‹ Histoire du mondeChapitre 31 sur 58 · Si particularisée que soit la caste, et si facile · texte numérisé non relu

Si particularisée que soit la caste, et si facile

i. Je résume en deux mots un système très complexe qui me parait avoir été exposé pour la première fois dans le laborieux mémoire de H. Zimmer, Studien zur Geschichte der Gotras, Leipsick, 1914 (Thèse doctorale de Berlin). — Voir Jolly, Recht und Sitte, 63, 75.

2. La caste apparaît comme spécifiquement hindoue ; mais elle n'est que la réussite parfaite de tendances répandues dans le monde entier et qui s'affirment dans tous les états de civilisation. On a classé ces tendances sous trois chefs : répulsion à l'égard de ceux dont on n'est pas parent, horreur des mésalliances, crainte des contacts impurs ; hiérarchie ; spécialisation héréditaire. La caste des Lévites, les classes égyptiennes, les génies et les curies, les gildes, les tribus primitives à clans totémiques, bien d'autres

ment qu'elle se scinde, elle est, dans son émiettement la cellule sociale. L'Inde vit « par villages » (nawl xg>[kx;)? et, dans les villes, « par rues » (vithï) : 1 caste est la seule unité qui groupe des rues et des villages. Il n'y a pas eu, comme en Attique, de synœcismes. Le statut d'un homme n'est pas territorial, mais personnel. Quelques auteurs nient que l'Inde ait jamais connu la patrie, le patriotisme, la nation : et, sans doute, cette négation comporte une part d'arbitraire (Marathes, Gourkhas, Newars, etc.); de grandes monarchies ont été soutenues, parfois durant des siècles, par des sentiments et des intérêts d'ordre national. Mais, tout compte fait, la caste prend dans l'Inde une importance particulière, car elle tient lieu de cité, de nationalité, de race, d'église.

2> La caste constitue presque toute la religion et presque toute la morale de l'Hindou, ce que nous nommons le dharma. — L'Inde a connu de grandes « dévotions » (bhakti) et, toute entière, prend part à de grandes « adorations » (pùjà) ; elle est restée payenne et ne refuse son culte à aucun dieu, ses offrandes à aucune force surnaturelle. Souvent des « dévots » (bhaktas), particulièrement ardents, se trouvent séparés de leurs frères par les croyances et les rites, et forment, par conséquent, des castes à part; il arrive que, dans une certaine contrée, toutes les castes sont scindées en deux parties : celle qui suit le chemin du Bouddha, celle qui suit le chemin de Çiva. — Mais la croyance n'exerce, le plus souvent, qu'une influence insensible sur la conduite, sur le mos majorum qui est spécifié dans les règles de la caste. Rites du mariage, de la naissance, de

formations sociales rappellent la caste hindoue sous quelque rapport. (Bougie). — Mais la caste est bien une chose indienne.

l'éducation, du culte domestique, des funérailles, des repas funèbres, une fois fixés dans les milieux aristocratiques aryens, sont restés in\iolables dans ces milieux et demeurent reconnaissables malgré l'usure des temps, malgré la transformation des dogmes.

La caste est donc chargée de toutes les observances, les unes aryennes, les autres hindoues, souvent préhistoriques, qui constituent le « devoir propre » (svadharma) de chacun. Elle détermine, dans tous les cas, quid deceat quid non (Hopkins, Religions, 426).

3. Un des caractères essentiels de la caste est d'être une institution brahmanique : ne peut être regardé comme caste que le groupe social reconnu et approuvé par le brahmane. Celui-ci refuse son concours religieux aux clans qui n'admettent pas un minimum de Brahmanisme : règles du mariage, de la nourriture, du culte. Des adorateurs du sanglier, avant d'être « reconnus », doivent apprendre à voir dans le sanglier un avatar de Vishnou; les clans à totem, exogamiques, doivent se soumettre à des lois d'endogamie.

Les castes sont hiérarchisées : encore qu'il se produise des conflits de préséance, la hiérarchie, qui a pour sommet le brahmane, se règle sur la fidélité à l'observance stricte des préceptes et des usages brahmaniques. Ceux-ci ont varié au cours de l'histoire, mais, dès l'origine, ont été la norme. Une caste monte si elle adopte le mariage des enfants (J RAS. 1914, 480 ; Jolly, Recht und Sitte, 54) ; elle se dégrade si elle autorise le mariage des veuves; et ainsi de suite.

| 3. — Origines indo-européennes de la caste *.

La littérature ne nous dit rien de la caste: elle signale les lois d'exogamie relatives à la famille et nous apprend que les degrés prohibés diffèrent suivant les pays; elle interdit le connubium entre personnes de classes différentes ; mais elle ne mentionne pas le principe d'endogamie qui, à l'heure actuelle, permet de distinguer les castes, principe sans lequel la caste ne se peut concevoir. N'était une fugitive allusion : « le roi doit faire observer les lois locales, les lois des gildes, les lois des jàtis », c'est-à-dire, croit-on, des « castes »; n'était surtout le fait que le vocabulaire du droit criminel comme de la discipline bouddhique suppose le pouvoir judiciaire exercé par le tribunal de la caste à l'égard de ses membres — le crime est « ce qui fait tomber », c'est-à-dire ce qui fait tomber de la caste; le moine, par certains manquements, tombe de la communauté qui est, en quelque sorte, sa caste, — on pourrait croire que l'Inde ancienne ne connaissait pas les castes, unités endogames, mais seulement des classes qui se seraient scindées et « durcies » en castes à une époque indéterminée ; on pourrait croire que la caste contemporaine est une formation toute récente.

