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Sewell, A forgotten empire, pp

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presque tous suivi les armées à la guerre et n'en étaient pas revenus. On ne pouvait rien faire qu'enterrer tous trésors, armer les plus jeunes hommes et attendre. Le jour suivant, la place devint la proie des tribus de brigands et des peuples de la jungle environnante. Des hordes de Brinjaris, de Lambadis, de Kurubas et autres fondirent sur cette malheureuse ville et dévalisèrent les étalages et les magasins, emportant une grande quantité de biens. Couto relate qu'il y eut six attaques organisées par ces peuplades durant la journée.

« Le troisième jcur vit le commencement de la fin. Les musulmans victorieux avaient fait halte sur le champ de bataille, pour boire et se reposer, mais ils avaient ensuite atteint la capitale, et à partir de ce moment, pendant une période de cinq mois, Vijayanagar ne connut point de trêve. Les ennemis étaient venus pour détruire, et ils poursuivirent leur dessein jusqu'au bout. Ils massacrèrent le peuple sans merci, démolirent les temples, et les palais, et poursuivirent une vengeance si sauvage dans les demeures des rois que, à l'exception de quelques grands temples et murs de pierre, aujourd'hui il ne reste rien qu'un amas de ruines pour marquer la place où s'élevaient de solides édifices. Ils démolirent les statues et réussirent même à briser les membres de l'énorme monolithe de Narasinha. Rien ne semblait pouvoir leur échapper. Ils abattirent les pavillons qui s'élevaient sur l'immense terrasse d'où les rois regardaient les festivals, et démolirent toutes les sculptures. Ils allumèrent d'énormes feux dans les bâtiments magnifiquement décorés du temple de Vitthalaswami, près de la rivière, et écrasèrent ses délicates sculptures sur pierre. Par le fer et par

le feu, ils poursuivirent jour par jour leur œuvre de destruction. L'histoire du monde n'a peut-être jamais enregistré un tel désastre, et si soudain, et dont une si belle cité fut le théâtre; voir une population opulente, industrieuse et prospère un jour, et le jour suivant la voir pillée, saisie, ruinée, parmi des scènes de carnage et des horreurs défiant toute description. »

Que les lecteurs se souviennent du mot désolant de Gibbon, disant que l'histoire n'est que le registre des crimes et des infortunes de l'humanité. Cette sombre description est pleine de vérité; la race humaine est purifiée par la souffrance; le torrent du progrès poursuit irrésistiblement sa marche en avant, augmentant de volume au cours des siècles, et ceci doit être la consolation de l'historien qui se voue à l'étude des changements de la fortune, de la prospérité et de la décadence des institutions humaines.

Ram Raja, malgré ses folies et ses faiblesses, mérite quelques éloges. A l'âge de 90 ans, il possédait

1. L'historien portugais Faria y Souza écrit : « Les mahométans passèrent cinq mois à piller Vijayanagar, quoique les indigènes eussent emmené avec eux 1.550 éléphants chargés d'argent et de joyaux, avec plus de 100 millions d'or, outre un siège royal d'une inestimable valeur. Dans sa part du pillage, il échut à Adil Shah un diamant gros comme un œuf ordinaire et un autre, d'une dimension extraordinaire, quoique plus petit, avec d'autres joyaux d'inestimable valeur. » Voir sur Faria y Souza, les Commentaries of Alfonso Albuquerque, Hakluyt Society, II, p. CXH-CXIII. Cœsare Frederike qui visita Vijayanagar deux ans après la bataille écrit : « Ram Raja périt par la trahison de deux généraux musulmans à son service, qui se tournèrent contre lui au milieu de la bataille. Les musulmans passèrent six mois à piller la ville, cherchant partout de l'argent enterré. Les maisons étaient encore debout, mais vides. La cour s'était transférée de Vijayanagar à Penuconda, à huit jours de marche au sud, les habitants s'en étaient allés autre part; la contrée était si infestée de voleurs qu'il fut obligé de rester à Vijayanagar six mois de plus qu'il n'en avait l'intention. Quand enfin il partit pour Goa, il fut attaqué tous les jours et paya une rançon à chaque occasion. » Pour la description qu'il donne du palais du roi, cf. Lewis Rice, Mysore, I, 355-6.

