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bogu est peut-être un emprunt du slave; voir p. 57, note

la description exacte des phénomènes célestes, alors que les traits accessoires des mythes sont « presque toujours le produit subjectif de la fantaisie, qui les invente conformément à la logique interne du récit pour l'étoffer et le faire tenir debout ». Les mythes ne sont pas « des chapitres de météorologie tournée en charades ».

M. Oldenberg (Religion des Vecla, 1894) explique une partie du Yeda par la tradition indo-européenne: il demande à cette tradition « le moins possible, mais ce minimum même, il croit devoir le défendre pièces en main », aussi difficile aux comparaisons grecques ou germaniques qu'il est complaisant aux influences sémitiques. Barth garde une sympathie plus chaude pour les explications mythiques : « M. Oldenberg, dit-il, abandonne bien des positions que j'eusse été bien aise de le voir défendre, et j'estime que nous ne sommes pas encore réduits à son minimum » (IV, 25 i). Aujourd'hui les linguistes pensent qu'Oldenberg fut beaucoup trop généreux. Le minimum d'Oldenberg disparaît presque tout entier dans La religion indo-européenne de M. A. Meillet.

Le dieu indo-européen est céleste et lumioeux, immortel, donneur de biens. Mais nous n'avons pas de mots indo-européens relatifs au lieu du culte, au sacrifice, à l'idée du sacré, au prêtre : « Ceci s'explique aisément si l'on songe que de l'indo-européen on ne possède que les termes généraux, ceux qui étaient en usage sur l'ensemble du domaine. Or, le culte de l'homme peu civilisé est essentiellement le culte de la tribu... Le manque de termes communs indique l'absence d'institutions communes... Et dès lors on comprend pourquoi il n'y a pas de nom de dieu particulier qui soit indo-européen ; chercher à retrouver en indo-européen un nom de dieu, c'est supposer un

culte commun à l'ensemble des populations dont la langue est désignée par le nom d'indo-européenne ; cette hypothèse n'est pas très vraisemblable a priori, et, le fut-elle, elle ne se vérifie pas. On s'est donné beaucoup de mal pour retrouver dans l'Inde les dieux helléniques et, en Grèce, les dieux hindous, et l'on n'a abouti à aucun résultat. Tous les rapprochements qu'on a proposés viennent se heurter aux lois strictes des correspondances phonétiques... » {Linguistique historique, 331).

L'extrême rigueur qu'on a reconnue aux « lois phonétiques » a fait écarter le plus grand nombre des rapprochements d'abord établis entre les mythologies et les panthéons des peuples indo-européens. C'est une hérésie d'identifier Gsoç, qui suppose un dh initial, et deus. Mais une étude attentive révèle « dans l'étymologie indo-européenne quelques accidents phonétiques inattendus qui ont atteint le consonnantisme des racines » ; on relève dans Je vocabulaire familier et dans la langue religieuse des anomalies bizarres : « Il y a par exemple des noms des parties du corps qui présentent dans chaque langue des formes divergentes, irréductibles à un prototype commun, pas assez divergentes cependant pour que l'on ne doive pas admettre une parenté d'origine ». Il y a des mots sacrés « auxquels s'attachait une vertu mystique et qu'on devait éviter de prononcer » ; ou bien on remplaçait ces mots tabous par des équivalents, ou bien cette interdiction avait pour effet « de déformer un mot existant ». — Les noms propres paraissent d'ailleurs, de leur nature, soumis à des lois phonétiques spéciales. C'est donc avec prudence que nous condamnerons, par le sévère verdict de la linguistique, des rapprochements par ailleurs plausibles : on peut soutenir que « la

phonétique des noms de dieux n'est pas celle des autres mots » *.

i. On a très bien dit que, « plus que toute autre histoire, l'histoire des religions a besoin de textes, et de textes conçus dans la langue même du peuple étudié. Il est donc impossible de faire l'histoire ancienne des religions pour les peuples de langue indoeuropéenne ». (Meillet, loc. cit.) C'est l'évidence même. Toutefois, non contents de décrire la religion indo-européenne, linguistes et philosophes étudient la psychologie et les origines de cette religion. Chacun trouve dans les étymologies, dans les mythes ou dans les rites, la confirmation de ses vues personnelles sur la préhistoire de l'humanité.

Max Mûller faisait de l'antique Arya l'adorateur de l'infini vaguement protestant que révèle la profondeur de l'empyrée. Le ciel, le soleil, la lune, l'orage ont eu de chauds partisans; on a beaucoup discuté sur l'animisme3 le culte des mânes. Plusieurs sont persuadés, à bon droit, que la magie, la démonologie, l'exorcisme, sont parmi les éternels éléments des croyances humaines; mais ils prennent grand peine à montrer le caractère exclusivement « sauvage » ces idées ar-indo-européennes et indo-européennes. Le mot allemand « Gott » correspond au sanscrit huta qui signifie « évoqué », donc « évoqué par une conjuration magique ». Le mot Osoç est pour Ovesoç, donc

vxVt^ ^endryes, La famille du latin mundus, « monde », MSL. XVIII, 305-310 (très joli, mais douteux). - Meillet, Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indoeuropéennes (1906), dans Linguistique historique, p. 281; aussi MSL, XXII, 142, 226.

