Erskine, Hislory of Jndia, I
3. Voici les frontières de l'empire, à la mort de Sikandar : Au sud, est l'empire atteignait les limites du Bengale, près d'Agra, Dholpu- Chanderi et Biyana en faisaient partie. LePendjab reconna issait l'autorité de Delhi, et dans les régions centrales, l'empire s'étendaitjjusqu'au Bundelkhand.
526 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
La chute de l'empire devait venir tôt ou tard, car même si Ibrahim eût su s'attacher personnellement les nobles, ils auraient cherché à se créer de petites principautés et à le réduire au rôle de roi titulaire, simple mannequin au milieu de factions et de coteries rivales. Le gouvernement manquait d'éléments de stabilité, et l'indulgence d'Ibrahim n'aurait pas arrangé les choses. Il eût peut-être réussi à enrayer momentanément les progrès de désagrégation s'il eût adopté une politique plus habile dans ses rapports avec ses nobles vassaux. Mais il s'aliéna leur sympathie en voulant s'imposer à eux, et ne fit qu'inspirer des complots et des intrigues pour amener son détrônement.
La baisse des prix. — Quoique Ibrahim fût jaloux de l'influence des seigneurs, il ne négligea jamais les intérêts du peuple. Les récoltes, sous son règne, turent abondantes, et les prix des denrées usuelles incroyablement bas. Il accepta des céréales en payement des revenus et exigea que tous ses vassaux consentissent à être payés en nature. La graisse ne fit jamais défaut; et l'auteur du Tarikh-i-Daudi écrit que les services d'un homme respectable étaient rémunérés 5 iankâs par mois; et que pour 1 bahloli une personne pouvait voyager de Delhi à Agra, et que cette somme suffisait pour son entretien et celui d'un cheval et d'une petite escorte pendant tout le voyage1.
1. Tarikh-i-Daudi, Ms. de l'Université d'Allahabad, p. 137. Elliot, IV, p. 476. Un barème des prix est donné dans l'ouvrage susdit, le voici :
1 bahloli 10 manns de grain
» » 5 sirs de ghi
» » 10 yards de drap.
Le Bahloli prit la place de la paisa. Abul-Fazl dit que sa valeur
Révolte du prince Jalal. — Comme nous l'avons dit plus haut, la sévérité inconséquente d'Ibrahim lui valut l'hostilité des émirs Lodi qui complotèrent pour faire monter sur le trône de Jaunpur son frère le prince Jalal. Afin d'exécuter ce plan, le prince quitta donc Kalpi et assuma la charge du gouvernement de Jaunpur. Mais Khan-i-Jahan Lodi, un des plus distingués parmi les émirs de Sikandar, n'approuva point ce plan; il réprimanda les nobles de leur conduite peu diplomatique, et leur montra les dangers d'une double souveraineté. Ceux-ci reconnurent leur erreur et envoyèrent Haibat Khan auprès du prince Jalal, afin de le convaincre d'abandonner Jaunpur; mais Jalal refusa. Alors le Sultan envoya Shaikhzada Mahmoud, Malik Ismail, et Qazi Hamid-ud-din Hajib pour lui faire entendre raison, mais le prince prétexta quelque excuse et refusa de s'en retourner1. Ibrahim décréta alors un firman, par lequel il ordonnait aux émirs de ne prêter aucune attention aux ordres de Jalal, et les menaça de châtiments sévères s'ils désobéissaient à cette [injonction. A force de cadeaux, il se concilia les principaux émirs; Jalal, privé de leur appui, s'allia aux Zamindars et améliora les conditions de son armée. Il qualifia son frère d'usurpateur et demanda secours à Azam Humayun. Celui-ci, qui avait quelque rancune contre le Sultan, répondit à cet appel. Les armées
égalait 1 /40 d'une roupie, et son poids 1 tolah, 8 mashas, 7 rattis (Thomas, The Chronicles, p. 360).
Voir le compte rendu de l'auteur du Zubdat-ul-tawarikh sur la baisse des prix sous Ibrahim dans les Historiens d'Elliot, I, p. 292. Il confirme le Tarikh-i-Daudi.
1. Ce6 circonstances ont été mentionnées diversement par l'auteur du Tarikh-i- Salatin-i- Afghana. Elliot, V, p. 8-9. Voir la note de l'éditeur à la page 9.
528 l'histoire de l'inde au moyen-age
alliées soumirent le gouverneur d'Oudh, Said Khan, fils de Mubarak Khan Lodi, et le contraignirent à se replier sur Lucknow. Ibrahim emprisonna tous ses frères dans le fort de Hansi, et marcha contre Jalal, dont les forces avaient été considérablement diminuées par la désertion d'Azam Humayun. Après un siège long et violent, la forteresse de Kalpi fut démantelée et Jalal s'enfuit à Agra où le gouverneur ouvrit les négociations et lui offrit la possession de Kalpi en toute sécurité, s'il renonçait à ses droits à la souveraineté1. Ce traité, conclu sans l'assentiment d'Ibrahim, enflamma son orgueil illimité, son tempérament violent et sa témérité juvénile, et il ne le désapprouva pas seulement, mais donna ordre d'assassiner le prince rebelle. Jalal s'enfuit, et vint demander protection au raja de Gwalior.
Ibrahim retourna dans la ville d'Agra et s'occupa des affaires de son royaume. La rébellion de Jalal et les intrigues des Afghans avaient aigri son caractère; il disgracia le fameux ministre de son père, Mian Bhua, et le jeta en prison, où il mourut peu de temps après2. Ayant mis ses affaires en ordre, il envoya à Gwalior Azam Humayun, qui prit le fort après un siège prolongé, et Raja Man Singh, que Firishta décrit comme un homme « de grande valeur et de grandes capacités », reconnut la suzeraineté de Delhi. Jalal s'enfuit à Malwa où la froide réception de Mahmoud Khilji le décida à se diriger vers Garh
1. Le Makhzan-i-Afghana (p. 73) dit que Jalal fut apaisé par les douces paroles de Malik Kakar; cependant que Firishta dit que Adam Khan, gouverneur d'Agra, fit à Jalal des propositions de paix sans consulter Ibrahim. Briggs, I, p. 593.