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encore l'énergie et la vigueur de la jeunesse, et dirigea lui-même les opérations sur le champ de bataille. La crainte qu'il inspira aux musulmans et les préparatifs qu'ils firent pour l'affronter sont autant d'hommages rendus à sa puissance formidable. Le mépris de l'ennemi est un luxe dangereux à toute époque; et Ram Raja aurait pu sauver son empire, s'il n'avait pas dédaigneusement sous-estimé la force de ceux qui s'étaient préparés bien longtemps avant d'oser se mesurer à lui.

Une bataille décisive — La bataille de Talikota est une des batailles les plus importantes dans l'histoire de l'Inde. Elle sonna le glas de l'Empire hindou du Sud et engendra la confusion dont la chute d'une grande organisation politique est toujours suivie. La ruine de l'empire paralysa l'industrie portugaise, les marchés de Vijayanagar important et vendant grand nombre de produits portugais1. Les musulmans se réjouirent de la chute de leur rival, mais il est douteux qu'ils y aient gagné quelque chose en dehors de quelques portions de territoire. La crainte de l'empire de Vijayanagar les avaient conservés alertes et vigilants, mais quand cette crainte disparut avec son objet, ils négligèrent leurs armées, et se disputèrent entre eux; leurs jalousies et leurs dissensions mutuelles en firent une proie facile pour les empereurs mongols du Nord.

1. Federici, Sasetti et Couto sont unanimes à dire que les Portugais entretenaient un commerce florissant avec l'empire de Vijayanagar et que sa chute porta un coup grave au trafic des Portugais dans ce pays. Mais Sewell mentionne l'établissement de l'inquisition à Goa comme une raison subsidiaire de cette décadence. Les pères de l'Eglise recommandaient fa persécution des Hindous et des musulmans et la destruction de leurs temples et mosquées — un fait qui amena le déclin de l'influence portugaise à Goa. Sewell, A forgotlen Empire, p. 210-1.

Une nouvelle dynaslie. — Après la chute de Ram Raja, son frère, Tirumala, exerça le pouvoir au nom de Sadâçiva, mais vers l'année 1570 il usurpa le trône et fonda une nouvelle .dynastie. Il serait trop fastidieux de répéter l'histoire des crimes, des trahisons et des intrigues qui infestent les annales de cette époque. Au second fils de Tirumala, Ranga II, succéda Venkata I vers l'année 1586. Il fut la personnalité la plus marquante de la dynastie, un homme de tête et de caractère qui protégea les sciences et les lettres. Les successeurs de Venkata furent incapables de conserver intact le petit héritage qu'il leur avait légué, et avec eux la puissance de la dynastie s'affaiblit. Les musulmans s'emparèrent d'une grande partie de l'empire, et de ses fragments, les Naiks de Madura et de Tanjore se ménagèrent de petites principautés.

Administration de Vijayaragar.

Nature du gouvernement. — - L'empire de Vijayanagar était le produit de ce mouvement révolutionnaire qui agita le Deccan pour en expulser les musulmans. Depuis la conquête du Deccan par Kafur, les peuplades vaincues nourrissaient toujours un ressentiment profond à l'égard des oppresseurs musulmans qui avaient ruiné la contrée par leurs massacres, leurs profanations, et leurs indignités de toutes sortes. La chute des Kâkatîyas en 1327 et la faiblesse des Hoysalas facilitèrent l'avènement d'une nouvelle puissance. C'est alors que l'empire de Vijayanagar prit son essor, et devint un solide rempart contre les musulmans du nord. Les circonstances de sa naissance déterminèrent sa politique administrative, et

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jusqu'au dernier jour de son existence le Vijayanagar demeura un Etat essentiellement militaire appuyé à une forte base théocratique. Comme il avait été créé pour préserver les Hindous des attaques musulmanes, rien ne fut épargné pour en faire l'égal des forces musulmanes. Les rois de Vijayanagar, guidés par la classe sacerdotale fort instruite en politique, tentèrent d'introduire les éléments d'une administration déterminée en vue de consolider leur pouvoir. La tâche n'était ni neuve, ni difficile, les anciens royaumes que Vijayanagar remplaçait, quoique très peuplés, avaient été efficacement gouvernés. Hari Hara et Bukka, chefs ambitieux, firent régner la paix et l'ordre, et rénovèrent de vieux usages, facilitant ainsi les institutions de leurs successeurs, qui firent de Vijayanagar le centre de civilisation, d'opulence et d'instruction le plus brillant qui ait jamais existé dans le Sud.

