lnd. Ant., XXVIII, 1899, p
2. Sur l'autorité de Haji Muharamad Qandahari, Firishta dit qu'il -copiait un quart du Coran par jour. Il ne fit rien de ce qui est prohibé dans le Coran, sauf boire du vin et écouter de la musique, mais il faisait le premier, disait-il, pour se sauver des mauvaises pensées et le second parce que la musique l'aidait à penser à Dieu. Firishta, texte de Lucknow, p. 307.
3. Le même écrivain dit qu'il parlait à ses Européennes, Chinoises, Russes, Turques, Circassiennes, Géorgiennes, Bengalies, Afghanes et autres femmes, dans leur propre langue. C'est évidemment une exagération.
riage muta*; et Ton dit que, de cette façon, près de 800 femmes entraient quotidiennement dans le sérail royal. Franc et jovial autant qu'on peut l'être, sociable à l'extrême, il traitait ses compagnons sans la moindre réserve, mais il ne permit jamais que des matières d'un intérêt public fussent discutées dans ces joyeuses réunions.
En 1398, le roi de Vijayanagar, Hari Hara II, s'avança dans le Doab Raichur, en vue de prendre possession" du fort de Mudgal, et la guerre éclata. Firuz mobilisa ses armées afin de tenir tête au Raja, mais il dut en renvoyer une partie pour arrêter les progrès du Raja de Kehrla qui envahissait le Berar Hari Hara et sa nombreuse armée campèrent sur les rives de la Krishna et attendirent l'attaque musulmane. Lorsque Firuz atteignit la rivière, Qazi Siraj suggéra un stratagème qui devait semer la confusion dans le camp ennemi. Avec sept de ses compagnons, il alla trouver les danseuses du fils du Raja et dit à la première courtisane qu'il était fort bien doué en musique « et en bien d'autres arts et qu'il était certain de satisfaire hautement le fils du Raja 39 et qu'il la priait de l'introduire dans le campement royal. Et c'est ce qu'aussitôt elle fit; le Qazi et ses associés charmèrent toute l'assistance par leurs productions musicales, mais bientôt ils brandirent des épées nues à la manière des danseurs du Deccan et tuèrent sur place le fils du Raja. L'armée du Sultan passa la rivière et livra à l'ennemi un violent assaut. Firishta écrit : « Deva Raya,
4. Le Mula est un mariage pour une période limitée. Par la loi Shia lthna- Ashari un mariage muta peut être contracté validement. Tyabji, Principles of Muhammadan Law, Bombay, 1913, pp. 63-67.
attristé par la mort de son fils et saisi de panique au spectacle de la bravoure des assaillants, n'offrit qu'une faible résistance. Avant le lever du soleil, ayant emporté le cadavre de son fils, il s'enfuit avec son armée. Le Sultan recueillit dans le camp un immense butin, et poursuivit le prince fugitif dans le voisinage de Vij ayanagar. Plusieurs batailles eurent lieu en chemin, qui toutes furent des victoires musulmanes, et les routes se couvrirent des cadavres des Hindous massacrés. Le Sultan chargea son frère Ahmad, auquel il avait conféré le titre de Khan Khanan, de conclure un traité avec le Raja. Par ce pacte, le slaiu quo ante bellum était restauré mais le Raya devait payer 10 lâkhs de huns ou vous comme rançon des Brahmanes faits prisonniers pendant la guerre1.
Cependant une lutte plus sérieuse avec Vij ayanagar commença en 1406. La cause immédiate de la guerre fut le désir du Raja d'obtenir en mariage la très belle fille d'un fermier de Mudgal. Les éloges de cette incomparable beauté, chantés par le Brahmane qui l'avait élevée, enflammèrent le cœur du Sultan, mais quand la jeune fille refusa d'entrer dans le sérail royal, alléguant le changement total qu'il en résulterait pour elle, le Raja rassembla ses forces contre Mudgal afin de s'emparer de force de l'objet de sa passion. En apprenant que l'armée approchait de Vij ayanagar, les habitants s'enfuirent, ayant au milieu d'eux les parents de la jeune fille. Les armées, privées de la proie convoitée, pillèrent et ravagèrent toute la contrée, y compris quelques villes et villages appartenant à Firuz. Quand
1. Scott, dans sa traduciion de Firishta, estime cette somme équivalente à, 400.000 livres sterling, et Meadows Taylor à 440.000.