Il parait bien que Barth n'était pas disposé à sacrifier le rapprochement Varuna-où?avo;: « L'équation présente des difficultés ; mais parmi celles qui portent sur des mots devenus noms propres combien en est-il qui soient de tout point satisfaisantes? » (J. des savants, 1896, p. 389). K

d'une racine dheves, « souffler », donc le sens primitif de Ô£oç est « génie malfaisant » (Feist).

Ces exagérations manifestes rendront prudents les chercheurs qui suivent la voie ouverte par Lang, Gaidoz, Tylor et les ethnographes. Nous savons, depuis longtemps, que l'étude des sauvages contemporains éclaire la préhistoire: « En général il n'y a pas de meilleure méthode de percer les voiles des points de l'antiquité peu connus, que d'observer s'il n'arrive pas encore quelque part sous nos yeux quelque chose d'à peu près pareil ' ». Mais encore faut-il distinguer les temps, les lieux, les races, les Brahmanes et les Çûdras.

Parmi les opinions à la mode, nous signalerons celles de deux savants, le premier, un vétéran du védisme, le second, linguiste hors pair. D'après Léopold von Schrôder 2, la religion indo-européenne a trois racines — l'adoration des phénomènes naturels personnifiés, le culte révérenciel des esprits des morts, la foi en un Dieu qui, par essence, est la loi morale: cette foi dérive de l'idée du devoir et d'un raisonnement très simple par laquelle on attribue à

1. Président de Brosses, Le culte des dieux fétiches, 1760, p. 15, cité par Gh. Michel, Revue Hist. et Lit. religieuses, V, p. 529. — Gaidoz, dans Revue Hist. des Religioris, 1905, I, p. 402 cite Fontenelle : « Je montrerais peut-être bien, s'il le fallait, une conformité étonnante entre les fables des Américains et celle des Grecs ». — De Brosses : « Les Celtes étaient un peuple à demi-sauvage. Il est naturel de retrouver chez eux le même fond de pensée que chez plusieurs autres sauvages », et Benjamin Constant : « Les détails dans lesquels nous sommes entrés en traitant de la religion des hordes sauvages étaient d'autant plus indispensables que dans cette religion sont contenus les germes de toutes les notions qui composent les croyances postérieures ».

2. Reden und Aufsâtze vornehmlich ùber Indiens Literatur und Cultur, Leipsick, 1913. — Je traduis ici un fragment du compte rendu de A. B. Keith, JRAS. 1914, 1071-1078. — La théorie du dieu suprême, dieu moral, non objet du culte, doit beaucoup au Père Schmidt qui a consacré plusieurs mémoires à ce problème dans Anthropos.

un législateur la loi que reconnaît la conscience. Ce Dieu, on l'identifie avec le dieu du ciel, le Dyâuspitar des Indiens, Zsuç xaTTjp, Jupiter, Zio-Tyr des Germains, Pappoos ou Pappayos de la Bithynie et des Scythes; on constate sa puissance dans la lumière ouranienne, dans le ciel étoile, dans la foudre. Les divers peuples indo-européens ont diversement fractionné et développé cette grande figure *. — Probablement, les Indo-européens ne rendaient pas de culte à leur Dieu : on sait que, chez les « primitifs » modernes, aucun culte n'est rendu au dieu suprême. Le culte y est réservé aux déités et esprits de second rang sur lesquels la magie a prise. Le vrai culte de Jupiter consiste à respecter sa loi éternelle.

Pour M. Meillet, à l'époque indo-européenne, <a astres et phénomènes naturels sont divinisés sous leur nom ordinaire ». — Parjanya, dans l'Inde, est le dieu de l'orage, mais le dieu slave qui lui correspond, Perunù, est l'orage même, le tonnerre, la foudre. Les Indo-européens adoraient le phénomène naturel luimême; ils adoraient le ciel, dyêws, dyâus, Zsuç. « Seulement, il a pu arriver que ce nom [de dyêws] ait été réservé au ciel en tant qu'être divin, et que le ciel matériel ait reçu un autre nom ; c'est ce que l'on observe en grec et en latin ; alors il n'est presque plus sensible que Zsuç ou Jupiter soit le ciel, et l'on y sent de plus en plus un simple dieu personnel; ce sont là des faits proprement romains et grecs, et qui ne remontent pas à la période indoeuropéenne ». — M. Meillet signale un dieu d'un autre type. Le nom de Mitra est apparenté au slave mirù, « paix », et se rattache à une racine qui si-

1. Je préfère la thèse de Darmesteter, Le dieu suprême de la mythologie indo-européenne, Contemporary review, oct. 4879' Barth Bulletin 1880 (I. 270).

