, p. 268).

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Administration. Principes généraux. — Firuz fut essentiellement un être pacifique. Les perfectionnements qu'il apporta dans l'administration civile lui donnent droit à notre admiration, quoique parmi ces mesures il y en eût qui contribuèrent au démembrement de l'empire. Sous son règne, le gouvernement musulman aux Indes acquit un caractère théocratique1 et jeta l'anathème aux hérétiques musulmans aussi bien qu'aux Hindous infidèles; l'intolérance du Sultan se réfléchit dans l'administration. L'expérience acquise par Firuz sous la direction de Mohammed lui avait donné la conception des besoins du peuple et de la valeur des réformes; de cet enseignement résultèrent des mesures concernant le bonheur et la prospérité de ses sujets; le bien-être du peuple : tel fut le mot d'ordre de la nouveue administration, et Hindous et musulmans en bénéficièrent. Cependant la comparaison qu'établit Sir Henry Elliot2 entre Akbar et Firuz est déplacée autant qu'injuste. Firuz n'avait même pas un centième de la grandeur d'âme et du cœur de ce monarque qui, sous la bannière de l'intérêt public prêchait l'évangile de paix, de charité et d'indulgence, envers chaque secte et chaque croyance. Ls réformes de Firuz furent éphémères, elles n'affermirent point la politique musulmane et ne gagnèrent pas la confiance des Hindous, dont cette intolérance religieuse envenimait les sentiments. Dans

1. Des Amils furent nommés pour enseigner les principes de la religion aux Hindous convertis, afin qu'ils connussent la vérité (Sîrat-i- Firuz Shahi, manuscrit de l'Université d'Allahabad, p. 160).

2. Elliot, III, pp. 269-70. Voir la préface du Tarikh-i- Firuz Shahi de Shams-i-Siraj Afif. Vincent Smith critique aussi l'absurdité de sir Henry Elliot qui appelle Firuz Shah l'Akbar de son temps (Oxford Hisïory, p. 249).

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leur ensemble, elles produisirent seulement une réaction fatale aux intérêts de la dynastie.

L'administration civile. — Le système jagir, abandonné par Alauddin, fut rétabli par Firuz. Tout l'empire fut divisé en fiefs, et chaque fief en districts confiés à des officiers, correspondants aux seigneurs féodaux de l'Europe médiévale. Outre ces concessions de terres, les fonctionnaires de l'Etat recevaient des allocations appropriées qui leur permettaient d'amasser de grandes fortunes; les revenus étaient répartis d'après une vérification convenable des conditions des terrains. Une enquête fut faite sur les titres et les prérogatives, et ceux qui avaient été dépossédés de leurs terres étaient invités à faire valoir leurs droits devant la justice; tous abus dans la perception des impôts étaient sévèrement réprimés. L'Etat procura aux agriculteurs des facilités d'irrigations et les revenus du Doab se montèrent à 80 lakhs de tankâs et ceux de Delhi à 6 crores et 85 lakhs de tankâs. Le fantôme de la disette n'importuna plus le peuple, et les paysans vécurent heureux et prospères.

Les impôts. — Outre les revenus agraires, le Sultan avait encore d'autres ressources. Le système d'impôts fut entièrement remanié, selon l'esprit de la Sainte Loi. Toutes les taxes injustes et vexatoires qui avaient été levées sous les précédents règnes furent abolies; Firuz dans ses Futûhâl-i- Firuz Shahi se vante d'en avoir supprimé vingt-trois1. La devise du Sultan

I. Futûhât-i-Firuz Shahi, Elliot, III, p. 377. L'auteur du Slrat-i- Firuz Shahi, écrivain contemporain, donne une longue liste de 26 taxes abolies par Firuz. Elle est à peu près conforme à celle que donne Elliot dans sa traduction des Futûhâl-i- Firuz Shahi (manuscrit de l'Université d'Allahabad, p. 117-18).

