PREMIÈRE PARTIE
L'Inde jusqu'en 300 avant J.-C.
(Notes sur l'Inde avant les Mauryas)
1. C'est un trait quelque peu badin, mais spirituel et à sa place ici, cet épisode du conte de Mûladeva : « L'heure du repas, que doit précéder le bain, arriva. Devadattïï « Dieudonnée », la courtisane, dit à son ami Mûladeva : « Faites venir le masseur ». Mûladeva répondit : « Si vous voulez bien, je vous masserai moi-même » — « Savez-vous masser? » — « Pas très bien, mais je connais des gens qui savent » : na yânàmi sammam param thio janagàna sayàse l,
Je suis dans le cas de Mûladeva, sachant où est la science, mais mal outillé pour écrire un aperçu de l'histoire de l'Inde 2. Mon métier est l'étude de la
1. Dans les Maharastri-Erzâhlungen de Jacobi. — Traduction anglaise de J. J. Meyer, Hindu Taies, Londres, 1909.
2. L'Inde doit le nom que les Occidentaux et les Chinois lui donnent à lTndus * parce que les Perses, les Chinois après eux, ont connu d'abord le fleuve Indus comme la limite d'un autre monde. » Les Iraniens prononcèrent le mot indien Sindhu, « La Rivière », en remplaçant la sifflante initiale par une aspiration c Hindus », d'où, avec « psilôse », 'Ivod;, Indus. — Les anciens savaient que leur prononciation était incorrecte : Indus ab incolis Sindus appellatus (Pline, Hist. Nat. 6, 20, 71). — « Mais indu en sanscrit désigne la lune, et la lune aux clartés reposantes est le symbole de
philosophie ou des philosophies du Bouddhisme, étude qui comporte un minimum de clartés sur beaucoup de choses hindoues, comme l'étude de la scolastique suppose quelques notions de l'histoire du moyen âge. La comparaison me paraît juste. Or qui demandera au lecteur des sommes médiévales une histoire de France? D'autant que je ne me suis jamais défendu contre une forte tendance « à limiter ma curiosité. »
Mais mon devoir fut d'obéir à la requête de l'éditeur de cette Histoire, car les indianistes plus compétents que moi et partant plus sages, sollicités avant moi, avaient refusé le périlleux honneur de parler ici de l'Inde. J'ai bravé le sévère verdict de mon ami M. A. Foucher : « De moins en moins il suffira, pour écrire sur l'Inde et sur l'Extrême-Orient d'avoir lu les textes : il faudra avoir vu le pays et les hommes » (BEFEO. 1905, 207).
Barth disait : « Il faut un certain acquis pour toucher à l'histoire; mais pour se mêler de préhistorique, non pas. Et, dans l'Inde, on arrive si vite au préhistorique! ». Et ailleurs, parlant sans grande bienveillance d'un livre assez estimable : « Les deux tiers de l'ouvrage sont consacrés aux temps qui n'ont pas, à proprement parler, d'histoire : tableau de la civilisation, des idées, des croyances, des institutions, toutes choses dont le développement, dans l'Inde, est en grande partie préhistorique. »
la grâce; les Hindous crurent reconnaître dans ce nom venu du dehors un hommage rendu aux charmes de leur pays. En fait, ils ne l'employèrent jamais » (S. Lévi, Des grands hommes dans l'histoire de l Inde, Gonf. Musée Guimet, t. 40, p. 169). — Pour eux, l'Inde est le Bharata ou le Jambudvipa, c le continent de l'arbre Jambu. »
Quiconque essaiera de raconter l'histoire de l'Inde sans parti pris et avec sincérité devra, à toutes les pages, confesser l'insécurité de notre philologie, montrer les lacunes profondes qui désorganisent notre connaissance des antiquités indiennes *, avouer le caractère provisoire des résultats supposés acquis et des théories accréditées.
