‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 94 sur 135 · Dorn, Makhzan, p · texte numérisé non relu

Dorn, Makhzan, p

des négociations avec le Rana et se rendit à lui avec 1.000 cavaliers. Mian Maruf demeura fidèle au Sultan en dépit du cruel traitement qu'il réservait à ses vassaux. Mian Makhan,à la tête de 30.000 cavaliers et de 300 éléphants, se porta à la rencontre de l'armée rajpoute; il fut repoussé et souffrit de lourdes pertes; pendant sa retraite, il reçut une proposition de Mian Husain, lui exprimant son consentement à joindre les couleurs impériales, à la condition que, prêt à la bataille, à minuit, Mian Maruf lui fût envoyé. Ce dernier s'avança vers le camp ennemi et fut rejoint par Husain, le traître. Les forces combinées attaquèrent l'armée du Rana par surprise. Les Afghans attaquèrent les Rajpoutes avec une fureur irrésistible et en tuèrent un grand nombre. Quoique blessé, le Rana parvint à s'échapper, mais des partisans abandonnés sur le champ de bataille furent passés au fil de l'épée. Maruf et le traître Mian Husain furent comblés d'honneurs et de faveurs par Ibrahim1.

1. Aucune de nos sources, sauf le Tarikh-i- Salatin-i-Afghana, le Warial-i-Mushia<,i et le Tarikh-i- Daudi, ne mentionne cette expédition. Nizam-ud-Din Badâonî et Firishta se taisent. Nous cherchons en vain une confirmation de ce récit dans les chroniques rajpoutes. Qu'il y eût de fréquentes guerres entre Delhi et Dewan, c'est ce qui ressort des témoignages rajpoutes. Mais il est difficile de se faire une opinion précise sur le résultat, car ni les Rajpoutes ni les musulmans ne signalent une défaite de leur parti. Parlant d'une guerre entre Ibrahim et Rana Sanga, Tod écrit : « Sanga organisa des forces avec lesquelles il tint toujours la campagne, et avant de lutter contre le descendant de Timur, il avait gagné 18 batailles rangées contre les rois de Delhi et de Malwa. Dans deux de ces batailles, il eut devant lui Ibrahim Lodi en personne à Kakrol etGhatoli; dans cette dernière action, les forces impériales furent vaincues avec un grand massacre, laissant un prisonnier de sang royal pour orner ce triomphe de Chittor. » (Tod, Annales et Antiq. du Rûjaslhân, édité par Crooke, I, p. 34<J.)

D'après les exploits de Rana Sanga, mentionnés par des chroniques de bardes, et d'après ses énormes ressources militaires, ad-

532 l'histoire de l'inde au moyen-age

Ibrahim et les barons afghans. — Le Sultan alors, en vue d'affermir sa position, tenta d'exclure les seigneurs féodaux de son empire, mais ses efforts se tournèrent contre lui et précipitèrent sa chute. Le vétéran Mian Bhua avait été victime de sa colère, et Azam Humayun avait été traîtreusement assassiné en prison; les nobles barons eux-mêmes n'étaient pas sûrs de leur vie, et Dariya Khan, Khan-i- Jahan Lodi et Husain Khan Farmuli, de crainte de succomber au même sort, se révoltèrent ouvertement. Husain Khan Farmuli fut assassiné dans son lit par quelque saint homme de Ghanderi, et sa mort tragique ne fit qu'envenimer les sentiments de la noblesse afghane à l'égard du Sultan. Le fils de Dariya Khan, Bahadur Khan, prit le titre de Mohammed Shah, frappa des monnaies en son nom, et assembla une nombreuse armée qui résista efficacement aux attaques du Sultan1. Le mécontentement seigneurial atteignit son paroxysme lorsque Ibrahim se rendit coupable de cruauté envers le fils de Daulat Khan Lodi. Ce dernier avait été convoqué à la cour, mais il s'était excusé, disant qu'il viendrait plus tard et apporterait les trésors de l'Etat. Cependant son fils, Dilawar Khan, qu'il avait envoyé pour prévenir la colère du Sultan, fut jeté en prison, où Ibrahim, lui montrant les victimes de ses caprices royaux suspendues aux murs, lui dit : « Avez-vous vu l'état de ceux qui me désobéissent? » Tremblant de peur à cet atroce

mises même par des écrivains musulmans, nous avons de fortes raisons de conclure que le récit de Ahmad Yadgar concernant la victoire des forces de Delhi sur le Kana est apocryphe tant qu'il n'est pas corroboré par d'autres sources indépendantes.

