Tabœjat, texte de Lucknow, p. 170. Makhzan, p
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de son jagir, et une coutume établie n'était jamais abrogée. Par la force, les Zamindars hindous furent maintenus dans l'ordre, et les chemins délivrés des voleurs. Le passage suivant du Tarikh-i-Daudi permet de se rendre compte de la bonne administration de l'empire :
« Le Sultan recevait quotidiennement un rapport sur les prix de toutes choses, et un rapport sur tout ce qui s'était passé dans les différents districts de l'Empire. S'il apercevait la moindre apparence d'erreur, il ordonnait immédiatement de prendre des renseignements. Sous son règne, les affaires se poursuivirent de manière pacifique, honnête et loyale. L'étude des belles-lettres ne fut point négligée... Les établissements manufacturiers furent établis de manière que les jeunes nobles et les soldats pussent se livrer à des travaux utiles... Tous les nobles et tous les soldats de Sikandar étaient satisfaits : chacun de ses chefs était nommé gouverneur d'un district; et c'était son désir fervent que de gagner la bonne volonté et l'affection du peuple. Par égard pour ses officiers et ses troupes, il mit fin aux guerres et aux querelles des autres monarques et nobles de l'époque et coupa court aux émeutes et aux intrigues. Il se contenta du territoire que lui avait légué son père, et passa toute sa vie dans le plus grand contentement et la joie, et gagna le cœur des grands et des petits. »
Sikandar fit de grands efforts pour donner une nouvelle vigueur à l'administration, mais l'Etat assuma une fois de plus un caractère théocratique et l'Islam fut officiellement imposé aux Hindous. Le cas de Bodhan, Brahmane de Kaithan, illustre le fanatisme et la bigoterie du gouvernement, et le
pouvoir que les Ulama avaient acquis sous le règne de Sikandar. Le grand tort du Brahmane était d'avoir déclaré en présence de certains musulmans que sa religion était aussi bonne que celle du Prophète. Un conseil de théologiens assemblé par Sikandar décréta que cette offense devait être lavée par la conversion à l'Islamisme ou la mort1. Le Brahmane refusa courageusement d'embrasser l'Islamisme, et mourut pour satisfaire à sa conscience. L'Eglise brahmanique de l'Inde doit une grande part de sa vitalité à ces martyrs hindous du moyen âge qui, tels que Bodhan, donnèrent leur vie pour leur foi.
Il serait injuste de juger Sikandar d'après la mentalité de nos jours. En Europe même, la tolérance religieuse était inconnue, à cette époque où tous les moyens étaient bons pour combattre l'hérésie. Peu de temps après la mort de Sikandar, Charles-Quint ne justifia-t-il pas sa dévotion à l'ancienne Eglise en déclarant exclu de son empire le promoteur de la Réforme?
Personnalité de Sikandar. — Il sera intéressant de connaître le caractère du plus remarquable des souverains de la dynastie Lodi. Tous les chroniqueurs musulmans font de Sikandar un éloge enthousiaste, car son zèle fanatique pour la foi était absolument conforme à leur idéal religieux. Cependant
1. Le nom de Bodhan est écrit différemment dans des textes variés. Le texte de Lucknow de Firishta (p. 182) a Bodhan de Kaithan. Briggs a Boodhun, résident à Kataen, près de Lucknow. C'est Budhen de Katbhur dans le Makhzan, p. 65. Elliot a Laudhan de Kaner (p. 464). L'auteur du Tarikh-i-Daudi écrit que les discussions religieuses intéressaient vivement le Sultan. L'assemblée à? Ulama qu'il réunit à Sambhal prononça un verdict contre le Brahmane; sur son refus d'embrasser l'Islamisme, il fut mis à mort et les casuistes furent généreusement récompensés pour cette condamnation.
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les récits détaillés de Nizam-ud-din Ahmad, toujours impartial dans ses jugements, s'accordent avec ceux de Firishta qui a dû s'inspirer de quelques chroniqueurs contemporains1. Le Sultan était un bel homme, grand amateur de chasse, et fort instruit dans tous les arts et les sciences en rapport avec son rang. Tous les chroniqueurs s'accordent à dire qu'il était passionnément dévoué aux intérêts de sa foi. Il s'associa aux Mullahs et aux Maulvis et son attitude envers les autres religions se manifesta dans ses tentatives pour persécuter les Hindous et extirper l'idolâtrie du pays qu'il administrait. Dans un excès de zèle, il ordonna que le temple de Mathura fût détruit et que des sarais et mosquées fussent élevés sur ses ruines. L'auteur du Tarikh-i-Daudi dit que les bouchers reçurent les idoles pour écraser leurs viandes2. Il était interdit aux Hindous de se baigner sur les bords de la Jamna et il parut un ordre royal défendant aux barbiers de raser les Hindous suivant leur coutume3. Les prières étaient faites en public; et la gloire et le triomphe de l'Islam étaient proclamés partout. Quoique Sikandar fût un fanatique h l'esprit étroit, il n'était pas dénué des plus hautes qualités du cœur et de l'esprit. Il était compatissant envers les malheureux, et chaque année il prélevait sur le trésor des sommes considérables qu'il dépensait en charités, et les nobles aisés suivaient son exemple. Il possédait l'amour inné de la justice, il écoutait
1. Firishta dit qu'il a consulté un travail contemporain appelé le Farhang-Sikandari, quoique son récit semble une reproduction des Tabaial-i-Akbari. L'auteur des Tabaqal a écrit avant tous les autres; il a donc dû utiliser des chroniques contemporaines.
2. Tarihk-i-Daudin Ms. de l'Université de Allahabad, p. 39. Dorn, Makhzan, p. 66.