Chaque discipline historique a ses méthodes, ses critères, sa certitude. L'indianiste, en ce qui concerne les périodes non éclairées par les inscriptions, se contente de « certitudes » qui, ailleurs, seraient à peine regardées comme des vraisemblances ou des possibilités. Les données qu'il utilise sont mal datées, peu explicites, parfois maigres jusqu'à la fragilité. J'observe aussi que nous construisons souvent l'histoire par des déductions d'ordre purement dialectique. Nous faisons grand usage des preuves dites internes, « inductions tirées de la différence des idées et des coutumes »; nous nous accordons grande liberté dans l'interprétation des textes et plus encore dans la critique des textes, distinguant recensions successives et interpolations. Mais comment procéder autrement avec une littérature « où Fabius Pictor et Cicéron se citent réciproquement » ? Les mé* diévistes seraient aussi hardis que nous si, pour écrire l'histoire de Charlemagne, ils étaient, comme nous, réduits à la Chronique de Turpin (Barth, n, 277, m, 113).
La prudence conseille à l'auteur d'un manuel ou d'un sommaire d'adopter les opinions reçues et de se mettre ainsi à l'abri — se tromper en bonne
i. Sbnart, Avant-propos de Minayeff, Recherches, 1894, p. m.
compagnie est une consolation et la suprême ressource — et par là aussi d'éviter les cruelles méprises où l'on s'expose en quittant les chemins battus. L'indianiste n'est pas à même de se faire une conviction, non pas même un doute raisonné, sur les points contestés, car presque tous les points sont contestés : au mieux, il se fera une opinion sur la portée d'esprit, la pénétration et les préjugés de ceux de ses collègues qui ont débattu tel ou tel problème, et se rangera à l'avis du savant qui inspire confiance. Méthode qui n'est pas très favorable au progrès de l'enquête et dont la validité paraît douteuse dès qu'on prend le loisir de vérifier avec ses propres yeux ; mais cette méthode nous est imposée.
Ajoutons que certaines tendances qui paraissent scientifiques, les tendances « minimistes » — scepticisme quant au caractère historique des traditions, quant à l'antiquité des textes, quant à la plausibilité d'hypothèses insuffisamment garanties — ne sont peut être pas très sages. Sans se déclarer sûr de ce qu'on ne sait pas ou de ce qu'on sait très mal, on peut se rapprocher du but que nous poursuivons — une connaissance moins lointaine et moins vague des faits et des concepts hindous — en suivant le « chemin d'entre-deux » cher au Bouddha. Ne détruisons pas à la légère, par le scalpel de la critique, les vérités relatives, la chronologie conventionelle, les préjugés nécessaires dont est faite l'histoire de l'Inde. Mais évitons d'être dupes.
2. Parmi les difficultés de notre tâche, il faut signaler d'abord « cette grande plaie de l'indianisme, le manque de chronologie pour des époques même médiocrement anciennes. » L'étude des inscriptions
et des monuments, a, ces dernières années, cicatrisé ou réduit cette plaie, mais le manque de chronologie de l'histoire littéraire, source unique de l'histoire pour de longues périodes, est encore flagrant. Plus nocive encore que l'ignorance est la confiance mal justifiée en des conclusions hâtives. Les recherches que j'ai entreprises à l'occasion du présent travail m'ont édifié sur ce que j'appelais à l'instant l'insécurité de notre philologie. De grands savants ont établi sur des bases plus que fragiles des échafaudages où nous montons les yeux fermés.
Les exemples abondent. ! Bùhler a placé au ve, au vme siècle avant notre ère les livres appelés Sûtras, manuels brahmaniques qui contiennent sur la civilisation indienne à l'époque de leur rédaction des renseignements essentiels, dont quelques-uns, originaires du sud, permettent d'importantes conclusions sur la diffusion du Brahmanisme : le grand argument en faveur de la haute antiquité de ces textes est fourni par le caractère de la langue, laquelle n'est pas grammaticale; donc les plus récents de ces livres sont antérieurs à Pânini. — Pânini lui-même, on le place au plus tard au quatrième siècle, bien qu'il mentionne, très probablement, l'écriture grecque. Son commentateur, Patanjali, a écrit le « grand commentaire » en 150 avant notre ère, car il donne des exemples grammaticaux dont on peut conclure qu'il fut le contemporain de Ménandre ou de Démétrius : « Partout ailleurs que dans l'Inde, ce ne serait pas là, à vrai dire, une date; mais ici c'en est une ».