la nouvelle de ces agressions parvint au Sultan, sa colère ne connut point de bornes; à la tête d'une armée considérable, il marcha contre Vijayanagar et y mit le siège. Les alliés de Deva Raya, sur lesquels il comptait pour l'assister, s'abstinrent de se rendre à l'appel, tandis que les troupes de Gulbarga se grossissaient des renforts amenés par Ahmad, frère du roi. Le fort de Bankapur fut pris et 60.000 Hindous tombèrent aux mains des vainqueurs. Ses troupes considérablement appauvries par la lutte, et par l'apathie de ses alliés, le Raja, la mort dan* l'âme se résolut à accepter les humiliantes conditions de paix dictées par le vainqueur. Les termes du traité obligeaient le Raja à donner sa Hlle en mariage au Sultan, à céder en dot la forteresse de Bankapur, et à payer une forte indemnité comprenant des éléphants, des chevaux et plusieurs autres choses de grande valeur. C'était la paix achetée au prix de l'honneur; le mariage de la princesse fut célébré avec une grande magnificence des deux côtés1. Firuz rentra dans sa capitale où il fit comparaître la fille du fermier, cause de tels combats et de tant de sang versé, et l'unit à son fils Hasan Khan. Mais Hasan n'était pas destiné à jouir des honneurs de la royauté : le célèbre saint Ghîsû Daraz avait déjà prédit qu' Ahmad serait le prochain roi de la dynastie Bahmani.
En 14*J0. l'attaque non provoquée du fort de Pangai par Firuz plongea Vijayanagar2 dans une nou-
1. Pirishta donne tous les détails de ces festivités nuptiales et dil que le Kaja fut forcé, par la nécessité, de célébrer le mariage de &a fille. Le Burhan~i-\laasir ne parle pas de ces noces. Le récit d© Firiihla est sujet à caution.
I Le roi de Vijayanagar était probablement y cette époque, Deva Ba>a II (Sewell, A fvrgollen Empire, pp. 62-63).
398 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
velle guerre. Le siège dura deux ans, mais il échoua complètement, car la peste se déclara dans le camp du Sultan. Les Hindous infligèrent aux musulmans une cruelle défaite; le commandant en chef de ceuxci, Mir Fazlullah, fut tué dans le combat, et le Sultan lui-même déserta le champ de bataille. Les Hindous victorieux massacrèrent les Mahométans, ravagèrent leurs territoires et profanèrent leurs mosquées.
Pour Firuz, guerrier heureux jusqu'alors, un tel désastre était une source de douleur durable. Sa santé ébranlée l'obligea à laisser les affaires de l'Etat aux mains de ses esclaves, Hushiar Ain-ul- Mulk et Nizam Bidar-ul-Mulk, qui l'avertirent du danger de la puissance grandissante d'Ahmad. Le Sultan fut informé du complot qu'Ahmad tramait contre lui; par de fausses promesses, les esclaves Habshi furent induits à se joindre au parti d'Ahmad. Ayant pris ses dispositions, ce dernier apparut tout à coup devant le palais de Firuz, décidé à l'assassiner. Il s'ensuivit un combat entre les gardes royaux et les hommes d'Ahmad, dont plusieurs victimes des deux côtés. Firuz, convaincu par les désertions dans l'armée que la cause de son fils était perdue, lui conseilla de se rendre à Ahmad, car, sans l'appui de l'armée, la souveraineté ne pouvait être exercée. Ahmad fut introduit auprès du roi mourant; il se jeta à ses pieds, pleura amèrement et implora son pardon. Firuz lui confia son royaume et lui recommanda Hasan Khan. Il mourut en 14221.
