Le Ouchr est la dîme donnée à l'Etat musulman
4. Le Kharaj était au début une taxe foncière sur les tribus non musulmanes (Hedaya, II, p. 204) mais c'est maintenant une taxe ou rente foncière due à l'Etat. Hughes, p. 655, 769.
540 l'histoire de l'inde AU MOYEN-AGE
orthodoxe et de la populace, détruisit les fondements de son empire en voulant rétablir des conditions peu convenables à l'esprit de l'époque1. Les gouverneurs musulmans d'autres pays, en adoptant la même politique, s'exposèrent aux mêmes conséquences.
L'arrivée des musulmans aux Indes marqua l'aube d'une nouvelle période; l'histoire de la conquête politique en a déjà été relatée précédemment. Les premiers représentants de la foi musulmane furent les Arabes qui envahirent les Indes au commencement du vine siècle; ils se montrèrent plus civilisés que les Turcs qui les suivirent deux siècles plus tard, et trouvèrent la société hindoue dans une période de déclin. Après la mort de Harsha, un siècle de confusion politique avait fait naître un grand nombre de petits Etats qui souvent se dressaient en camps hostiles. Quoique affaiblie au point de vue politique, l'Inde n'avait rien perdu de sa grandeur philosophique et spirituelle. Les Arabes, en entrant en contact avec les Hindous furent impressionnés par la profondeur et la subtilité de leurs spéculations philsoophiques. Combien méprisable semblait leur propre civilisation en comparaison de cette ancienne culture hindoue, si variée et si admirable, en dépit des vicissitudes politiques de l'époque. Al-Birouni a fait de la société hindoue dont il fut un témoin oculaire, une peinture très vivante, et nous pouvons, par sa relation, nous rendre compte du haut degré de civilisation que les Hindous avaient atteint. Cependant l'esprit philosophique et religieux du peuple de l'Inde le rendit suprêmement indifférent aux révolutions politiques et paralysa en lui l'énergie et la capacité
1. Cf. la description du Khalifat dans Kremer, Orient under thc Caliphes, p. 218-40.
d'agir qui auraient pu lui permettre de lutter contre des ennemis aussi puissants que les Turcs; avec un dédain profond et patient, il subit ses nombreux envahisseurs, et lorsque arrivèrent les musulmans, il adopta à leur égard la même attitude indifférente. La classe guerrière, dont la chevalerie, la bravoure, la loyauté et l'honneur sont sans égaux dans l'histoire du monde, était déchirée par de continuelles dissensions et incapable d'opposer une masse unie aux attaques ennemies. Le Rajpoute était humilié; sa puissance politique était détruite, et ses conquérants traitaient avec mépris sa noble descendance. Cette conquête ne fut pourtant que matérielle comme le fut celle des Grecs par les Romains. Le grand héritage spirituel de l'Inde n'en fut point troublé; les Hindous éprouvèrent une répulsion instinctive contre ces Turcs barbares qui n'avaient à se glorifier d'aucune culture, et dont l'amour du pillage égalait le zèle iconoclaste. On a beaucoup parlé de la simplicité de la foi musulmane, et de l'attraction que son caractère rationnel exerçait sur les Hindous d'une certaine classe, qui avaient été victimes de l'arrogance et de l'égoïsme des Brahmanes1. Il est vrai que la religion de l'Islam, si complètement dénuée de toute subtilité théologique, n'exige pas une grande puissance de compréhension intellectuelle, et sa principale doctrine est universellement acceptée. Cependant la conception monothéiste de Dieu — thème fondamental de la religion musulmane — était connue des Hindous bien avant qu'elle ne fut prêchée