1. Voir dans l'Appendice l'explication de quelques-uns des exemples énumérés ici.
(Barth, m, 83). — A Patanjali on attribue la composition du traité classique sur la philosophie yoga : mais, évidemment, ce traité s'inspire des philosophouinènes d'une certaine école bouddhique à peu près datée, et qu'on ne peut légitimement reporter aussi haut. — Cette doctrine du yoga que règle Patanjali, les éléments déjà élaborés en figurent dans la Maitri Upanishad dont la critique, très timidement, dénonce certaines parties comme tardives; mais tout étudiant du Bouddhisme y relève, dès les premières lignes, non seulement des idées bouddhiques, mais l'affirmation d'un dogme de la scolastique bouddhique. — Les relations chronologiques des plus vieilles Upanishads avec le Bouddhisme sont, à notre avis, très obscures : toutefois c'est se singulariser fâcheusement que ne pas admettre l'antériorité bi-centenaire au moins des Upanishads. — Parmi les étudiants du Bouddhisme, les uns placent hardiment toutes les écritures pâlies entre le Bouddha et Açoka, maintiennent presque l'authenticité au sens étroit des paroles du Bouddha, et décrivent l'Inde sociale à l'époque du Bouddha d'après le commentaire du Jâtaka ; les autres montrent que ce commentaire est postérieur de plusieurs siècles au Jâtaka lui-même, et volontiers abuseraient de l'insuffisance des preuves pour contester l'antiquité de l'ensemble de la tradition ; cependant personne n'a examiné si le Bouddhisme du Bouddha et des premières communautés n'était pas sorti d'an pré-Bouddhisme déjà original et devant très peu, s'il doit quelque chose, aux spéculations brahmaniques : les questions de date, si on admet ce point de vue, changent d'aspect. Non seulement nous n'avons aucune raison décisive de
ÀVANT-PitOPOS Ht
placer la mort du Bouddha (le Nirvana) au commencement du ve siècle, mais encore cette expression : « avant le Bouddha », « avant le Bouddhisme » ne comporte aucune idée précise : nous savons trop mal en quoi le Bouddha a innové tant sous le rapport de la discipline que sous celui de la dogmatique.
Quant à la chronologie du Veda, hymnes du Rigveda, les trois autres collections, les commentaires liturgiques, nous n'avons que des hypothèses.
Non seulement l'histoire littéraire manque de points fixes, mais encore diffère-t-on d'avis sur la valeur des renseignements qu'elle fournit à l'histoire proprement dite. — Parmi les indianistes, le plus grand nombre ne veut connaître que les documents écrits et dans leur ordre chronologique : à défaut de dates, on peut cependant classer les documents dans l'ordre que fixent la tradition, la langue, le développement des idées, de la géographie et des institutions. Ces indianistes sont avant tout des philologues : nourris dans le sanscrit, langue difficile et qui absorbe aisément toute Pactivité du chercheur, ils ont pris les habitudes d'esprit du pandit et un peu ses préjugés. Barth disait très bien de Lassen, qui le premier, labeur immense, écrivit Vlndische Alterthumskwide, grand savant en vérité : « Plus philologue qu'historien, il était soucieux, avant tout, de bien se mettre d'accord avec les textes et n'éprouvait que dans une moindre mesure le besoin d'arriver derrière eux à la vision même des choses ». (/. des Savants, fév. 1900, art. sur le Grundriss. doit figurer dans Quarante Ans d' Indianisme, vol. V).
Or il semble bien que, dans l'Inde, les textes sont, au point de vue historique, d'interprétation fort dé-
licate. Tous, pour les périodes anciennes, sont la propriété dune caste, d'une école, de collèges de prêtres. C'est une littérature ésotérique. Eclairée de la seule lumière de cette littérature, l'histoire de l'Inde se déroule en ligne droite, très simplement, mais coupée de hiatus inquiétants.