Le roi et son conseil. — L'empire était une vaste organisation féodale et le roi était le centre de tout le système. Il était assisté d'un conseil composé de ministres, de gouverneurs provinciaux, de commandants militaires, de membres de la classe sacerdotale et de poètes. Il n'y avait pas de système électoral, et tous les membres du conseil étaient nommés par le roi. Suivant la coutume médiévale, le roi de Vijayanagar assumait le pouvoir d'un autocrate; il s'occupait de l'administration civile, dirigeait les affaires militaires et tranchait les questions judiciaires qui lui étaient soumises. Il calmait fréquemment les disputes, de manière pacifique, à l'entière satisfaction des plaignants; nous avons parlé de la réconciliation que Bukka Raya opéra entre Jains

et Vishnouites1. L'intervention du roi était souvent des plus efficaces, particulièrement dans le cas du « prix de la fiancée» (bride-pride), cette ignoble coutume en vigueur parmi les brahmanes d'une certaine partie de l'empire. Le roi Deva Raya II convoqua les représentants de toutes les classes de brahmanes et discuta avec eux de la légalité de cet usage2; et il fut par lui décrété que les mariages seraient conclus par kanyâdâna (don volontaire d'une fille), et non en considération de questions d'argent. La violation de la « loi sacrée » entraînait des pénalités bien déterminées. La tradition de la justice royale fut strictement maintenue par tous les .souverains, et même Sadâçiva Raya, qui n'était qu'un roi fainéant, exerça efficacement ses prérogatives en apaisant certains nobles Brahmanes qui se disputaient à propos de terrains.

Les principaux officiers de l'Etat étaient : le premier ministre, le trésorier principal, le gardien des joyaux, et le préfet de police, assistés d'officiers subalternes. Le premier ministre était le principal conseiller du roi pour toutes questions importantes. Le préfet de police correspondait au Kotwal des Mongols, chargé de maintenir l'ordre dans la cité. Tous ces officiers bénéficiaient de la concession de vastes jagirs que le roi pouvait leur enlever selon sa volonté. Selon Nuniz. le préfet de police était tenu de faire un rapport de tous les vols commis dans la cité, et ceci eut i ont effet de diminuer considérablement le

1. Lewis Rice, Mysore and Coorg from the inscriptions, p. 177, Sb. 136.

2. Mad. Ep. Coll., for 1887, n° 49; Soulh Indian Inscr., I, n° 56, p. 82-4.

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nombre des voleurs dans la contrée1. Mais la corrup tion était pourtant générale; lorsqu'un marchand sollicitait une entrevue avec le roi, il devait se gagner la bienveillance de nombreux officiers, car ils n'auraint rien fait sans un bénéfice personnel2. A cette époque, probablement, les achats de conscience n'étaient pas considérés comme d'abominables fautes. Au xive siècle, lbn Batoûta, qui occupait le poste de Qazi principal à Delhi, dut payer un confrère pour obtenir le payement d'une somme d'argent que le Sultan lui avait accordée.

La cour. — En Orient comme en Occident, la somptuosité des cours fut l'une des caractéristiques du moyen-âge, et les rois de Vijayanagar dépensèrent des sommes fantastiques pour déployer leur grandeur. Des nobles, des prêtres érudits, des astrologues et des musiciens formaient la cour; ils y organisaient de temps à autre de grandes fêtes en but de frapper l'imagination populaire. Des visiteurs étrangers qui en furent témoins les décrivent avec la plus vive admiration. Nicolo Conti a relaté quatre festivals qui correspondent probablement au Nouvel An, au Dipâvali, au Mahânavami et aux Saintes Commémorations; ses dires sont confirmés par Abdur-Razzâq qui a laissé un récit coloré des jeux, des feux d'artifice et autres divertissements qui animaient ces fêtes- La plus importante de toutes était la fête de Mahânavami à laquelle neuf jours du mois de septembre étaient consacrés. « Le roi décrétait, écrit Abduz.

1. Major, Indian in ihe 15 th Cenlury, I, p. 30; Chron. de Nunizy Sewell, p. 380-1.

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