Voir ci-dessous p
un dieu fort, pur, sage, propice à la maison où on se complaît à le servir ; à ses amis, il donne gloire et subsistance, bétail et postérité ; ses ennemis, il les anéantit. » — On se préoccupe des diverses demeures du feu : le ciel, d'où vient la foudre ; le bois, d'où le sacrificateur l'extrait par friction (Oldenberg, 85-86).
Le haoma avestique est le soma védique, la plante sacrée (149) : « de part et d'autre, leurs prêtres l'appellent le roi des plantes, qui croît dans la montagne, que la pluie céleste a nourri, que l'aigle ou les aigles ont apporté; on en extrait le suc par pressurage, on le passe au filtre de laine, on y mêle du lait... L'emplacement du sacrifice est orné d'une jonchée ou d'un coussin d'herbe, qui est censé le siège de la divinité : en védique c'est le barhis ; dans l'Avesta, le baresman; et quoique l'Avesta en ait changé la disposition, il le dit stereta « jonché » tout comme l'Inde l'appelle stlrna... C'est le même prêtre, ici le hotar, là lezaotar, qui récite les prières dont la forme poétique est dans les deux recueils si concordante. Et ces prières portent sur les mêmes objets... » (Oldenberg 25; voir encore 85, 120, 291- 328) 2.
Le sacrifice était simple à l'origine ; les fonctions du prêtre ou des prêtres primitifs ont été multipliées et partagées. — Nous avons une preuve de ce fait dans le nom du prêtre qui, jadis, était chargé de verser le soma, le hotar-zaotar « verseur » : ce prêtre prononçait aussi les invocations aux dieux. Dans le sacrifice védique, la mission du hotar est de réciter les invocations rythmées extraites du Rig-veda; toute la manipulation, très compliquée, avec le soin de prononcer les formules en prose (nioid ou yojus) qui peut-être, à l'origine, constituaient toute la partie parlée du rite, appartient désormais à Yaclhvaryu et à ses acolytes. Avant la séparation indo-iranienne, le rite
du soma avait déjà pris telle ampleur que le nombre des officiants était grand : malheureusement il n'y a pas accord parfait entre les usages avestiques et védiques. (Sept, seize, dix-sept prêtres du soma et huit du haoma, etc.) (Jolly, Ritualliteratur, 11).
Sur le lieu où est né le rituel soma-haoma et le caractère du rite (charme de pluie), V. Henry a des hypothèses fort ingénieuses (Galand et Henry, Agnistoma, Appendice III, Esquisse d'une liturgie indo-iranienne).
5. Le système pénitentiel et de purification — prières, cadeaux aux prêtres, usage de l'urine de vache, etc. — du Vendidad et des livres indiens est au fond le même (Jolly, Recht und Sitte, 117, Hastings, V. 659, 664). Le dualisme a modifié, en pays zoroastrien, la physionomie de ces institutions; mais que la démonologie iranienne prolonge, en la systématisant, la démonologie aryenne, c'est ce que montre l'équivalence druj « mauvais esprit » = druh.
La magie blanche ou médecine (baeshaza =s bhesaja), qui suppose des formules (mâthra = mantra), — les bouddhistes seuls, esprits forts, trouvent mauvais qu'on associe la prière au médicament — se développe dans l'Inde et dans l'Iran avec des emprunts réciproques aux temps historiques (Jolly, Medicin, p. 17; Bloomfield, Atharva, § 50-53). Les souvenirs communs sont très rares; une seule maladie porte le même nom dans les deux langues (pàman); le soma (asclepias acida ou sarcostemma viminalis) « qui possède au reste toutes les vertus des toniques et des substances d'épargne » est le grand médicament à l'époque védique (Gordier, Etudes sur la médecine hindoue, 1894, p. 29). Le culte des plantes et des eaux (Oldenberg, 93) est éminemment thérapeutique K
1. Sur la médecine iranienne, Casartelli, Un traité de médecine
6. La parenté des mythologies est suffisamment marquée par la lutte d'Indra avec Vritra (Oldenberg 24, 111. — Védique Vrtrahan = avestique Verethragna), par le mythe d'Apâm napât (97), par les données communes relatives au Gandharva (206-209). Les Nâsatyas védiques, qui sont les Dioscures, sont représentés dans la littérature avestique par un démon malfaisant, Naonhaithya: mais les tablettes de Boghaz-keui montrent que tous les Indo-iraniens connurent les deux cavaliers célestes, dieux secourables. — Le mythe du védique Trita Aptya (avestique Thraetaona de race d'Athwya) présente cette particularité qu'il offre deux variantes parallèlement développées du conte Géryon-Cacus, et que, dans l'Iran comme dans l'Inde, il justifie les prétentions sacerdotales, le droit du prêtre sur les vaches du laïc (Oldenberg, 119-120).