Au début, les Aryas, blancs purs, pasteurs et guerriers, récemment immigrés dans l'Inde et encore fixés au Penjab. Ils parlent la langue du Rigveda, bréviaire de leur vie religieuse. Il y a des prêtres, des « voyants », qui inventent et chantent des prières pour une liturgie encore libre ; qui ne constituent pas une caste ; qui sont à l'occasion payés par les seigneurs lesquels ne se distinguent pas nettement des hommes libres. Les Aryas ont des esclaves, hommes et femmes enlevés aux clans autochtones. — Cependant les Aryas s'aventurent vers le bassin du Gange et y rencontrent des populations plus denses, des noirs ou des bruns, nombreux, demi-civilisés, agricoles : le gros des Aryas restera donc dans le Penjab, qui de nos jours encore est de race blanche; mais les prêtres et les nobles — lesquels, pour se préserver du contact des noirs et du métissage, se sont organisés en castes, et qui parquent en castes les colons blancs dont ils sont accompagnés et les populations asservies — établissent leur domination spirituelle et temporelle sur le haut Gange et sur le Gange jusqu'à Patna. Les prêtres organisent ce qu'on appelle le Brahmanisme dont deux formes se succédèrent. La première est une discipline dans laquelle le sacrifice est tout : la vieille religion populaire du Veda se modifie profondément au profit du ritualisme, du « chrèmathéisme », du paganisme : l'Atharvaveda, manuel de sorcelle-
rie, prend place à côté des Vedas du sacrifice; dans le rite, la formule remplace les dieux, les dieux font place à des conceptions panthéistiques. Cependant la spéculation aboutit à un monisme spiritualiste — et c'est la deuxième forme du Brahmanisme. Le monisme donne naissance à l'ascétisme et, par une brusque réaction, au culte de divinités suprêmes plus vivantes que les anciennes, Vishnou et Çiva; la spéculation sur l'autre vie aboutit à la doctrine de la transmigration : d'où le Mahïïbhârata et le Bouddhisme. Enfin, non contents d'avoir réglé le sacrifice solennel, les brahmanes codifient les rites domestiques, achèvent l'organisation de la caste,, régentent l'État. -— Cependant la langue védique a évolué et s'est transformé en sanscrit, langue de toutes les personnes policées, et en prâcrits, dialectes populaires dont les sectes non brahmaniques se servent et qui sont officielles dans les régions mal brâhmanisées de l'est.
La valeur historique de ce schéma est très faible. Plusieurs indices invitent à croire que les tribus aryennes qui se portèrent le plus loin à l'est précédérent les tribus auxquelles appartient le Rigveda. La caste, attestée très tard, est certainement contemporaine, sous une forme rudimentaire au moins, du Rigveda. Les brahmanes, aussi loin qu'on remonte, furent une corporation professionnelle. Le Rigveda ne représente pas toute la religion, toute la civilisation des temps rigvédiques; créé pour une certaine liturgie, que nous ne connaissons que développée, il est profondément sacerdotal. Pour comprendre' la vieille vie aryenne, il faut utiliser et les sources
brahmaniques tardives et les sources bouddhiques. — Quant à l'ascétisme, à la croyance à la métempsychose, aux cultes de Çiva et de Vishnou, c'est vanité et peine perdue d'en découvrir les origines dans les démarches spéculatives des brahmanes ratiocinant sur l'origine et la fin des choses : à côté et en dessous de la classe sacerdotale et de sa littérature professionnelle a toujours existé un Hindouisme très pareil à l'Hindouisme que révèlent le Mahâbhârata et le Bouddhisme. L'Atharva, dans son fond, est contemporain du Rig ; les grands dieux de l'Inde nouvelle, Çiva et Krishna, ne sont pas des développements des vieilles figures de Rudra et de Vishnou. Les vieux livres ne nous renseignent pas directement sur l'Inde, mais seulement sur les spéculations et les institutions d'écoles conservatrices, fermées, archaïsantes, qui admirent tardivement des idées, des dévotions, des règles de vie nées et organisées en dehors d'elles. — De même, à envisager seulement cette grande province de l'Hindouisme qu'est le Bouddhisme, la littérature monastique renseigne sur les spéculations des moines, sur leur légende du Bouddha, sur leurs dévotions, sur leurs superstitions, sur leurs traditions pseudo-historiques : elle nous laisse dans une relative ignorance du Bouddhisme extérieur aux cloîtres. — Que saurions-nous d'Açoka si nous étions réduits aux sources brahmaniques? Exactement rien. Qu'en saurions-nous d'exact si les inscriptions ne supplémentaient les légendes singhalaises et sanscrites? Très peu de chose. Que saurionsnous du culte bouddhique ancien sans les sculptures de Bharhut, sans les textes tardifs de toute sorte ? Nous serions portés à nier ce culte, car « tout culte
est en opposition avec les principes même du Bouddhisme ».