1. Tel est le récit de Firishta : il dit clairement que Firuz mourut de mort naturelle. Mais l'auteur du Burhan-i-Maasir écrit que le Habshi jamadar pénétra dans l'appartement du roi et le tua avec
Ahmad Shah. — L'avènement d'Ahmad Shah s'effectua sans qu'on y mît opposition. Son ministre lui conseilla de faire exécuter le fils du défunt sultan, par mesure de prudence, mais il s'y refusa et, au contraire, lui procura un généreux jagir à Firuzabad, où le prince, dénué de toute ambition politique, dissipa sa vie dans la poursuite des plaisirs. Ayant accompli l'organisation militaire, Ahmad dirigea ses armes contre le Raja de Vijayanagar, pour se venger de l'invasion du règne précédent. Le Raja demanda l'aide du souverain de Telingana, mais celui-ci se dédit à la veille de la bataille. Les ennemis se rencontrèrent sur les rives du Tungbhadra; l'armée du Sultan attaqua de front les roupes du Raja, dont la désertion des alliés des
un poignard. Il n'est appuyé par aucun autre écrivain excepté l'auteur du Tazkiral-ul-mulûk, ouvrage très postérieur et qui ne peut être considéré que comme une source de troisième ordre. Haji-ud- Dabir, auteur du Zafar-ul-Walih bi Muzaffar wa Alih, dit que Firuz mourut de mort naturelle. Nizam-ud-din Ahmad, qui est une autorité plus ancienne, écrit que Firuz s'avança en palanquin à la rencontre d'Ahmad, mais que, quand les deux armées furent en présence, les soldats de Firuz passèrent à l'ennemi. Firuz revint à la1 ville et envoya les clefs du fort et le trésor royal à Ahmad. Ahmad attendit le Sultan, qui l'embrassa et le plaça sur le trône. Firishta, texte de Lucknow, p. 319; Burhan-i-Maasir} Ind. Ant., XXVIII, 1899, p. 192; Tazkiral-ul-mulûk, lnd. Anl., XXVIII, 1899, p. 218; Arabie Hislory of Gujarat, éditée par ^ir Denison Ross, I, p. 161; Tabaqal-i-Akbari, texte de Lucknow, p. 414; Sewell, A forgollen empire, p. 66; Meadows Taylor, Manuel of Indian Hislory, p. 167; Grible, Hislory of ihe Deccan, p. 82-84.
Les trois auteurs modernes cités ci-dessus sont d'accord avec Firishta. V. Smith suit le Burhan-i- M aasir {Oxford Hislory of India, p. 277). J'incline fortement vers l'opinion de Firishta, car il est appuyé par des historiens antérieurs et dont les sources d'information étaient excellentes. Vu cet accord des opinions en faveur de Firishta, il est difficiled'accepter le témoignage de Burhan-i- M aasir.
Ln outre, l'opinion de Firishta est appuyée par une autre circonstance, ù savoir, le traitement bienveillant et généreux accordé au îilt de Firuz par Ahmad en dépit de l'avis contraire de ses nobles* S'il avait été le meurtrier de son père, il eût certainement pria les mesures les plus rigoureuses pour exterminer les survivants.
400 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
Warrangel avait considérablement diminué les forces. Le Raja s'enfuit à Vijayanagar, où il se retrancha dans la forteresse. La contrée entière fut dévastée par les hommes d'Ahmad Shah, qui. parjures au vieux pacte entre Rajas et Bahmanides. d'épargner tout massacre gratuit, mirent à mort hommes, femmes et enfants, au nombre de 20.000, et célébrèrent un carnaval en commémoration de ce massacre. Mortellement offensés par la conduite scandaleuse d'Ahmad Shah, les Brahmanes décidèrent de le tuer. Un jour qu'il était allé à la chasse, ils le poursuivirent avec fureur et arrivèrent à le forcer dans un espace boueux d'où, enfin, ils furent repoussés par son écuyer, Abdul Qadir, assisté d'un détachement de troupes. Ahmad Shah, libéré, bloqua Vijayanagar, où il réduisit le peuple à une telle misère que Deva Raya dut demander la paix. Il accepta de payer tout l'arriéré des tributs et envoya au camp royal son fils avec trente éléphants chargés d'argent, de joyaux et d'autres articles d'une inestimable valeur, qui comblèrent d'aise le Sultan.