7 « Communes aux deux peuples, au point de se compléter mutuellement, sont aussi les conceptions relatives à la mort, au premier homme qui en passa le seuil redoutable et devint roi des morts : ici, Yama, fils de Vivasvant ; là, Yima, fils de Vivanhvant » (Oldenberg, 25, 232). Yama-Yima « le jumeau » et sa sœur Yamï-Yimeh sont les premiers-nés des hommes et leurs communs ancêtres (454). L'Avesta a gardé le souvenir de l'âge d'or auquel Yama présida, souvenir perdu dans l'Inde; mais, dans les deux religions, Yama est le roi des morts bienheureux : l'Avesta a deux paradis, celui d'Ahura et celui de Yima, qui sont confondus dans le Veda (467).
L'Avesta possède une eschatologie très précise : « il dépeint, avec un grand luxe de détails symétriques,
mazdéenne, Muséon, 18R6, où sont discutés les identifications des dieux de médecine ; Carnoy, Iranian gods of healing, J. Am. Or. Soc. 1918, p. 294.
le sort des bons et des méchants, le voyage qu'ils font, les uns vers la splendeur céleste, les autres dans les ténèbres infernales ». Le Veda est au contraire indigent sur la croyance à l'enfer. On doit penser que, à l'époque indo-iranienne, les dogmes avestiques n'avaient pas pris une forme solide, mais qu'ils existaient en germe (458 et suiv.) l.
III. Parmi les pratiques iraniennes qui paraissent diverger de la tradition aryenne, il faut signaler celles relatives aux morts et celles relatives au mariage.
1. Pour le zoroastrien le cadavre est impur, car les démons qui causent la mort s'emparent du cadavre ; son contact souillerait la terre, l'eau et le feu ; il doit donc être abandonné aux bêtes et aux oiseaux de proie ; quand les os sont nettoyés, on les recueille dans un astodàn, littérallement « osteothèque » (Ch. de Harlez). Les « tours de silence » sont bien connues 2.
On a fait remarquer que l'Inde, outre l'inhumation et l'incinération, connaît aussi l'exposition des cadavre et l'immersion. Le çmaçâna, que nous appelons « cimetière », est parfois qualifié « cru, non cuit » (dmaka) : c'est un charnier où les corps sont dévorés par les vautours et les chacals 3. Mais, « si les corps des petites gens étaient ainsi déposés dans un endroit
1. Articles State of the dead de Gasartelli (Iran) et de Keith (Inde) dans Hastings, XI, 842 et suiv. — Le voyage du Dante iranien, Barthélémy, Le livre d'Arda Viraf (1881).
2. 0. Menant, Les rites funéraires des Zoroastriens de l'Inde, Musée Guimet, Bibl. de vulgarisation, XXXV, 141-198 (1910); Sôderblom et Gray, Death and disposai of the dead (Parsis et Anciens Perses), dans Hastings; Gray, ibid., XII, 487 sur les pratiques des « Tushes » (Caucase); Dr Khudayar, résumé dans JAs. 1915, I,
3. La plupart des sources sont mentionnées dans le curieux article de Nariman, Quelques parallèles entre le Bouddhisme et le Parsisme, Revue Histoire Religions, 1912, I, 85-86. — Le Bouddhisme n'est pas en cause ici.
commun, on brûlait les cadavres des personnes distinguées » (Rhys Davids, Buddhist India, p. 80).