Si nous souhaitons arriver « à la vision même des choses », ou, plus modestement, si nous voulons nous faire de la marche de la civilisation indienne une image qui ne soit pas trop livresque, nous devons renoncer, du cœur et des lèvres, à l'argument a silentio. Il faut donc, derrière les textes anciens, deviner ce qui a dû se passer.
Mais l'histoire qu'on reconstitue ainsi est bien floue et bien incertaine. Sans doute, il est légitime de tirer parti des sources tardives : le rituel des Brâhmanas continue le rituel des temps védiques; le culte de Krishna a des racines profondes; nous avons d'excellentes raisons pour déclarer immémoriales la caste, la croyance à la transmigration, la vie ascétique. La méthode est justifiée : mais, à s'en servir, on court le risque d'oublier que, « même dans l'Inde, les siècles ont leur physionomie » (Barth). Danger très grave, source d'erreurs aussi pernicieuses que celles où trébuchent les disciples d'une philologie étroite et peu soucieuse des vraisemblances.
3. La chronologie proprement dite ne commence qu'avec Alexandre, Candragupta (Sandrocottus) et Açoka. L'histoire, comme Burnouf Ta si bien vu, commence avec le Bouddha : « Je me persuade donc qu'en notant avec soin les noms des rois qui assistaient à l'enseignement de Çâkya *, et ceux des Brahmanes qui lui résistèrent ou qui se firent ses disciples, en rappelant les lieux où il naquit et où il
1. On peut cependant douter si le Bouddha a été le contemporain des Ajâtaçatru, etc.
vécut, et en fixant avec une précision remarquable le théâtre de ses prédications, les rédacteurs des livres sacrés ont obéi à un instinct historique qu'on chercherait vainement dans les compositions des Brahmanes, où les dieux tiennent tant de place que l'homme et son histoire y disparaissent complètement... L'histoire de l'Inde ne commence à s'éclaircir qu'à l'époque de Çâkyamuni. A partir de ce sage 4, l'Inde centrale se couvre de monuments et d'inscriptions véritablement historiques; on voit s'établir de précieux synchronismes entre ce pays et l'histoire des peuples occidentaux; les livres buddhiques enfin s'enrichissent de détails et d'indications d'un caractère réellement positif, qui sont encore les plus intéressants de ceux que nous possédons sur l'état de l'Incle depuis le vie siècle environ avant notre ère. » (Introduction, 1844, p. 576)
Or, à l'époque du Bouddha ou dans le temps qui suivit aussitôt, la civilisation de l'Inde était parfaite ou peu s'en faut 2. L'Inde septentrionale, l'Aryavarta « pays des Aryas », de la mer de l'ouest à celle de l'est et de l'Himalaya aux Vindhyas, pays de race brune sinon noire, parlait des dialectes d'origine indo-iranienne importés au Penjab à une époque qui peut-être ne sera jamais déterminée avec précision. — Les temps n'étaient plus très lointains où un de ces dialectes, immémorialement iixé, à peine altéré, du moins dans sa phonétique, sortirait des milieux sacerdotaux et serait fixé par les grammairiens pour l'usage littéraire profane. — Cet ensemble complexe et