Ci-dessous, p
Varuna — avec ses subordonnés, les Adityas, qui sont plus ou moins conçus à son image — occupe une place à part dans le panthéon védique : s'il fut jadis le ciel, le dieu du ciel, le ciel nocturne, nous ne le savons pas au juste1: ses attaches ou origines physiques sont, vagues et n'ont pas d'importance; il n'est pas un dieu mythique. « Sa grandeur est essentiellement de nature spirituelle et morale. En lui... se résument et culminent les notions d'ordre, de loi, de justice, de vérité, de sainteté... Il faut-être pur devant Varuna : aussi n'approche-t-on de lui qu'en tremblant. » — Ce dieu, qui n'est pas mythologique, n'est pas non plus un dieu du « sacrifice védique » : on ne le gorge pas de soma comme Indra; on ne lui dit pas : do ut des. Gomme les autres grands dieux, on célèbre sa force, sa puissance de démiurge ; mais sa grande originalité est qu'il est le vengeur des lois, de ses lois. Son culte a un prêtre spécial et n'est entré que partiellement dans le rituel classique qui relève des grands sacrifices plus ou moins publics : « Ce culte a dû consister surtout en pratiques individuelles de propitiation et d'expiation d'un caractère sévère et peutêtre sinistre : la légende y associe le sacrifice humain » 2 __ Cette figure n'est certainement par la création des chantres védiques: ceux-ci l'ont hérité des Indo-iraniens, et l'ont, ensuite, modifiée. En Iran, elle fournit à Ahuramazda l'essentiel de sa personnalité morale 3.
t £££ T^L^ J^et 1806, p. 389 (IV ^ Sur *
conception aryenne du péché, V. Henry, Pansme (1905), chap. VI. Casartelli, Vidée du péché chez les Indo-iraniens, congres scientifique des catholiques, Fribourg, 1898 ; article Sin (iraman) < ans Hastings XI, 562-566; Keith, article Sin (hindu) , ibid., 560-562.
3. Origine sémite de Varuna, voir ci-dessous p. 77. - A. Larnoy, Moral deities of Iran and India and their origins, Am. J. of tneology, 1917, 58.
II. Les ressemblances, qui vont parfois jusqu'à l'identité, sont nombreuses entre l'ancien iranismeet le védisme. Elles intéressent le domaine entier des idées morales et religieuses : théologie et mythologie, liturgie, eschatologie, système pénitentiaire. Il n'entre pas dans notre intention de signaler tous les points où s'affirme l'existence d'une tradition commune et déjà élaborée : rien qu'à glaner dans la Religion du Veda d'Oldenberg, on recueille une belle moisson. C'est vraiment à tort que Pischel et Geldner (Vedische Studien, I, p. xxix) disent que la langue seule fait la parenté du Veda et de la religion avestique : le Veda est tout hindou et brahmanique dans son esprit, mais sa lettre est souvent indo-iranienne1.
1. Tous les clans primitifs ont une cérémonie religieuse pour fêter l'admission de l'adolescent parmi les hommes faits. YSupanayana védique a une contre partie exacte dans l'imposition avestique du cordon (Oldenberg, 400). — Les tribus iraniennes et védiques sont divisées en quatre classes : prêtres, guerriers, maîtres de maison, manœuvres (ci-dessous, p. 158).
2. Les trente-trois dieux de l'Avesta, les trente-trois dieux du Veda sont de même formation : « le type même de tous ces dieux qui traversent les cieux sur leurs chars de combat attelés de chevaux, étincelants et loyaux, presque exempts des tares de perfidie, de cruauté ou de licence dont d'autres mythologies les entachent — ce type splendide de l'Arya divinisé n'a point dans la poésie avestique moins de relief que dans le Veda » (Oldenberg, 25). — Les dieux era-
1. Darmesteter, Ormazd et Ahriman; Zend-Avesta, I, 335. Spiegel, Arische Period und ihre Zustânde, 1887. Geiger, Ostiranischc Kultur. Jackson dans Rapson, p. 319-320. Macdonnel, Vedic Mythoio9y> V' 7-8. Hillebrandt, Vedische Mythologie, I, 159, 217, 231,
pèchent la terre de tomber (avapad) ; ils sont fortifiés par l'oblation (263). — L'absence de toute pratique d'idolâtrie dans les documents que nous avons sur l'Inde védique et le vieil Iran est un fait digne de remarque (Jackson, résumé dans «/. As. 1915, I, 360).
3. Varuna-Ahura, associé à Mitra-Mithra, règne sur la vérité, ordre suprême, morale, voie droite : védique rtat avestique asha, iranien de l'ouest arta \ — auquel s'oppose Yanrta, le faux, le mal. « J. Darmesteter a fait ressortir la merveilleuse concordance d'expression (« sources du rta », etc.) qui montre jusqu'à quel degré Veda et Avesta se laissent superposer à ce point de vue » (Oldenberg, 25, 163 et suiv.).
4. Les coïncidences sont frappantes dans le sacrifice (yajna = yasna) où la liturgie possède les mêmes termes techniques, emploie des formules (mantra = mâthra) en prose (exorcismes et bénédictions) de même type originaire (Oldenberg, 23), et parfois les mêmes formules (Hillebrandt, Ritualliteratur, 11). Les fonctions de l'allumeur du feu (agnïdhra) et celles des âtarevaksa — àsnàtare de l'Avesta sont les mêmes. La réforme zoroastrienne qui a converti en termes de haine et de mépris les noms révérés dans le Veda, kavi, usij, « prêtres et poètes sacrés », a probablement éliminé et obscurci bien des détails concordants des deux systèmes.
« A l'époque indo-iranienne le feu occupe le centre d'un culte déjà organisé : à son entretien est préposé un sacerdoce, dont les membres se nomment quelque chose comme « les gens du feu » (atharvan = àthravan) ; ils ne se bornent pas à sacrifier aux dieux par son entremise, ils lui adressent à lui-même des offrandes et des hommages. On le personnifie : c'est