M. Modi a comparé les rites funéraires des Tibétains et des Parsis !; il conclut « en élucidant l'origine des usages de l'Iran par ceux des Tibétains » qui pratiquent crémation, inbumation, exposition des corps, embaumement, cannibalisme. De cette étude très poussée dans le détail et judicieuse, il résulte que les zoroastriens ont, pour diverses raisons, religieuses ou hygiéniques, condamné toutes les pratiques usitées en Asie Centrale hormis l'exposition, et perfectionné à plusieurs égards le mode d'exposition et de transport (deux porteurs au lieu d'un, etc.). L'inhumation est en usage dans la Perse achéménide : les Achéménides, en effet, ne sont pas zoroastriens.
M. Keith, avec raison, observe que l'exposition a été pratiquée, dans l'Inde, dès l'époque védique, et que, aux témoignage de Strabon, elle était commune aux Massagètes, aux Gaspiens, etc. Il conclut qu'on ne peut pas dire que cette pratique n'est pas « aryenne » 2.
1. The Tibetan mode of the disposai of the dead. Some sidelight thrown by it on some of the détails of the Iranian mode as described in the Vendidad, dans le Jubilee volume de l'école de Jamsetjee Jejeebhoy, 1914, p. 319-312; compte rendu détaillé de D. M[enant] dans JAs. 1915, I, 366. — A. H. Frangke, Antiguities of Indian Tibet, 1914, p. 23, 65, 72 (Art. Penjab dans Hastings, IX, 604).
Dans l'usage brahmanique, les os sont enterrés après incinération ; mais, aux temps védiques, l'inhumation pure et simple n'était pas inconnue, et il y avait encore d'autres pratiques (Keith, JRAS. 1912, 471, 1915, 792). Rigveda, X, 15, 14 : t les pères qui ont été brûlés par le feu et ceux qui n'ont pas été brûlés ».
2. Atharvaveda,XVIII,2. 34, invoque le Feu en faveur de ceux qui sont enterrés, de ceux qui sont t semés «, de ceux qui sont brûlés, de ceux qui sont « élevés » (exposés sur une plate forme ou sur un arbre ?). — Mihabharata, I, 90 : exposition et bètes de proie, incinération, enterrement, immersion. — Albirouni, ch. 73, fort intéressant (trad. Sachau, 1910, II, p. 167).
J. Przyluski, Funérailles de Buddha, JAS. 1918-1920 apporte beaucoup de renseignements précieux (Retard de l'incinération, conservation du corps dans un bain d'huile, comme encore aujour-
2. Le mariage khvaetvadatha f , pour les Parsis modernes, est le mariage des cousins germains ; le témoignage des Anciens montre que les Iraniens ont approuvé le mariage du frère et de la sœur, de la mère et du fils, du père et de la fille. Catulle : magus ex matre et gnato gignatur oportet. Les livres pehlvis (Dïnkart, III. 82, trad. West, p. 399-410) sont d'ailleurs formels.
On a beaucoup discuté si l'ancien Zoroastrisme a approuvé l'inceste — la négative est tenue pour probable — ; si l'inceste est ancien en Perse: d'après Hérodote, avant Cambyse, les Perses n'épousaient pas leurs sœurs ; si la loi mazdéenne qui, non seulement autorise l'inceste mais l'ordonne, n'est qu'une invention des thélogiens, inspirés par les souvenirs mythiques (mariage de Yama et de Yamï) et les combinaisons de la théologie (mariage d'Ahuramazda et de sa fille Armaiti, sanscrit aramati, « la piété » ou « l'obéissance ») ; et encore si cette pratique est indoeuropéenne — on la retrouve chez les Balto-slaves — ou si elle a été empruntée par les Mages à des nonindo-européens. Nous avons ici un des exemples qui montrent le danger de considérer la tradition indoeuropéenne, la tradition aryenne, comme un ensemble strictement défini, immobile et uniforme, de croyances et de pratiques. Mais il n'est pas douteux que l'exo-
d'hui ; transport solennel du corps par des individus de basse condition, par les fils du défunt, par des brahmanes, etc.; dimension du stupa, piliers, etc.) — On pense que les vieilles tombes de de Lauria Nandangarh sont des tombes védiques (vii6-viii8 siècle?), Marshall dans Rapson, p. 616.