1. Mohammed Shah avait une forte armée comprenant 100.000 hommes, suivant le Makhzan-i-Afghana et Firishta. Firishta dit qu'il gouvernait le fief de son père jusqu'à Sambhal.

Dorn, Makhzan, p. 76. Briggs, I, p. 597.

spectacle, Dilawar Khan s'échappa avec adresse et raconta à son père tout ce qu'il avait vu dans la capitale. Daulat Khan se mit à craindre pour sa sécurité ; par son fils, Dilawar Khan, il fit proposer à Bâber, souverain de Kaboul, d'envahir l'Hindoustan1. Bâber accueillit favorablement cette proposition qui comblait ses désirs. Daulat Khan semble avoir eu pour réel motif l'idée d'employer le prince Chaghatai à l'établissement de sa propre puissance au Pendjab. Il lui demanda d'envahir l'Hindoustan, afin de placer Alam Khan sur le trône de Delhi, à la place d'Ibrahim, et, en principe, c'est dans ce but que Bâber partit de Kaboul, en 1524. Il marcha sur Lahore qu'il prit après avoir battu des troupes de Delhi venues à sa rencontre. Mais Daulat Khan, qui avait lui aussi

1. Nos sources diffèrent sur ce point. Le Makhzan (p. 77) dit que Daulat Khan forma une alliance avec Ghazi Khan et d'autres émirs du Pendjab, et par l'entremise d'Alam Khan, fit la proposition à Bâber. Firishta dit simplement que Daulat Khan, ne se sentant pas en sécurité se révolta contre le roi, et demanda à Bâber de tenter la conquête de l'Hindoustan. L'invasion de Bâber fut précédée par l'arrivée aux Indes du prince Alauddin (Alam Khan) qui avait échappé à son frère Ibrahim Lodi et résidait à Kaboul. Ibrahim vainquit Alam Khan qui marchait sur Delhi (Briggs, I, p. 598). Alam Khan était l'oncle d'Ibrahim et avait été proclamé roi sous le titre d' Alauddin. Ahmad Yadgar dit que Dilawar Khan fut envoyé pour proposer à Bâber l'invasion de l'Hindoustan. Bâber dépêcha Jahangir Quli Khan avec 2.000 cavaliers mongols pour garder les routes et les frontière. Le vendredi 2e Jour de Chawwal (juillet 1526), il partit pour Peshawar, où Daulet Khan lui offrit 10.000 ashrafis d'or et 20 éléphants. Ibrahim, apprenant cela, écrivit à Daulat Khan d'abandonner ce projet absurde. Mais ce dernier répondit qu'il avait lui-même fait venir Bâber en Hindoustan. Ayant soumis le Pendjab, les Mongols avancèrent sur Delhi, dispersèrent les rebelles qui l'assiégeaient et se préparèrent à rencontrer Ibrahim Lodi {Tarikh-i-Afghani, Elliot, V, pp. 25-27).

Le Tarihh-i-Khan-i-Jahan Lodi, d'accord avec le Makhzan, dit qu'Alam Khan servit d'intermédiaire. Il fut envoyé en Hindoustan, et se détachant des autres Afghans, marcha sur Delhi à la tête de 40.000 hommes. Mais il fut vaincu par Ibrahim. L'auteur raconte alors la bataille de Panipat. Elliot, V, p. 106-107. Erskine, History of lndia, I, pp. 427-32.

