On soupçonna qu'il avait été empoisonné
Kantak1 mais il fut pris en route par les Zamindars de Gondwana, qui l'enchaînèrent et l'envoyèrent à Ibrahim. Dirigé sur la forteresse d'Hansi, il fut assassiné par ordre du roi, avant d'avoir atteint ce sanctuaire de la misère.
Contre Azam Humayun. — Sur de simples soupçons, le Sultan rappela de Gwalior les nobles ainsi qu'Azam Humayun qu'il fit jeter en prison, lui et son fils Fatah Khan, cependant qu'il privait son autre fils Islam Khan du gouvernement de Kara- Manikpur2.
La disgrâce d'Azam alarma les autres nobles qui se rangèrent sous sa bannière et le poussèrent à la révolte. Si grand était le mécontentement causé par la politique d'Ibrahim, que bientôt l'armée des rebelles se monta à 40.000 cavaliers, 500 éléphants et un nombreux corps d'infanterie, cependant que les troupes royales ne comptaient que 50.000 hommes. Les forces ennemies se rangèrent en bataille, mais se retirèrent dans leurs camps respectifs, lorsque Cheikh Rajû Bokhâri, un saint homme, offrit de régler le différend. Les rebelles demandèrent la mise en liberté d'Azam Humayun et consentirent à licencier leurs troupes si ces conditions étaient remplies. A l'annonce de cette clause, Ibrahim, saisi de colère, envoya un farman à Dariya Khan Lohani et d'autres nobles, afin qu'ils prissent des mesures énergiques pour exterminer les rebelles. Il dirigea contre eux les armées alliées de Bihar, Ghazipur et Oude; un
1. Elliot(I,p.l2)dans sa traduction du Tarikh-i-Salalin-i-Afgharw donne : Garra-Kantak. Le Makhzan a Gurra Kota.
2. Ahmad Yadgar, dans son Tarikh-i-Salatin-i-Afghana, en parle, comme du gouverneur d'Agra.
Inde 34
530 l'histoire de l'inde AU MOYEN-AGE
combat violent eut lieu entre insurgés et royalistes, et voici ce qu'on lit à ce propos dans le Makhzan-i- Afghana :
« Des cadavres entassés couvraient le champ de bataille; et le nombre de têtes jonchant le sol dépassait tout dénombrement. Des ruisseaux de sang couraient sur la plaine, et longtemps après, quand une terrible bataille avait lieu en Hindoustan, les anciens ne manquaient pas d'observer qu'aucune ne pouvait être comparable à celle-ci; frères luttant contre frères, pères contre fils, enflammés d'une honte mutuelle, et d'une bravoure innée; arcs et flèches étaient abandonnés, et le carnage se poursuivait avec glaives, épées, couteaux et javelots1. » Enfin, Islam Khan tomba mort sur le champ de bataille; Said Khan fut pris, et les rebelles vaincus subirent des pertes considérables.
Guerre contre Mewar. — Mewar était alors devenu le plus important des Etats rajpoutes, et son souverain, Rana Sanga, était fameux dans tout l' Hindoustan pour ses exploits guerriers. En vue de l'expédition contre Mewar, Ibrahim mobilisa une immense armée qu'il confia à des généraux expérimentés tels que Mian Husain Khan Zarbakhsha,MianKhan-i-Khanan Farmuli, Mian Maruf, sous le commandement en chef de Mian Makhan. Quand l'armée royale atteignit les territoires du Rana, le Sultan écrivit à Mian Makhan, le priant de s'emparer de Mian Husain et de Mian Maruf et de les envoyer à la cour. Mian Husain eut vent de ce déloyal projet; il déjoua toutes les tentatives de Mian Makhan pour le capturer, entreprit