1. J. J. Darmesteter, Zend Avesta, I, 126-134 ; Etudes iraniennes, I, 139, Louis H. Gray, Next-of-Kin marriage, dans Hastings, VIII, 456-459; J. H. Moulton, Early Zoroastrianism, 1913, fait des Mages les prêtres sorciers d'une tribu non-àryenne, non sémitique; ils auraient corrompu le Zoroastrisme ancien (voir Keith, JRAS. 790).
garnie, poussée très loin du côté paternel, moins loin du côté maternel, est un des principes du mariage védique et aryen *.
L'Abhidharmakoça (IV. 68) constate que les Perses approuvent « le commerce avec des femmes interdites, mère, etc. ». — Les brahmanes du Gandhâra qui furent aux service de Mihirakula d'après Râjataranginî (ci-dessus, p. 64), et auxquels sont associés les descendants de Barbares (mlecha) qui ont commerce avec leurs sœurs, les Dâradas (modernes Dards), les Bhauttas (origine tibétaine) qui ont commerce avec leurs brus, paraissent être à demi iraniens (voir Stein, Chronicle of the Rings of Kasmîr, p. 46-47 ; S. K. Hodivala, Parsis of ancient India, Bombay, 1920 p. 128).
IV. Emprunts indo-iraniens aux Sémites. — Varuna, dans le Veda, est le chef d'un groupe de dieux, les Adityas qui sont au nombre de sept, parmi lesquels Indra, le porte-foudre, et Mitra, certainement un dieu solaire. D'autre part Ahuramazda est le premier des sept Amesha-spentas « Saints immortels » : Ahuramazda, figure très personnelle, et six divinités de caractère abstrait. « A coté d'eux, et inférieur au seul Ahuramazda, un dieu aussi personnel que lui, Mithra, incontestablement un dieu solaire ».
On peut supposer que le groupe des Ameshaspentas a été refait; que la réforme zoroastrienne, ou une autre réforme iranienne, a subtitué aux compagnons
1. Jolly, Recht und Sitte, 1896, p. 62-63. — Keith a décidément tort [JRAS. 1915, p. 793) de citer, comme une preuve du caractère aryen des mariages khvaetvadatha, le mariage du premier homme, Y:nna, avec sa jumelle : c'est un morceau de mythologie dont l'immoralité a frappé les rédacteurs du Veda. Sont de même sans valeur les contes bouddhiques sur les mariages consanguins des Çakyas, « qui épousèrent leurs soeurs à la manière des chiens et des chacals » pour conserver la pureté de leur race (Narimàn, art. cité, p. 83).
primitifs du grand Ahuramazda-Varuna des entités d'ordre moral, de même qu'elle a obscurci les origines naturalistes de Varuna le grand Asura, rayé Indra de la liste des dieux, etc. — On a dès lors, en Iran et dans l'Inde, sept grands dieux qui sont inconnus ailleurs de la tradition indo-européenne, et dont l'origine est mystérieuse.
Oldenberg pense que ces sept dieux sont le soleil, la lune, et les cinq moindres planètes : « Et, comme rien, ni chez les Iraniens, ni chez les Indiens védiques, n'autorise à supposer la connaissance, la connaissance indépendante surtout, des petites planètes, une dernière conséquence s'impose : que tout ce culte des Ameshaspentas d'un côté, des Adityas de l'autre, leur esL venu du dehors, d'un peuple plus avancé qu'eux daas la connaissance du ciel, des Chaldéens sémites ou accadiens de la Babylonie. Cette thèse... est présentée par M. Oldenberg avec une conviction profondo et avec non moins d'habileté que de conviction. Elle me laisse pourtant incrédule » (Barth, IV. 272).
