Mais on dit : subjove frigido
cile est donnée, en termes excellents, par le plus ancien des exégètes hindous, Yâska : « A l'image de l'homme, disent les uns; car ils sont doués d'intelligence, comme on le voit par les louanges qu'on leur adresse et par les noms qu'on leur donne ; et les membres, les attributs ou instruments, les actes qu'on leur prête sont de même nature que ceux des hommes. — Non, dit-on d'autre part, ils ne doivent pas être à l'image des hommes; car ce qui d'eux se voit n'est pas semblable à l'homme, par exemple le feu, le vent, le soleil, la terre, la lune » (Nirukta, VII, 6-7 apud Barth, IV, 256).
Le plus grand nombre des dieux sont, dans le Veda, conçus à l'image de l'homme; pour les autres, « l'anthropomorphisme s'est arrêté à des degrés divers » (Barth I, 14). Au temps indo-européen, le panthéon présentait sans doute la même variété : « des rois et des héros célestes », tels, par exemple, les Dioscures- Açvins ; des êtres rebelles, par leur nature, à l'anthropomorphisme : tel le feu, le meilleur ami de l'homme et le plus proche des dieux, dieu universel et dieu du foyer, dieu aussi des rites magiques et des exorcismes, un et multiple. Pour n'avoir pas d'autre nom que le « feu », tout en étant le feu, Agni-ignis lit. ugnis est une personne, comme l'indique son genre grammatical; de même les « eaux », les Apas, sont des personnes, des choses vivantes, des femmes (Comparer Meillet, Linguistique, 224).
2. L'italien-celtique d'une part, l'indo-iranien de l'autre ont conservé un grand nombre de mots qui manquent aux autres langues. C'est une longue liste. M. J. Vendryes (MSL. XX, 265, XXI, 40) fait observer que ces correspondances entre les deux groupes de langues les plus éloignés de la famille, portent notamment sur des termes relatifs à la religion, au
sens le plus large de ce mot : bien des choses sacrées dans les temps anciens ont été, depuis, laïcisées. Il y a eu par exemple un nom « sacré » ou « religieux » et un nom profane du feu, de Peau, etc. ; la vache du sacrifice n'était pas désignée par le nom vulgaire. — Les équivalences proposées par M. Vendryes ne s'imposent pas toutes avec la même force, et il prend soin de le dire : mais plusieurs sont très curieuses et lient la conviction. Avec lui, nous croirons que le flamen porte le môme nom que le brahmàn, que l'officiant védique prabhartar correspond au prêtre ombrien arsfertur ; que sepelire, « rendre les honneurs funèbres », est la version latine de saparyati, « rendre hommage ». Censere, carmen, çamsati ont conservé la valeur liturgique du mot indo européen, de même credo et çraddhâ « confiance dans les vertus de l'offrande » (MSL. XVIII, 60 ; XXII, 217), de même purus et pûta. Ensis n'a pas d'autre répondant que le sanscrit asi: « Il s'agit vraisemblablement à l'origine d'un couteau sacrificatoire devenu ultérieurement une simple arme ». Opus est un mot laïque : mais apas désigne le sacrifice. De ces rapprochements, dont nous citons ici des exemples sûrs et douteux, on doit tirer d'importantes conclusions : « L'Inde et l'Iran d'une part, de l'autre l'Italie et la Gaule ont conservé en commun certaines traditions religieuses, grâce au fait que ces quatre pays sont les seuls du domaine indo-européen à posséder des collèges de prêtres. Brahmanes, druides ou pontifes, prêtres du védisme ou de Tavestisme, malgré des différences qui ne frappent que trop les yeux, ont tout de même ceci de commun de maintenir chacun une tradition antique », tradition que révèle le vocabulaire celto-latinindo-iranien (voir ci-dessous, p. 56).
Complétons ce vocabulaire par les mots qui sont,
en outre, attestés en slave : ignis-agnis ognï, « le Feu », la louange religieuse (grates); enrichissons-le, si nous voulons, des termes propres seulement au slave et à l'iranien : svetû « saint » et zend spentô, bogû « dieu » et zend baga, etc. i; et encore, avec des réserves plus accentuées, des termes propres à Tindo-iranien : car tout porte à croire que Pindo-iranien, pour la religion comme pour la langue, reste le témoin le plus complet, celui qui a le moins oublié; mais nous admettons a priori qu'il a appris beaucoup de choses nouvelles. Les Asuras de l'Inde, qu'explique le zend ahù-, ahuro, « maître », sont des puissances divines distinctes des « dieux » (deua, dei); mais le latin erus, esa, « maître, maîtresse », ne nous autorise pas à reporter les Asuras à l'époque indo-européenne.
3. Plusieurs parmi les mythes qui embellissent la biographie des dieux et permettent de les identifier sous leurs noms divers, remontent à l'époque indoeuropéenne : « la victoire sur le dragon qui retenait les eaux, ou l'orage, la délivrance des vaches rouges de la caverne du brigand, ou l'apparition de l'Aurore, la descente d'Agni, ou l'éclair, l'union des Açvins et de Sûryâ, ou de l'étoile du matin et du soleil ». Mais l'école de Max Mûller a indûment multiplié les mythes indo-européens, et méconnu la part que réclame, dans ces vieilles histoires, « le symbolisme des primitifs et la psychologie de l'homme sauvage » ; elle n'a pas su diversifier ses explications : « rien n'est fatigant comme la monotonie, et le soleil commence à paraître si encombrant en mythologie! » Cette école, plus grave erreur, a voulu que les récits mythiques, dans tous leurs détails, fussent à l'origine