‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 74 sur 135 · Chron. de Nuniz, Sewell, p · texte numérisé non relu

Chron. de Nuniz, Sewell, p

3. J. B. B. R. A. S., XII, pp. 394-98. Ces officiers étaient généralement au nombre de 12, Madras Epigr. Coll., C. P., 1917-18, n° 21.

DÉSAGRÉGATION : i/EMPIRE DE VIJAYANAGAR 469

jours levé une taxe sur les produits du sol, et la lo hindoue assigne à l'Etat un sixième du produit total Mais le grand empire de Vijayanagarne pouvait abso lument pas se contenter d'une si petite part pour entretenir sa pompe et sa splendeur. Nuniz écrit « Tout le territoire appartient au roi, et c'est de ses mains que les chefs le reçoivent; ils le remettent aux cultivateurs qui payent les neuf dixièmes du produit aux seigneurs; ceux-ci, à leur tour, en donnent la moitié au roi1. » Le rapport de Nuniz est probablement exagéré, car si le paysan n'avait gardé que le dixième de ses revenus, il lui aurait été impossible de vivre de son travail. Cependant, outre cet impôt sur les produits du sol, l'Etat grossissait encore ses revenus de nombreuses taxes, il n'y avait rien d'étonnant à ces usages, le gouvernement musulman au moyen âge en fit autant. A son avènement, Firuz Tughluq abolit 26 impôts vexatoires et Aurangzeb devait encore, vers le milieu du xvir8 siècle, en supprimer 48. L'Etat était si jaloux de ses droits que, même lorsqu'un particulier créait une rente, les bénéficiaires devaient se conformer aune série d'obligations2. Des documents existent pour prouver

1. Chronicle de Nuniz, Sewell, p. 379; Moreland, India ai the death of Akbar, p. 98.

2. Un rapport de K ampa II, fils de Bukka 1er, daté d'environ 1374- 75 et enregistrant le don d'un village à un temple, par un particulier, établit clairement les conditions suivant lesquelles la permission royale fut accordée {Madras Epigr. Report for 1911-12, pp. 77-78, Sec. 49.

Voici la charte originale :

[ Le village, tout le village qui est un bien sacré de ce dieu (Kimnâmattu-Kâni), limté par ses quatre bornes, comprenait le désert, les terres arrosées et les jardins avec toutes ses exemptions (upâdhi) d'obligations (kodamoi) et profits (ayan) communaux, telles qu'obligations individuelles de ceux qui vident (?) (pnarkkata-miyarpir- Kadamoi) hors du village, droits sur les métiers de coton, obligations de caste, obligations de maintenir ( ?) des moulins à huile, vil-vasi, uasal-

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l'abondance des taxes, en dehors de l'impôt sur les terres1.

Rien n'échappait au système fiscal comme l'indique très bien Abdur-Razzâq, pas même la prostitution, qui rapportait la somme peu honorable de 12.000 fanams, laquelle servait à l'entretien de 12.000 hommes soumis aux ordres du préfet de police2.

Il est malheureusement vrai que trop souvent ces arrangements fiscaux étaient fort peu en rapport avec l'intérêt de l'agriculteur, il devait à son seigneur un travail forcé, et payait encore, en plus de la taxe générale sur les produits du sol, un impôt sur les pâturages et un autre sur le mariage3. Les coutumes ordinaires de la féodalité ; quelques-uns de ces impôts quoique non sanctionnés par la loi, sont encore payés de nos jours, dans toute l'Inde, par quelques cultivateurs résignés. En outre, le peuple payait un nombre incalculable de taxes indirectes sous forme de droits sur des articles d'un usage courant, tels

vari (taxe sur les maisons), criminpaitam (droits pour pêcher le poisson dans le réservoir), bêtes et arbres, uvachcha-vari ulugalvari, bonne vache et bon buffle, Karitigaipachchai, timppudiyidu, la part (merwar) de grain de chaque moisson assurée aux gardiens du village, droits de marché, (sanda-i-mudal), obligations de asuvadiûakkalper (?), droits pour maintenir des employés (velli-vari) de village et autres obligations semblables, nouvelles ou anciennes, qui pourraient être ultérieurement dues par chaque tenancier, — nous les avons données pour le culte et comme concession sarwam[nya à ce temple, pour durer tant que le soleil et la lune existeront. »

1. Epigr. Carn., IV, Kr 21 et 22; Madras Ep. Rep., 1912-3, p. 120, Sec. 54; Rep. 1914-5, p. 106-7, Sec. 44; Epigr. Carn., III, Sec. 95; IV, Gu. 1.