M. F. W. Thomas se demande si le titre à'asura « maître, seigneur céleste, détenteur d'un pouvoir magique et souverain », n'a pas été emprunté par les Indo-iraniens à leurs voisins de l'Ouest, si Varuna n'a pas pris le nom du grand dieu d'Assur. La conjecture est ingénieuse, mais n'emporte pas la conviction !.
1. JRAS. 4916, p. 384: c This is, I think, a tolerable conjecture, for which, however, I would make no higher claim ». — Sur le sens védique de asura, Bergaigne, Religion védique, III, p. 70 — En ce qui concerne l'étymologie, Ernest Leumann, lndica, I (1907) s'abstient de toute comparaison avec les mots européens; Uhlenbeck, Etymoloyischen Wbrterbuch, 1898 pense à lat. erus, « maître », à vieux haut allemand ans a dieu ».
La question des rapports entre Assur et Asura a été traitée par Ghadwick (Moullon, Early Zorostrianism, p. 32), Belvalkar, Keith {Mélanges Bhandarkar, p. 88), Skôld, JRAS. 1924, 267.
| 3. — Les dieux de Mitant.
1. On signale sur une liste des divinités cassites (xvine siècle avant notre ère) le nom d'une divinité solaire, su-ri-ia, qui est le sanscrit sûrya, soleil1; et encore, mais avec moins d'assurance semble-t-il, un dieu du vent dont le nom se rapproche de marut, et un mot zirna, avec le sens de neige, qui est la forme iranienne du sanscrit hima.
D'autre part, c'est vers la même date (1930) que se place l'introduction du cheval, « l'âne des montagnes de l'est », en Mésopotamie (JRAS 1909, 1114). Le cheval vient de la haute Asie.
De ces données 2 il résulte que, dès la première partie du deuxième millénaire, des gens de parler aryen parcouraient la Bactriane et l'Iran 3.
2. Dès avant la fin du xve siècle, les noms d'allure iranienne sont nombreux. Le roi de Mitani Artatama est contemporain de Tahoutmes IV (1423-1414); son
1. Ed. Meyer, Séances de Berlin, 1908, p. 14; Z. fur vergleichende Sprachforschung, XLII, p. 26. — La tablette, découverte en 1882. a été publiée seulement en 1917 par Th. Pinches (JRAS. p. 101). Muruta est un dieu, mais on ne voit pas qu'il soit le Vent. — La date assignée à ces informations parait peu sûre.
Jacobi et Keith, JRAS. 1909, 726, 1106, discutent ce surias. — M. Keith est un peu brusque: « It is hardly necessary to discuss the significance of the Sun-god àuriyas : no stress can be laid on so isolated a name ».
2. Bonne bibliographie de Kennedy {JRAS. 1909, 1107-1119, Prehistoric Aryans and the Kings of Mitani), qui tire encore parti de l'histoire (?) du commerce du jade, des fouilles de Troie, et cherche a déterminer l'époque troyenne de l'entrée des Aryas en Ba Ariane. C'est dépasser le but.
3. Ed. Meyer, Geschichte, % 573, 590; Keith, JRAS. 1919, p. 1099; Mkillet, Langue grecque 2, p. 35: « Il est probable que depuis au moins le xv° siècle av. J.-C. les Aryas ont été très actifs en Asie ». — Voir ci-dessus, p. 36.
fils, Sutarna, son petit-fils Dusratta, sont en relation avec les rois d'Egypte. Les lettres de Tell-el-Amarna donnent quelque idée de ces souverains qu'entouraient des nobles de leur race (Un Artatama est l'ambassadeur de Dusratta). On connaît aussi d'autres princes dont le nom est fort intéressant, notamment un dynaste palestinien du nom de Suwardata (= sanscrit Svardatta « Ciel-donné »?)4.