En 1424, le Sultan déclara la guerre à Warrangel. Son général, Khan-i-Azam, remporta une victoire dans laquelle le chef des Hindous succomba. Ce fut le dernier soupir de l'indépendance de Warrangel. et le Sultan annexa à son royaume une grande partie des territoires du Raja. Ce rapide succès l'encouragea à déclarer îa guerre aux gouverneurs musulmans du Malwa et des Etats voisins qui trouvèrent difficile de résister à ses attaques. Hushang Shah s'enfuit du champ de bataille, et le Sultan, outre l'énorme butin qu'il captura, fit passer 2.000 hommes au fil de l'épée. De telles tueries couronnaient les victoires de ce tyran, qui prit le titre de Wali
«n commémoration des services rendus à la cause islamique. Au retour de cette expédition, il jeta les fondements de la ville de Bidar1, qui devint par la suite la capitale du royaume Bahmani. En 1429, il guerroya contre les chefs du Konkan, et son attaque sur l'île de Mahim2, déchaîna contre lui le roi du Gujarat. La sanglante défaite infligée à son général l'obligea à se rendre en personne sur la scène de l'action, mais avant qu'on ne se fût battu, grâce à l'intervention de saints hommes des deux partis, la paix était conclue.
Il dirigea contre Telingana la dernière expédition de son règne, afin d'y étouffer une révolte hindoue, après quoi il renonça à la vie publique, abdiqua en faveur du prince Zafar Khan et demanda que tous les nobles, ministres et généraux lui jurassent obéissance. Sa santé commença à décliner et il mourut de maladie en février 1435.
Ahmad Shah fut un bigot féroce et un cruel tyran; mais le chroniqueur musulman, qui oublie ses cruautés dans son zèle pour la foi, dit de lui que « son caractère se parait de l'ornement de la clémence et de la tempérance, et des joyaux de l'abstinence et de la dévotion ». Comme beaucoup d'autres tyrans il se plaisait dans la société d'hommes instruits, et au Cheikh Azari qui composa deux des laudatives
1. On dit que Bidar fut construite sur l'emplacement de l'ani cienne ville de Vidarbha, qui est citée dans le Mahabharata comme le théâtre des aventures du Raja Nala, et de son épouse Damayant. Smith, disant qu'Ahmad Shah transféra sa capitale à Bidar, est sujet à caution. 11 est vrai que le Sultan habitait souvent Bidar à cause de la salubrité de son climat, mais la cité ne fut définitivement déclarée capitale des Bahmanides que sous le règne d'Alauddin II. Meadows Taylor que Smith cite dit la même chose (Manual, p. 169).
2. Mahim s'élevait du côté qu'occupe maintenant l'île de Bombay, Ind. Aux., XXVIII, 1899, p. 213.
Inde 2«
402 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
en l'honneur de son palais de Bidar, il fit don de* 700.000 tankâs du Deccan, auxquels furent ajoutés 25.000 autres destinés à couvrir les frais de son; retour au pays natal1.
Alauddin //.,. — A Ahmad Shah succéda son fils aîné, qui prit le titre d'Alauddin II et fit présager un règne glorieux. Les premières années qui suivirent son avènement, il agit en bon souverain,) mais ses intentions dégénérèrent bientôt et il se complut dans la débauche et la luxure.
Contrairement aux usages de l'époque, il traita son frère Mohammed avec une générosité que celuici, d'ailleurs, ne lui rendit point. Poussé par quelques personnes mal intentionnées, le prince se révol^ ta et rassembla, avec l'aide du roi de Vijayanagar, une forte armée à opposer au Sultan. Il se saisit du Doab Raichur, de Bijapur et d'autres districts. Ces agressions forcèrent Alauddin à mobiliser ses armées, et les adversaires se rencontrèrent sur le champ de bataille, qui fut le théâtre d'un horrible massacre. Le Sultan remporta la victoire, et le prince Mohammed et ses confédérés prirent la fuite. Quand le prince fugitif vint implorer son pardon, Alauddin l'excusa généreusement, et avec une magnanimité extraordinaire lui remit, à titre de jagir, l'administration du district de Raichur. Le prince vécut ainsi paisiblement jusqu'à sa mort, sans jamais renier la fidélité promise à son frère et roi.