Inde 21

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était : « Mieux vaut le bonheur du peuple que de vastes trésors. » L'Etat ne levait plus que les quatre taxes prescrites par le Coran : le kharadj, la zakat, la djeziya et le khoums. L'armée et l'Etat se partageaient les butins de guerre selon les proportions indiquées dans la Sainte Loi, l'Etat prenait un cinquième et le reste revenait aux vainqueurs. L'Etat levait encore un impôt sur l'irrigation, qui s'élevait à 10 % du produit des champs1. Ce nouveau système d'impôt favorisa l'industrie et l'agriculture; les prix étaient bas et les aliments et articles utiles, abondants2. L'Etat n'eut point à enregistrer de déficit et chaque année le Sultan dépensait des sommes considérables en œuvres de charité et en travaux d'utilité publique.

Les canalisations. — Après la fondation, dans les environs de Delhi, de la ville de Firuzabad, le Sultan s'aperçut delà rareté de l'eau. Le chroniqueur contemporain écrit que, dans cette localité, l'eau était si rare que les voyageurs venant de l'Iraq et du Khorassan devaient payer la somme de 4 jitals pour s'en procurer un pichet. Il serait injuste d'accuser le Sul-

1. Les juristes que Firuz consulta à ce sujet déclarèrent unanimement que le roi avait droit au Sharb, et c'est après cette décision que la taxe sur l'irrigation fut admise officiellement.

2. Shams-i-Siraj Afif, après avoir donné une liste des prix, dit avec une pointe d'exagération qu'il n'y eut plus un pouce de terrain en friche, et que les 52 parganas du Doab étaient éminemment prospères (Shams-i-Siraj Afif, Tarikh-i- Firuz Shahi, Eibliolh. Ind.f p. 294). Le barème de prix donné par Shams-i-Siraj Afif est le suivant :

Blé 8 jitals 1 mann

Orge 4 — —

Grain 4 — —

Dal 1 — 10 sirs

Glir (beurre clarifié) 2,5 jitals 1 —

Sucre 3-3,5 jitals 1 —

(Shams-i-Siraj Afif, Tarikh-i- Firuz Shahi, Biblioth. Ind., p. 294.)

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tan de n'avoir entrepris ces travaux de canalisation qu'en vue d'un intérêt commercial, on sait d'ailleurs qu'il ne leva les impôts d'irrigation qu'avec l'assentiment des docteurs de la loi. Shams-i-Siraj parle de deux ruisseaux, l'un partant de la Jamna et l'autre du Sutlaj ; le premier avait nom Rajwah, le second Ulughkhani. Tous deux coulaient aux environs de Karnal, et après avoir parcouru près de 160 milles, ils se réunissaient et se jetaient dans le Hisar Firuza. L'auteur du Tarikh-i-Mubarak Shahi, qui vécut au xve siècle, dont le récit est confirmé par Firihsta, et qui mentionne quatre cours d'eau — et il semble être plus au courant des canalisations du Sultan que ne l'est Afif1, — ce sont : 1° un canal du Sutlaj au Ghaghar, distant de 48 kos, ou 96 miles environ; 2° un canal qui, partant du voisinage des collines Mandavi et Sirmur, récoltait les eaux de sept autres ruisseaux, arrosait Hansi, d'où il coulait vers Arasani (Firishta dit Absin) où le Sultan avait construit le fort de Hisar Firuza; 3° un autre canal, tributaire du Ghagar, traversait la ville de Sirsuti, le village du Hirani-khera ou Bharni-khera, dans les enviions duquel on bâtit la cité de nFiruzabad; 4°

1. Shams-i-Siraj Afif, Tarikh-i-Firuz Shahi, Bibliolh. ind., p. 127. Le récit du Tarikh-i-Mubarak Shahi est confirmé en substance par Firishta qui, probablement, emprunta le sien à Yahya (texte de Lucknow, p. 146; Rriggs, I, pp. 449, 450, 452, 453). Le Tarikh-i- Mubarak Shahi est très rare. Les traductions de quelques passages dans VHistory of India (vol. IV) d'Eiliot sont extrêmement pauvres. Les copies de cet ouvrage sont introuvables aux Indes, et même en Angleterre, il ne doit pas y en avoir plus de deux ou trois exemplaires. Mr Ishwari Prasad est reconnaissant au Professeur J. N. Sarkar, qui fort aimablement lui offrit de consulter son exemplaire, daté de l'an 1038 de l'hégire (1629 ap. J.-C). Le parcours de ces canaux est très difficile à reconstituer sur une carte moderne. Pour d'autres informations, voir : J. A. S. B., 1846, p. 213; 1833, pp. 105-109; 1912, p. 279; 1840, p. 688; II, p. 111; — Renell, Map of a Memoir, pp. 72-74.