On a découvert à Boghaz-Keui — 150 kil. à l'est d'Angora — qui fut la capitale des Hittites (1400-1200), des tablettes portant, en regard d'idéogrammes numériques, les noms de nombre aika (sanscrit eka), panza (sanscrit panca), nà (sanscrit nava)2.
Enfin, dans le traité de paix qu'il conclut avec le roi hittite Subhiluliuma (1380), Mattiuaza, fils de Dusratta, invoque les dieux qui, dans l'Inde, se nomment Mitra, Varuna (le plus grand des Asuras), Indra (le héros de la lutte avec Vritra), les Nâsatyas — qui, dans le système de Zoroastre, seront Mithra, Ahuramazda, le démon Indra dissocié du tueur de Vritra ou dieu de la victoire (Verethragna), le démon Naonhaithya. Il ne semble pas que le texte admette une autre interprétation : ilâni Mi-it-tra-as-si-il ilâni U-ruw-na-as-si-il ilu In-da-ra ilâni Na-sa-at-ti-ia-an-na.
A isoler, dans l'onomastique indo-européenne de l'Asie occidentale, ces noms de dieux, surtout à considérer Nâsatia, on dirait sans hésitation avec Ed. Meyer3 que le roi de Mitani parlait, non pas iranien, mais indo-iranien ou aryen. — Le passage de s aryen un h est en effet une des caractéristiques notables de
1. Sur tous ces noms, Sten Konow, JRAS. 1911, p. 44, Wingkler, Or. Litt. Z. 1910, 298.
2. P. Jensen, Indische Zahlworter in Keilschrisfthittischen Texten, Séances de l'Ac. de Berlin, 1919, p. 367.
3. Séances de l'Ac. de Berlin, 1908, p. 14 ; Z. fur vergleichende Sprachforschung, 42, p. 24.
l'iranien : na-sa-at-ti-ia est antérieur à ce changement phonétique. Mais d'autres noms, Artamanya ('ApTaf/ivïiç), etc., ont figure iranienne. Que les parlers de l'Iran aient longtemps conservé s tout en s'acheminant vers l'état phonétique de l'iranien, cela n'est pas improbable !. On doit admettre a priori que les diverses altérations qui transformèrent l'indo-iranien en iranien n'eurent pas lieu toutes en même temps partout. L'aryen commun n'était pas exempt de variations dialectales remontant pour une part à l'époque indo-européenne, et nous croirons volontiers que, à l'époque des tablettes de Boghaz-Keui, l'aryen de l'Iran se distinguait de l'aryen de l'Inde.
Le problème si la liste divine est écrite en proto-iranien ou en aryen original est donc pratiquement insoluble, et ne présente pas un intérêt majeur. Quelque solution qu'on adopte, les dieux en question sont indoiraniens : c'est le point essentiel.
Mais une autre question se pose qui doit être résolue. D'après M. Jacobi, les dieux de Mitani sont des dieux védiques, des dieux indiens. Les princes de Cappadoce qui les adorent ne viennent pas de quelque province de l'Iran, mais du Penjab ou des confins du Penjab. Cette opinion, comme on va voir, a été défendue par des arguments plus ou moins spécieux. Il faut l'écarter, non seulement parce qu'elle paraît peu conciliable avec la géographie, mais surtout parce que la religion zoroastrienne s'explique bien si Indra et les Nâsatyas furent des dieux aryens, très mal si.
1. D'après Sten Konow, nous avons à Boghaz-Keui un dialecte iranien conservant encore des caractéristiques aryennes disparues ailleurs. Il pense que certains dialectes de l'Iran oriental — qui ont s — sont iraniens et non pas indiens. (JRAS. 1911, 45, citant Bloomfield, On some alleqed IndoEuropaean languages in cunelform character, Am. J. of philology, XXV, I).
comme M. Jacobi l'entend, ils furent de tout temps des démons en Iran.
