‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 58 sur 135 · CHAPITRE XIV Désagrégation · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV Désagrégation

Avènement de la dynastie Bahmani. • — L'immense empire de Mohammed Tughluq se démembra du vivant de celui-ci; et les émirs étrangers du Deccan, que Firishta nomme les Amiran-i-Sada, se rebellèrent avec succès contre l'autorité de l'empereur et établirent à Daulatabad le siège de leur propre royaume, avec Ismail Makh pour chef . Dans son humilité et sa modestie, Ismail abdiqua en faveur de Hasan, soldat martial et brave qui fut élu roi par ses confédérés le 13 août 13471. il est inutile de relater l'histoire romantique de l'origine de la dynastie Bahmani écrite par Firishta, car des recherches modernes ont établi que Hasan était un descendant de Bahman Shah, roi de Perse, et que l'origine brahmane de la dynastie n'est qu'un mythe2. L'auteur du

1. D'après le Burhan-i-Maasir, la date est : Chaban 28, an 748 de l'hégire (3 décembre 1347). Selon Firishta c'est le vendredi, Rabias-Sani 24, 748 de l'hégire (13 août 1347), Indian Anliq., XXVIII, 143; texte de Lucknow, p. 277.

2. Firishta écrit qu'il asan était employé au service de Gangu, astrologue brahmane a Delhi, qui jouissait de la confiance du Sultan Mohammed Tughluq. Un jour que Hasan labourait les terres du Brahmane, il trouva dans un sillon une urne de cuivre remplie dd

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Burhan-i-Maasir, qui est quelquefois plus au courant de l'histoire du Deccan que Firishta, affirme que la généalogie de Hasan remonte à Bahman-ibn- Isfandiyar, et il ne parle pas du Brahmane, astrologue de Delhi, dont Firishta fait le protecteur de Hasan; et son récit est confirmé par celui de Nizamud-din Ahmad, l'auteur des Tabaqat-i-Akbari; d'Ahmad Amin Razi, l'auteur du Hafi-Iqlim; et de Hajiud-Dabir, auteur de la fameuse Histoire arabe du Gujarat - — qui sont tous de très respectables autorités1. Cette conclusion est confirmée par les inscriptions et les monnaies qui laissent peu de doutes quant à l'origine de la dynastie.

Alauddin Hasan Bahman Shah, car tel était son titre royal, peu après son avènement choisit Guibarga pour capitale, et se voua entièrement à la bonne administration de son royaume. Toute la contrée fut divisée en iarafs, confiés aux émirs qui lui avaient rendu service pendant la dernière guerre et auxquels il conféra de nouveaux honneurs. II fut adjugé à chacun de ces émirs2 un jagir ou tenure

pièces d'or. Il apporta le trésor à son maître qui, touché de l'honnêteté de Hasan, le recommanda au Sultan. Mohammed Tughluq fit venir Hasan et lui confia le commandement de cent cavaliers. Quand il fut élevé à la dignité royale, le brahmane demanda à être son. ministre. Hasan accepta et en fit même son premier ministre (texte de Lucknow, pp. 273-74; Briggs, II, pp. 284-85; Scott, traduction de Y Histoire du Deccan de Firishta, I, pp. 3-4).

1. An Arabie Hisiory of Gujaral, éditée par D. Ross, I, 159; Tabaqat-i-Akbari, texte de Lucknow, p. 406; J. A. S. B.t p. 463. Le récit de l'origine de Hasan donné dans le Tazhirat-ul-Mulûk a peu de valeur historique, Ind. Ant., KXVIII, 1899, pp. 153-54. Mr. Ishwari Prasad dans son ouvrage sur les Turcs Qaraunâs a discuté à fond la question de l'origine de la dynastie Bahmani.

2. Hasan adopta les mesures administratives en vigueur à la cour de Mohammed Tughluq. L'auteur du Burhan-i-Maasir cite les divers offices créés par Hasan :

1) Sahib-i-Arz : Inspecteur militaire.

2) Naib Barbak : Déléuué huissier.

féodale et un nombre de réservistes destinés à servir sous les ordres du roi si le besoin s'en présentait. Ayant accompli les travaux préliminaires d'un établissement, Hasan commença sa brillante carrière de conquêtes. Les territoires des « infidèles » furent envahis1 et les provinces conquises les unes après les autres. Le fort de Qandahar, qui avait été pris par les impérialistes, avait été recouvré, et Sikandar Khan captura Bidar et Malkaid dont les habitants hindous se soumirent sans résistance. Quand Mohammed Tughluq mourut en 1351, près de Thatta, Alauddin Hasan fut délivré d'une grande inquiétude, et, comme Firuz, le nouveau gouverneur de Delhi, n'avait ni l'intention ni les capacités de reconquérir des places aussi éloignées, il donna libre cours à son ambition. Les armées de l'Islam remportèrent partout de brillants succès, et l'auteur du Burhani-Maasir1 mentionne plusieurs victoires sur des prin-

3) Kur Beg-i-Maisarah : Commandant de l'aile gauche.