2. Abdur-Razzaq, M alla-us- Sadain, Elliot, IV, pp. 111-12; Major, p. 29.

3. La taxe de mariage fut abolie par Krishna Deva Raya dans le premier quart du xvie siècle; et cette politique fut continuée par son successeur, Mad. Ep. Rep. 1909-10, p. 102-3, Sec. 93; Epigr. Carn., XI, Hk 110, Og. 101, Hk 17 et 111.

que les fruits, les graisses, les légumes, les grains et les animaux de toutes sortes1, et il était impossible d'y échapper, car il n'y avait qu'une seule route conduisant à la ville et la porte en était sévèrement gardée. Ces taxes étaient affermées à des traitants, et il est hors de doute que leur perception devait se traduire par de graves inconvénients pour les populations. Nuniz écrit à propos de la cité impériale : « La porte fournit 12.000 pardaos par an, et personne ne peut la franchir sans payer exactement ce que les gardes exigent, paysans aussi bien qu'étrangers. Chaque jour entrent par ces grilles 2.000 bœufs, payant chacun 3 viniees, excepté certains bœufs sans cornes qui ne payent jamais rien dans aucune partie du royaume8. »

Ces droits étaient la source de revenus considérables dont l'Etat dépensait la plus grande partie en installations et parades fastueuses et à l'entretien de la suite du roi, de ses résidences et de son innombrable valetaille. La liste civile n'existait pas, et le roi dépensait des sommes fantastiques pour la pompe de sa maison et pour des armées considérables qui se tenaient toujours prêtes à lutter contre les puissances musulmanes. Les écrivains étrangers parlent abondamment du faste et du confort de la capitale; le développement extraordinaire du commerce et de l'industrie fournit d'ailleurs la preuve de sa prospérité; mais aucun écrivain hindou contemporain

1. Epigr. Carn., V, Bl. 75; III, Nj. 118 et Bl. 95; Epigr. Ind., VI, p. 230-9.

2. SewelJ, Chronicle of Nuniz, p. 366. Sewell calcule que un vin- Uni valait à peu près 1 7/20. d. Le pardao était une pièce d'or. Voir le récit de Paez, Sewell, p. 213. Mr. Moreland considère 500 pardaos comme équivalant à 1.000 roupies d'Akbar (India ai Ihe Death 9f Akbar, p. 76).

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ne relate les simules annales des pauvres et il nous est ainsi impossible de juger de l'effet que produisirent ces institutions financières sur les millions de travailleurs qui peinaient dans toutes les parties du royaume.

La justice. < — Les inscriptions ne fournissent aucune preuve d'une procédure judiciaire régulière et il semble certain qu'une sorte de grossière et expéditive justice était rendue à la discrétion des autorités. Le roi était la cour suprême de justice, comme dans tout autre pays au moyen âge, et son intervention dans les cas importants était décisive. Des pétitions pouvaient être présentées au souverain, ou à son aller ego, le premier ministre, et étaient examinées suivant leur importance. En relatant la visite d'Abdur-Razzâq à Vijayanagar, nous avons déjà rapporté sa description de la cité et du Diwan Khana, du Palais de Justice1, situé à la gauche de la résidence du Sultan.

La justice civile était dispensée selon les principes de la loi hindoue et les usages du pays, et Abdur- Razzâq écrit que les décisions étaient émises au sujet des pétitions des gens lésés conformément aux règles de justice locales, et qu'aucune autre personne n'avait le droit de remontrance2. Les documents étaient dûment attestés par des témoins et tous ceux qui désobéissaient à une loi ou à un usage reconnus étaient sévèrement punis. Toute infraction à la loi civile était également passible d'amendes.

1. Major, lndia in the XVe century, I, p. 25; Chronicle of Nuniz, Sewell, p. 38.

Pour une description du Diwan, voir aussi Elliot, IV, p. 108; il donne à l'eunuque le titre officiel de Danaik, qui se lit dans le manuscrit de l'East lndia Library.

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