En 1436, le Sultan envoya une armée pour soumettre le Konkan, cette langue de terre située entre
1. Le poète mourut à Isfarayin au Khorassan, l'an 866 de l'hégire (1461 ap. J.-C.) à l'âge avancé de 82 ans, Ind. Ani., XXVIII, 1899, p. 216.
les Ghats et la mer. L'expédition réussit et le raja hindou de Lonekhair forma une alliance avec le souverain Bahmani en lui donnant sa fille en mariage. Mais la reine, fille de Nasir Khan, gouverneur de Khandesh, fut outrée à un tel point de l'entrée d'une princesse hindoue dans le harem qu'elle en appela à son père pour la venger de cet affront. Nasir Khan, appuyé d'Ahmad Shah du Gujarat, déclara la guerre à son beau-fils, mais il fut complètement défait.
Cependant l'ennemi héréditaire d'Alauddin était le Raja de Vijayanagar. Vers l'an 1442, Deva Raya assembla le conseil des principaux Brahmanes et des nobles afin de découvrir les causes des succès musulmans; ils en trouvèrent deux : la force supérieure de la cavalerie des musulmans, et leur adresse au tir à l'arc. Cette analyse de la situation conduisit Deva Raya à changer d'attitude envers les mahométans. Il les admit à son service, leur confia des jagirs et érigea dans sa ville, une mosquée destinée au culte public. Une sauvage incursion de Deva Raya dans les territoires Bahmani engendra la guerre1, et les armées rivales se trouvèrent bientôt face à face. Aucune bataille décisive n'eut lieu, et Hindous et musulmans obtinrent alternativement la victoire.
Après un siège de quelques mois, les deux partis conclurent la paix et Deva Raya, consentit à payer le tribut stipulé2. La politique guerrière du Sultan
1. Firishta fait ce rapport : Abdur-Razzaq dit qu'Alauddin demanda un tribut au Raja (711 lakhs de varahs) quand il apprit qu'une tentative avait été faite pour assassiner le roi, sur quoi le roi envoya une réponse emportée et se prépara à la guerre (Sewell, p. 75). Firishta est confirmé par le Burhan- i- M aasir qui dit que les infidèles, profitant de la rébellion de Mohammed Khan, envahirent les territoires de l'islam et prirent le fort de Mugdal. Ceci décida le Sultan à marcher contre le Haja {Ind. AnL, 5CPCVIII, 1899, p. 238).
2. L'auteur du Burhan- i- M aasir et Firishta ne mentionnent aucune bataille décisive. Le premier dit qu'après un siège de quelques mois,
404 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
fut couronnée de succès, mais l'administration intérieure du pays fut troublée par les querelles des musulmans Deccanis, Sunnis pour la plupart, et des étrangers, Arabes, Turcs, Persans et Mongols qui professaient la foi shiite1. Ces jalousies furent la cause d'un crime épouvantable. En 1454. un chef hindou du Konkan infligea une sanglante défaite à Khalf Hasan Malik-ul-Tujjar. Le reste des troupes vaincues, conduit par Hasan, se dirigea vers la ville de Chakan2 pour s'y réfugier, mais les émirs Deccanis suggérèrent au Sultan qu'elles méditaient une trahison et lui arrachèrent l'ordre de les détruire. Les vizirs Deccanis rejoignirent ces étrangers confiants dans le voisinage de Chakan et feignirent la magnanimité. Ils les convièrent à une fête dont la tyrannie et le sharbal de la destruction furent les principales attractions. La fête se termina par le massacre de 1.200 Sayyids3 de pure extraction et
les Hindous demandèrent la paix; le second — qui est quelquefois mieux informé — écrit que lorsque deux officiers musulmans tombèrent aux mains du Raja, le Sultan fit savoir qu'il vengerait leur mort par le massacre de 100.000 Hindous. C'est cette menace qui fit que le Raja demanda la paix. Ind. Ant., XXVIII, 1899, p. 238. Firishta, texte de Lucknow, p. 333.