4) Kur Beg-i-Maimanah : Commandant de l'aile droite.

5) Dabir : Secrétaire.

6) Diwan : Ministre.

7) Shahna-i-Phil : Garde des éléphants.

8) Dawat-Dar : Garde des sceaux.

9) Sayyid-ul-Hujjab : Chambellan.

10) Hajib-ul-Qasbah : Connétable de la ville.

11) Shahna-i-Bargah : Surintendant du Darbar.

12) Salarkhwan, ou Chashnigir : Dégustateur.

13) Sar Pardah Dar : Officier chargé des rideaux royaux.

1. Il est dit dans le Burhan- i-Maasir que Hasan Kangu ordonna à ses généraux, peu après son avènement, de dévaster et de piller le pays des infidèles {Ind. Ani., XiXVIlI, 1899, pp. 144-45). Etant donnée la persécution des Hindous par Hasan il est difficile de comprendre Firishta disant que par reconnaissance envers l'astrologut de Delhi, Hasan prit le titre de Bahmani. Le Brahmane fut ministre de Hasan et les expéditions ont dû être entreprises avec son assentiment. Quoique l'origine non-brahmanique de la dynastie ne soit pas prouvée, on peut mettre en doute la véracité du récit de Firishta.

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ces musulmans ou Hindous, qui furent contraints à payer tribut. Les villes de Goa, Dabhol, Kolapur et Telingana furent conquises, et vers la fin du règne de Bahman Shah, ses possessions s'étendaient de l'est de Daulatabad à Bhongir, aujourd'hui dans les possessions de Nizam, et de la rivière Wainganga au nord, jusqu'à la Krishna au sud. La santé du Sultan avait été éprouvée par des efforts continuels, et il mourut en 1359. Sur son lit de mort, il désigna pour héritier le prince Mohammed et somma ses autres fils, toute sa parenté et les officiers civils et militaires de lui obéir. A la manière orthodoxe, le chroniqueur musulman juge ainsi le règne de Hasan : « Le Sultan Alauddin Shah était un bon roi qui aimait son peuple et pratiquait la piété. Pendant son règne, ses sujets et l'armée vécurent dans la joie et le confort, et il fit beaucoup pour la propagation de la vraie foi. »

L'avènement de Mohammed fut célébré avec une grande pompe, et les dépenses qu'occasionnèrent ces festivités pesèrent lourdement sur le trésor royal. Mohammed, désireux, comme son père, de conquérir de nouveaux pays, décida d'envahir les territoires de Vijayanagar et de Telingana. Il y dirigea ses armées et vainquit les Hindous qui se battirent avec un magnifique courage. Le pays fut pillé et les temples rasés jusqu'au sol, et un grand butin comprenant du riz, des joyaux, des chevaux arabes et des éléphants, tomba aux mains de l'armée victorieuse1. Mohammed vécut en paix une dizaine d'années,

1. La cause de l'expédition selon Firishta, fut le refus de ces rajas de payer tribut et le désir de recouvrer les territoires qui leur avaient été enlevés. L'auteur du Burhan-i-Maasir dit seulement que le Sultan conçut le désir de conquérir peuples et villes.

mais son tempérament impétueux l'entraîna dans des guerres acharnées et sanglantes avec les rajas hindous de Telingana et Vijayanagar.

L'exécution du prince de Telingana sous un prétexte futile, une indiscrétion inoffensive, mit le feu aux poudres; le raja de Telingana appela vainement à l'aide Firuz, empereur de Delhi, trop occupé de ses réformes pour entreprendre une lointaine campagne1. Ayant confié la capitale à son ministre Saif-ud-din Ghori, le Sultan marcha sur Telingana, mais les Hindous ne se soumirent pas sans difficultés, et il fut retenu pendant deux ans dans une région hostile. A la fin, la paix fut conclue, le raja accepta de rendre le fort de Golkunda et de payer une énorme indemnité de guerre se montant à 33 lakhs. Golkunda devint la frontière des deux royaumes, et quand le Sultan eut accepté les conditions du traité, le Raja lui offrit un trône doré qui fut solennellement installé dans la Salle d'audience à Gulbarga. Peu après éclata la guerre de Vijayanagar, qui prit bientôt des proportions formidables. La cause première de cette guerre avait été l'humiliation infligée à un messager chargé de demander une grosse somme d'argent au Raja de Vijayanagar. Pour prévenir une attaque musulmane, le Raja envahit les territoires du Sultan à la tête de 30.000 cavaliers, 100.000 fantassins et 300 éléphants, et dévasta le pays situé entre la Krishna et le Tungbhadra; il prit le fort de Mudgal et passa au fil de l'épée toute la garnison musulmane. La nouvelle de ce drame exaspéra Mohammed, qui jura de se venger et de ne pas désarmer qu'il n'eût exterminé 100.000

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