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CHAPITRE II Remarques sur les castes et les classes

I. Définition de la caste. — II. Caractère indien de la caste. — III. Origines indo-européennes de la caste. — IV. Caste et clan à totem. — V. Gildes. — VI. Les quatre classes. Métissage, origine de la caste. — VII. Théorie et pratique. — VIII. Brahmanes. — IX. Kshatriyas. — X. Tiers-état. — XI. Castes inférieures et hors-caste.

| i. — Définition de la caste.

Le plus souvent, on entend par caste un ensemble de groupes sociaux désignés par le même nom : la caste des Brahmanes, qui sont 14.893.000 ; la caste des Kâyasthas ou scribes, 2.149.300; la caste des Chamars, ouvriers du cuir, 11.176.700. Mais chacune

Outre les ouvrages cités p. 121, n. 1, E. Senart, Les castes dans l'Inde, les faits et le système, 1896, (d'abord dans Revue des deux Mondes, février 1894) ; Barth, II, 418 219-225, IV, 302 ; Oldenberg, Soc. As. Allemande, 51, 280 ; Bouglé. Remarques sur le régime des castes, Année sociologique, 1900 ; Fick, Sociale Gliederung zu Buddha's Zeit, 1897; Jolly, Recht und Sitte; A. Lyall, trad. de Kérallain, Etudes sur les mœurs religieuses et sociales de l'Extrême' Orient, 1885-1908, I, 321 (Formation des clans et des castes); E. A. Gàit, art. Caste dans Hastings, III 230-239; Hastings, passim, art. Bengal, etc., Rapson, passim.

de ces grandes catégories d'hommes se divise en un grand nombre de « sous-castes », qui sont véritablement les « castes », des groupes fermés, séparés par le lit, la table, d'innombrables tabous, privilèges, incapacités. Le Chamar qui dépèce la vache, celui qui dépèce le mouton, celui qui touche et celui qui ne touche pas la viande, celui qui traite le cuir suivant les anciens usages et l'ouvrier industriel : autant de Chamars distincts. Les seuls brahmanes Gurjara fournissent à la statistique soixante-dix neuf sections endogames différentes !.

La caste est donc, au sens précis du mot, un groupe endogame auquel correspond, du moins dans une de ses acceptions, le mot jâti (Senart, Castes, p. 155) *; au sens large, une collection de groupes endogames ayant mêmes occupations, mêmes usages, mêmes traditions (Voir J. As. 1914, I, 486).

4. Il faut entendre par castes « ces milliers de communautés irréductibles, séparées par des usages traditionnels, sans connubialité ni commensalité, en lesquelles se fractionne, à tous les degrés de l'échelle sociale, la population de l'Inde» {Barth, II, 222). Avec plus de précision, « la caste est un groupe corporatif fermé et, en théorie du moins, rigoureusement héréditaire, muni d'une certaine organisation traditionnelle et indépendante, se réunissant à l'occasion en assemblées plus ou moins plénières ; uni souvent par la célébration de certaines fêtes, relié par une profession commune, pratiquant des usages communs qui portent plus spécialement sur le mariage, sur la nourriture, sur des cas divers d'impureté ; armé enfin, pour en assurer l'empire, d'une juridiction de compétence plus ou moins étendue, mais capable, sous la sanction de certaines pénalités, surtout de l'exclusion soit définitive soit révocable, de faire sentir efficacement l'autorité de la communauté » (Senart, Castes, p. 23). « Toute distinction sociale, toute différence de race et d'origine, de croyance et de pratique, d'occupation, de coutume et d'usage tend à produire une caste, c'est-àdire un groupe plus ou moins nombreux, fermé et strictement héréditaire, en principe du moins, retranché derrière des interdictions très étroites de connubialité et de commensalité, des règles minutieuses de pureté et d'impureté et toute sorte d'usages d'autant plus inviolables qu'ils sont plus particuliers et plus bizarres. De là le nombre des castes, qui se chiffre par milliers. » (Barth, IV. 303)

Chacun de ces groupes endogames est constitué par des cercles plus petits qui sont exogames, et dont « les limites, la définition, la dénomination varient à l'extrême » (Castes, p. 31). — En ce qui concerne les brahmanes, si les faits sont variés, la règle se formule aisément : « il est interdit de se marier dans le gotra auquel on appartient ». — Les gotras sont les lignées issues, ou prétendument issues, des rishis, saints légendaires, qui sont en petit nombre. Toute famille brahmanique descend d'un rishi et en porte le nom ; c'est son nom de gotra l. Les gotras sont représentés dans toutes les jâtis ou castes de brahmanes. Un brahmane doit épouser une femme de sa caste, ne peut pas épouser une femme de son gotra. — Par divers artifices, des gotras, — les gotras brahmaniques même, car il n'en est pas d'autres, — ont été assignés aux familles non brahmaniques: celles-ci sont censées avoir pour gotra le gotra du brahmane dont elles dépendent au point de vue spirituel (Castes, p. 32-33).

| 2. — Caractère indien de la caste 2.

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