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enfin un quatrième canal s'échappait de la Jamna, passait à Firuzabad et se déversait plus loin, après avoir alimenté une citerne hors de la ville. Firishta raconte qu'en 1360, le Sultan fit excaver un énorme tertre, sis entre les rivières Sirsuti et Salima, parce qu'on lui avait dit, que, de la sorte, Sirsuti tomberait dans la Salima et parviendrait jusqu'à Sunnam en passant par Sarhind et Mansûrpur. Ainsi fut entrepris le creusement du monticule, et 50.000 ouvriers y travaillèrent. Sarhind, qui, originairement, faisait partie du fief de Samana, en fut détaché et forma un district indépendant.

L'armée. — L'organisation militaire de l'empire reposait sur des principes féodaux. Les soldats recevaient pour leur entretien des concessions de terrain, cependant que la solde de l'armée irrégulière était prélevée sur le trésor royal, et que ceux qui ne recevaient ni soldes ni concessions, avaient des droits sur les revenus. L'armée royale comprenait 80 ou 90.000 cavaliers en plus des hommes de la suite des barons féodaux et des grands de l'empire, lesquels se comptaient au nombre de 200.800 environ. Les écuyers étaient chargés de présenter au recensement les meilleurs chevaux et d'œil vigilant de Malik Razi, le Nâib Ariz-i-Mamâlik prévint tout abus. On prodiguait aux soldats tout confort et ils étaient traités avec bonté. Mais la générosité déplacée du Sultan affaiblit considérablement l'armée en y faisant subsister des personnes âgées et inaptes au service actif. Un nouveau règlement établit que lorsqu'un soldat devait quitter l'armée en raison de son âge, son fils, son beau- fils ou son esclave, avait le droit de l'y remplacer; ainsi les vétérans eurent le

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loisir de se reposer dans leurs foyers, cependant que les jeunes allaient guerroyer avec ardeur1. En dépit des remontrances de ses généraux, le Sultan faisait prévaloir sa magnanimité.

Droit, justice, el autres mesures humanitaires. — Firuz avait du droit et de la justice la conception d'un musulman orthodoxe. Selon les principes du Coran, avec austérité, il châtiait le crime et administrait la justice; le mufti expliquait la loi et le Qazi prononçait le jugement. Si un voyageur expirait sur la route, les chefs féodaux et les muqaddams convoquaient les Qazis et autres musulmans et, après avoir consciencieusement examiné le corps, rédigeaient un rapport constatant que nulle blessure n'avait pu être découverte, après quoi ils enterraient le cadavre. Le système légal en Hindoustan était aussi dur et inhumain que dans l'Europe médiévale. On considérait alors la torture comme le plus sûr moyen de découvrir la vérité; bien souvent des châtiments étaient infligés davantage pour satisfaire une vengeance que pour redresser des torts. Firuz abolit la torture et toutes les autres peines révoltantes, mais il exagéra la clémence à un point que plus d'un mécréant échappa à une juste punition.

Nous devons cependant au Sultan de louer à leur juste valeur ses institutions charitables. Dans sa préoccupation du bien-être public, il fit dresser par les Kotwals la liste des chômeurs, et ceux-ci furent convoqués au Divan, afin que des occupations, appropriées à leurs talents leur fussent fournies. Les hommes sachant lire et écrire étaient employés dans

1. Shams-i-Siraj Afif, Tarikh-i- Firuz Shahi, Mbliolh. Ind.. n. 303; Elliot, III, p. 349.

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la maison royale ; ceux qui montraient des aptitudes d'un ordre pratique étaient attachés aux établissements royaux, tandis que ceux qui désiraient devenir les esclaves de quelque grand ou noble étaient pourvus de lettres de recommandation. Afin de permettre aux musulmans pauvres de marier leurs filles, le Sultan institua une agence charitable (Divan-i-khairat) qui étudiait chaque cas séparément, et faisait selon les mérites une demande de fonds. Les solliciteurs de lre classe recevaient 59 lankâs; ceux de 2e, 30 lankâs; et ceux de la 3e catégorie, 25 iankâs. Un besoin depuis longtemps ressenti fut ainsi satisfait, et de partout des hommes vinrent profiter des bienfaits du Sultan.