1. Qui étaient ces étrangers? Les premiers musulmans qui vinrent au Deccan furent les Arabes qui arrivèrent aux viie, vnie et ixe siècles pour piller et conquérir les côtes du Gujarat. Les Parsis suivirent plus tard. Aux ixe et xe siècles, des négociants s'établirent dans les villes du littoral; ils furent encouragés par les princes rajpoutes d'Anhilwad au Gujarat. Puis vinrent les Turcs aux xie et xne siècles. Depuis le xme siècle, des musulmans, négociants, réfugiés et esclaves, continuèrent à affluer au Deccan. Le Gujarat regorgeait de ces étrangers. Voir l'introduction de Denison Ross au volume II de VArabic History of Gujarat, p. XXXI-XXXII.
2. Chakan est un petit fort situé à 18 milles au nord de Poona. Il est entouré d'un bon fossé, large de 30 pieds et profond de 15, mais plein d'eau du côté nord seulement. Il est à 31 milles à l'est de Bhorghat Pass, et commande la plus courte route d'Ahmadnagar au Konkan.
3. Selon le Burhan-i-Maasir, Khalf et plusieurs saints hommes furent tués dans la bataille, et le reste seulement se retira à Cha-
de près de 1 .000 autres étrangers, âgés de 7 à 17 ans. Alauddin mourut en 1457 après une carrière ardue, toute empreinte de sang. Quoiqu'il recherchât les plaisirs, il ne perdit pas de vue les intérêts de ses sujets au «lire du Burhan-i-Maasir, confirmé par Firishta. Il bâtit des mosquées, fonda des écoles publiques et autres institutions charitables, dont la plus importante fut l'hôpital de Bidar où des médecins expérimentés s'employaient à soigner le pauvre peuple. L'usage des spiritueux fut interdit sur les domaines du Sultan, et l'on coulait du métal fondu dans la gorge de celui qui ne se conformait point à cette loi. Le nombre des voleurs et des vagabonds diminua singulièrement, et les hommes apprécièrent la faculté de pouvoir gagner leur vie en se rendant utiles. Bien qu'il ne fût pas profondément religieux, lui-même, il pratiqua les observances de la foi et ordonna aux officiers de la police d'instruire le peuple des rites, des coutumes et des lois de l'Islam.
Humayun. — Alauddin eut pour successeur son fils aîné, Humayun, qui eut bientôt écarté du pouvoir Hasan son plus jeune frère que quelques nobles et ministres avaient fait monter sur le trône. Il fut un monstre de cruauté, vrai Néron des Indes. On dit qu'un jour, lorsqu'il apprit l'évasion de quelques rebelles qu 'il avait capturés, il se mordit les lèvres avec une fureur telle qu'elles en saignèrent et il ordonna l'exécution immédiate, et avec un raffinement de cruauté, de 2.000 gardes de la ville pour avoir man-
kan. La version de Firishta est différente. Il dit que Khalf fut massacré par les Deccanis avec les Sayyids et autres étrangers dans le fort de ^hakan. Ind. Ant., pp. 239-240. Firishta, texte de Lucknow, p. 33ô.
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que à leur surveillance. Le chroniqueur musulman qui vante sa science, son éloquence et son esprit, dit que « avec tant de mérites personnels, et de perfections physiques et morales, il était d'un caractère cruel, et grand verseur de sang; incapable de compassion envers un être accusé de crime, et répandant le sang des musulmans pour la moindre offense1 ». Mais ce tyran eut la bonne fortune de s'attacher les services d'un ministre intelligent et capable, Najmuddin Mahmoud ibn Mohammed Gâwân Gilani, mieux connu en histoire sous le nom de Mahmoud Gâwân, qui servit l'Etat avec une fidélité exceptionnelle jusqu'à son dernier jour2. C'est grâce à S8 merveilleuse diplomatie que le royaume Bahmani trouva des alliés pour combattre les envahisseurs étrangers, et que le pays rentra dans l'ordre. L'originalité du règne d'Humayun ne réside pas dans ses guerres extérieures ou ses réformes administratives, mais dans cette infernale cruauté qu'il exerça avec une sauvage brutalité. Pendant son absence au Telingana, une conspiration se forma qui aboutit à la mise en liberté des 'frères du roi, Hasan et Yahya. Quand le Sultan apprit cet événement, sa colère ne connut point de bornes; il envoya des trompes à la poursuite d'Hasan Khan, et de Mirza Habib Ullah,