gnifie « échanger ». L'Avesta éclaire sur le sens primitif: « mithrô désigne à la fois le « contrat » et le dieu Mihtra1 ». On peut conclure que ce dieu n'est que le contrat divinisé: « En tant qu'il est le contrat divinisé, Mitra est celui qui apporte la sanction du contrat; il voit donc tout et même ce qui est caché; il est l'œil qui voit tout; et comme le soleil est lui aussi l'œil du ciel, l'œil qui voit tout, Mitra est rapproché du soleil, ce qui l'a fait prendre pour un mythe solaire... » Ce qui s'est passé dans le domaine indo-iranien a pu se passer avant la séparation des dialectes, ce qui est arrivé au « contrat » a pu arriver à d'autres faits sociaux: donc, chez les Indo- Européens : « Le dieu n'est pas une personne ayant un nom propre : c'est un fait naturel et social auquel on attache une importance particulière... le culte s'adresse non à des êtres autonomes mais aux forces naturelles et sociales elles-mêmes * ».

On pourrait longuement épiloguer sur ces remarques. Je n'ai pas grand goût pour les origines « kantiennes » que Schroeder assigne à Jupiter dont il fait la pure projection de la conscience morale au firmament ; d'autre part, j'incline à croire qu'on adora, non pas la foudre, mais le dieu qui foudroie, non le contrat et la force magico-sociale qu'il dégage, mais le dieu qui veille sur le contrat. Le Ciel-Père est un être personnel, anthropomorphique, comme l'indique son titre de Père ; les devas — ôsoi donnent des biens aux gens qu'ils aiment. Quand vous essaierez de faire, parmi les conceptions religieuses, le départ du

1. Meillet, Le dieu indo-iranien Mitra, JAs. 1907, II, 143-159 ; Linguistique historique, pp. 332-334. L'opinion de M. Meillet a été généralement adoptée, par exemple H. Petersson, Studier tillegnade Esaias Tegner, Lund, 1918, p. 223. Mais je ne suis pas du tout convaincu.

vieux et du neuf, souvenez-vous de l'excellente théologie de H. Oldenberg : « Si l'on n'admettait jamais pour ancien que ce dont on a pour garants des textes anciens, les concepts nouveaux [c'est-à-dire attestés par des sources tardives] seraient sans racines dans le passé ».

La langue indo-européenne a été reconstruite par les grammairiens pour rendre compte des concordances qui existent entre la plupart des langues de l'Europe et trois ou quatre langues de l'Asie. Les Indo-européens, comme leur nom aussi l'indique, sont le peuple qui a dû parler cette langue. Quel était ce peuple, où et quand il vivait, nous n'en savons rien. Tout cela est de la préhistoire.

Nous entrons dans l'histoire avec les Aryas ou Indo-iraniens '. Les Indo-iraniens — c'est-à-dire le groupe des tribus qui, séparées, aboutiront aux primitifs Indiens de langue indo-européenne et aux Iraniens — se donnaient le nom d'Aryas. Nous connaissons très suffisamment leur langue ; nous avons des clartés précises sur bien des traits de leur civilisation; nous sommes à peu près fixés sur leur

1. On recommande vivement A. B. Keith, Early Ris tory of the lndo-Iranians, Bhandarkar commémoration volume, Poona, 1917, p. 84.

habitat; enfin leurs contacts avec les peuples de la Mésopotamie et de l'Asie Mineure nous renseignent sur la date de leur présence dans cet habitat. C'est le commencement de Phistoire des nations indo-européennes: c'est aussi le commencement de l'histoire de l'Inde, car cette première période de Phistoire des tribus indo-européennes dans l'Inde que l'on appelle la période védique, n'est que le prolongement de Pindo-iranisme ou de la civilisation aryenne.

§ i. — Linguistique iranienne.

1. Bien qu'on puisse expliquer, par des faits de dialectologie indo-européenne *, quelques-unes des différences qui distinguent les langues indienne et iranienne, on tient que l'iranien et l'indien sont deux dialectes, deux formes diversement évoluées d'une même langue, l'indo-iranien ou l'aryen. Il y eut une unité indo-iranienne. Cette unité n'est pas, comme l'unité italo-celtique ou l'unité germanique, un postulat de la linguistique. Des faits très nombreux la démontrent et elle est encore en quelque sorte attestée par le nom que se donnent, dans l'Inde, les castes et clans admis dans la société religieuse dirigée par les brahmanes, àryas, et le nom que prend Darius, le roi achéménide : « Darius de famille aryenne (ariyacithra) » 2. — D'ailleurs, nous ne pensons pas que tous les Indo-iraniens aient pris ou reçu le nom d'Aryas: ce nom a, dans l'Inde, une valeur religieuse

1. Meillet, Dialectes, p. 27. — L'isoglosse de la chute de la voyelle indéterminée tombe entre l'Iran et l'Inde. Pour « fille », on a un mot de trois syllabes en grec et en indien : ôuyo^P» duhita ; un mot de deux syllabes en zend comme en germanique dugda, dauhtar.

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