Il était lui-même fort instruit en médecine; il fonda, à Delhi un hôpital où les malades étaient soignés gratuitement, aux frais de l'Etat, sous la direction de médecins compétents. Il fonda des donations généreuses, au bénéfice des pèlerins venant de pays lointains pour visiter les mausolées de grands rois, ou de saints hommes. Parmi tant d'œuvres, le Sultan n'omit point de prodiguer sa charité aux victimes de l'ancien régime, dont il compensa les pertes et desquelles il obtint des « actes expiatoires » pour le bien de l'âme du Sultan Mohammed1. Ceci fut évidemment inventé pour satisfaire le clergé, que Mohammed avait si profondément offensé.

L'esclavage. — L'une des caractéristiques du règne de Firuz fut l'extraordinaire progrès de l'organisation de l'esclavage. De tous les points de l'empire,

1. Fuluhâi-i-Firuz Shahi, Elliot, III, p. 385; Slral-i- F iruz Shahi, manuscrit de l'Université d'Allahabad, p. 149; Firishta, texte de Lucknow, p. 151.

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les vice-rois envoyaient des esclaves que l'Etat leur payait. Ceux qui avaient reçu une éducation libérale se vouaient à l'étude de la religion et de la littérature, cependant que ceux qui n'avaient reçu qu'une instruction technique devenaient artisans ou ouvriers. Grâce aux faveurs du Sultan, le nombre des esclaves augmenta tellement qu'en quelques années, tant dans la Métropole que dans les provinces, ils se comptaient au nombre de 180.000. Pour la direction de cette armée d'esclaves, ou établit un département spécial, avec un contingent régulier d'officiers, qui dut faire une large brèche au budget de l'Etat. Il est évident que cette institution prit des proportions effrayantes et que, finalement, elle contribua au démembrement de l'empire.

Réformes monétaires. — Le chroniqueur contemporain attribue à Firuz un grand nombre de nouvelles pièces de monnaie, mais un examen minutieux prouve qu'elles existaient toutes déjà sous le règne de Mohammed Tughluq. Le Shashgani (pièce valant 6 jiials) même ne fut pas une innovation, car Ibn Batoûta y fait de fréquentes allusions. La censure de l'hôtel de monnaies était loin d'être efficace, et les fraudes n'étaient pas souvent découvertes1; mais le Sultan ne négligea jamais les intérêts de ses sujets; pour faciliter les transactions des pauvres il introduisit des moitiés et des quarts de jiials appelés respectivement adh (moitié) et bikh. Ces pièces de cuivre et d'argent amalgamés ajoutèrent au poids des monnaies et leur donnèrent une valeur métallique intrinsèque. Ques-

1. Shams-i-Siraj Afif, Tarikh-i- Firuz Shahi, Biblioth. Ind., pp. 344-45.

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tion très importante dans un pays tel que l'Inde où le peuple « exigeait rigoureusement pleine valeur métallique1 ».

Travaux publics. — Aucun roi de Delhi ne montra autant d'enthousiasme à construire que Firuz. Les premiers souverains musulmans étaient trop occupés à lutter contre les populations hostiles de l'Hindoustan, et cette menace constante ne leur laissait pas les loisirs de donner leur attention à des travaux d'utilité publique. Des souverains musulmans, Firuz, le premier, jouit d'une période de paix relativement longue; le fait qu'il n'eut pas à s'occuper de guerres pendant longtemps lui permit de s'intéresser à des entreprises utiles. Il fonda les villes de Firuzabad, Tatehabad, Jaunpur et plusieurs autres; il éleva des mosquées des palais, des monastères, et des auberges à l'usage des voyageurs; il répara aussi de nombreux bâtiments qui avaient souffert des ravages du temps2. De nombreux ouvriers furent employés par l'Etat et un surveillant qualifié jugeait du travail de chaque catégorie d'artisans. Le principal architecte de l'Etat était Malik Ghazi Shahna, assisté d'un certain Abdul- Haqq, connu aussi sous le nom de Jahir Sundhar. Les plans de chaque nouvel édifice étaient soumis au département des finances (Diuran-i-Wizarat) qui fournissait alors l'argent nécessaire à la construction3.

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