3. La listo divine de Mitani a, en effet suscité des controverses intéressantes.
a. Signalons d'abord le scepticisme de quelques indianistes: « Que ces noms de dieux soient correctement lus, je dois l'admettre (I must assume); mais, à considérer l'habitude où sont les savants de différer totalement les uns des autres dans la version de ces textes, c'est courir des risques graves » (Keith, JRAS, 1909, 1104).
b. Les noms royaux de Mitani sont d'allure iranienne, Artatama, Sutarna, etc. Mais A. H. Sayce tient pour invraisemblable que ces noms soient indoeuropéens : « Sutarna est de bon mitanien ; on peut prouver que arta est mitanien... Dans Matti-waza, le suffixe est hittite... Le nom que Winckler lit Kharri, je le lis Murri. » (ibid. p. 1106).
Arta est iranien de l'ouest, opposé à l'Avesta asha. Le védique lit rta ; arta est très proche de Pindo-iranien, n'est peut-être qu'une lecture pour rta.
c. Les noms de dieux présentent quelque difficulté. Comme on sait, ilu est un singulier « dieu » ; ilàni un pluriel « dieux ». Nous avons donc, très bien, « le dieu Indra, les (deux) dieux Nasatyas». Mais ilàni précède aussi les noms Mitra et Varuna : faut-il admettre plusieurs Mitras, plusieurs Varunas?1 L'Inde a d'abord eu plusieurs Rudras qu'elle a concentrés en un grand Rudra. — Faut-il, au contraire, avec M. Sten Konow, reconnaître dans les lectures « Les dieux Mitra... les dieux Varuna... », un rendu merveilleusement
1. C'est l'hypothèse de Kennedy {JRAS. 1909, p. 1111) ; voir Keith, ibid. 1104, Jacobi, ibid. 721, Sten Konow, The âryan gods of the Mitani people, 6 — Mitra est ailleurs identifié à Samas, dieu du Soleil (équivalent du cassite Su-ri-ia), sous la forme Mitrasul ; et on ne voit pas qu'il soit jamais au pluriel.
exact de la formule védique qui, d'accord avec la grammaire indienne des composés, traduit « Mitra et Varuna » par un composé binaire où les deux termes sont au duel ? — On fera du suffixe as-si-il (pour lequel on a aussi les lectures as-sil et a-suï), un suffixe comitatif 4 ; on aura « les deux Mitras avec les deux Varunas » = Mitra et Varuna, dei mitrasque uarunasque.
d. Cette explication grammaticale, plus que suspecte, mène tout droit à la thèse du caractère strictement indien des dieux de Mitani, thèse qu'a soutenue M. Jacobi. Ses doctrines sur l'antiquité de la civilisation védique le forçaient à voir les choses sous cet angle. Il assigne en effet, en raison des indices astronomiques de la littérature védique, une date lointaine à l'entrée des Aryas dans l'Inde : le Rigveda serait au plus bas de 3500 à 2500 avant notre ère.
Aussi croit-il que « les dieux de Mitani ont été importés en Asie occidentale par des tribus venues de l'est de l'Iran. Voisines des clans védiques alors déjà haussés à un haut degré de civilisation, ces tribus adoptèrent des dieux védiques et portèrent le culte védique dans leur nouvelle patrie de Mésopotamie. Probablement, l'entrée dans le Penjab leur était interdite: le peuple védique de l'Inde-ouest était alors à l'apogée de sa puissance ; les tribus de l'Iran-est furent obligées d'émigrer vers l'Asie antérieure. »*
M. Sten Konow, qui avait « démontré » le caractère iranien des noms de Mitani et de Tell-el-Amarna3, est
1. C'est l'opinion de Winckler ; Ed. Meyer (§ 569) compare ce suffixe à une des désinences casuelles du koutchéen. Je crois que cette opinion est infirmée par les remarques de Fossey (JAs. 1910, I, 523) : on a une forme Mitraàul (Jensen, Z. fur Assyriologie, 1887, p. 195). Voir encore Bloomfield, John Hopltins Calendar 1908, p. 111.
2. Festgruss an Roth, 72 ; Nachrichten de Gottinguc, 1894, 110 ; /. de la Soc. Or. Allemande vol. 49, 218 ; JRAS. 1909, 721: 1910, 456.