534 l'histoire de l'inde au moyen-age

des vues sur le Pendjab, désapprouva cette manière d'agir, et quoique soumis en apparence, il résolut de fausser compagnie à Bâber. Celui-ci, toutefois, ne soupçonnait aucune trahison; il avait confiance en son allié et lui assigna les fiefs de Jalandhar et de Sultanpur. Cependant, les intrigues de Daulat Khan transpirèrent et il tomba en disgrâce; il fut privé de ses fiefs, dont son fils Dilawar Khan reçut la charge. Bâber comprit alors qu'avant d'entreprendre la conquête de l'Hindoustan, il lui fallait augmenter ses ressources et ses forces. Il organisa le gouvernement du Pendjab et se retira h Kaboul. Daulat Khan entra bientôt en scène; il enleva à son fils le fief de Sultanpur, et chassa de Dibalpur, Alam Khan qui se rendit à Kaboul et exposa son cas à Bâber. Celui-ci conclut avec lui un traité lui assurant le trône de Delhi, h condition qu'il lui laissât l'entière possession du Pendjab. Alam Khan regagna l'Hindoustan, muni d'instructions pour [les généraux de Bâber, mais il fut de nouveau vaincu par Daulat Khan, qui l'incita à violer le traité conclu avec le prince mongol. Les deux alliés, à la tête d'une nombreuse armée, marchèrent alors sur Delhi, et défirent Ibrahim par surprise, dans une attaque nocturne. Mais le lendemain le Sultan rassembla ses hommes, chargea vigoureusement contre l'ennemi, et le chassa en lui infligeant de lourdes pertes.

Les Uzbegs menaçaient Balkh; Bâber y mit bon ordre, puis il tourna son attention vers l'Hindoustan. Les événements des derniers mois l'avaient convaincu de l'impossibilité de garder le Pendjab d'une manière permanente sans imposer une sanglante défaite à la puissance afghane de Delhi. Les Afghans, il est évident, n'étaient dignes d'aucune confiance; leur

déloyauté avait été amplement prouvée; aussi Bâber résolut-il de ne compter que sur lui-même pour conquérir l'Hindoustan. « Mais les intrigues de Daulat Khan, fait à juste titre observer le professeur Rushbrook-Williams,et la déloyauté d'Alam Khan, avaient modifié toute la situation. Dorénavant il ne pouvait être question du prétendant Lodi, qui s'était montré indigne du sacrifice du sang d'honnêtes gens. Bâber luttait contre tout venant, d'abord parce qu'il considérait le Pendjab comme devant lui appartenir de droit, ensuite parce qu'il était convaincu que l'occupation permanente du Pendjab était le commencement de la conquête de l'Hindoustan, finalement parce que la situation politique semblait offrir la perspective de durs combats et d'aventures hasardeuses dont son âme avait soif1. »

Bataille de Panipal, 1526 ap. J.-C. — ■ Bâber partit de Kaboul avec 12.000 hommes et parvint au Pendjab où Dilawar Khan, fils de Daulat Khan Lodi, le rejoignit. L'arrivée de Bâber surprit les esprits; Daulat Khan, convaincu par expérience de l'inutilité de la résistance, se soumit, et Bâber, chevaleresque comme à son ordinaire, lui pardonna, et lui confirma, ainsi qu'aux membres de sa famille, la possession de leurs villages. Il dispersa les factieux afghans du Pendjab et se dirigea sur Delhi. « Posant le pied sur l'étrier de la résolution, écrit-il dans ses Mémoires, et prenant en main les rênes de la foi, je marchai contre le Sultan Ibrahim, fils du sultan Sikandar, fils du Sultan Bahlol Lodi Afghan, en possession de qui la cité et le royaume de l'Hindoustan étaient à cette époque. »

1. Rushbrook- Williams An Empire-builder of the Sixleenlh Century, p. 124.

536 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

Il reçut promesses d'assistance de la part de Rana Sangram Singh du Mewar, mais ce dernier ne semble pas avoir pris part à la campagne. Le 21 avril 1526, se disputa la fameuse bataille de Panipat, où Ibrahim Lodi fut complètement vaincu, et perdit la vie dans un combat désespéré avec 5000 ou 6.000 de ses plus braves guerriers. Le succès des Mongols contre les forces de Delhi fut entièrement dû à « l'habileté du chef, et à l'effet irrésistible de savantes combinaisons de cavalerie et d'artillerie ». La victoire de Panipat marqua la chute de la dynastie Lodi, et le commencement du règne des Turcs Chaghatais qui remplacèrent les Afghans en Hindoustan.

Page 1