Mais la comparaison des institutions grecques et italiques montre que la caste indienne est construite à l'image d'une très vieille forme sociale, la grande

1. A M- Senart revient l'honneur d'avoir posé la question ; ses vues ont été adoptées avec de légères variantes par de nombreux indianistes, notamment par Barth (II, 221), Geldner, Vedische Studien, II, 146; Oldenberg, /. de la Soc. Or. Allemande, 51, p. 267; Jolly et Bougie.

famille ou « fraternité » qui englobe un certain nombre de gentes: un homme ne peut manger, ne peut adorer ses dieux qu'avec ses parents ; il doit se marier en dehors de sa gens (règle d'exogamie qui correspond à un certain sentiment de l'inceste), mais dans sa phratrie : car une étrangère n'est pas admise par les dieux. — De cette antique institution la caste contemporaine présente les traits essentiels. Donc les castes existaient aux temps védiques « quoique dans une phase sans doute moins avancée de leur histoire ». La caste plonge dans le passé indo-européen. Non seulement, ainsi que c'est généralement admis, la famille védique continue la famille indo-iranienne ou indo-européenne (ci-dessus, p. 40), mais le cadre social dans lequel cette famille est enfermée, un groupe d'un caractère particulier et analogue à une caste, remonte à la plus vieille tradition religieuse *.

L'étude de ces lointaines origines est encombrée de difficultés : « En presque toutes les matières qui provoquent la comparaison avec les rameaux congénères de la souche aryenne [= indo-européenne], nous nous y heurtons tout ensemble à des coïncidences minu-

1. Dans la Rome patricienne, la gens n'a connubium qu'avec les gentes qui font partie de la cité, anciennement sans doute avec les seules gentes de la curie : de même que l'Athénien ne pouvait contracter mariage qu'avec une femme de sa phratrie. — C'est le principe endogamique de la caste, principe d'ordre religieux: la femme est associée au culte; étrangère ou antipathique aux dieux, une femme n'est pas qualifiée pour assister l'homme dans les rites, pour mettre au monde des fils capables de nourrir les mânes et de vénérer les dieux. D'où il suit que la loi d'endogamie ne concerne que la première femme, ne concerne que le chef de la maison : les seconds mariages, les mariages des cadets n'intéressent pas directement le culte. Le brahmane, qui a une femme de son rang, peut ensuite épouser n'importe quelle femme dont le contact n'implique pas souillure.

A Rome, on ne voit pas qu'aucune matrone fut de la même gens que son mari : disons que dans la curie, groupe endogame comme la caste, la gens est une fraction exogame, comme le gotra. Les gentiles sont tenus pour des frères.

tiouses et à des divergences profondes. La parenté perce jusque dans des éléments qui, évidemment, ont été coulés ici dans un moule nouveau (Senart, Castes, p. 208) » *. D'ailleurs, les Anciens ne nous apprennent que peu de chose sur les organismes sociaux que la Cité s'est, dès les débuts, étudiée à détruire, sans y arriver tout à fait, et, d'autre part, si dans l'Inde ces vieux organismes ont abouti à la caste, c'est sans doute par une évolution très compliquée et troublée. Beaucoup de castes, toutes les castes contemporaines sont, ou des clans autochtones hindouisés, ou des gildes, ou des groupes formés par l'association de hors-castes (nés du métissage des castes), ou des scindements de castes antérieures. Une chose est certaine, c'est que le moule où sont versés tant d'éléments disparates est né de la vieille alliance religieuse qui, en Occident, forma la cité patricienne.

Le principe d'exogamie est, à l'époque historique, très développé dans la caste. Le mariage est interdit avec une agnate (sagotra), ou parente paternelle, à quelque degré que ce soit, et avec une parente du côté maternel au dixième degré (sapinda). D'ailleurs il y a, sur ce dernier article, des variantes: dans certaines régions (Dekkhan), où il faut admettre des influences particulières (matriarcat ?), le mariage avec la fille de l'oncle maternel est non seulement permis, mais de règle !.

Ce principe était-il en vigueur dans les temps védiques ? Quelques indianistes, abusant peut-être du silence des textes, pensent que les anciennes mœurs aryennes interdisaient seulement le mariage du frère

1. Senart, Castes, p. 60; Barth, IV, 126 ; Rivers, The marriage of cousins, JRAS. 1907, 611-640 ; Barnett, Antiquities , p. 112 (Baudhàyana I> 2, 3.) ; Articles Marriage et Motherright dans Hastings.

et de la sœur, du père et de la fille: deux sortes d'inceste dont il est parlé à l'occasion des légendes de Yama et de Prajâpati ; le mariage aurait été libre ou à peu près à l'intérieur de la famille (Keith, dans Rapson, p. 125). Il est vrai qu'un passage fort obscur du Çatapatha (i. 8. 3. 5), bien fragile pour supporter une conclusion quelconque et qu'on peut interpréter dans le sens contraire à celui proposé, semble indiquer que la loi d'exogamie était lâche à l'époque des Brâhmanas 4.

En résumé, tout porte à croire que les Aryas apportèrent dans l'Inde ces lois de connubium qui créent et maintiennent des groupes endogames fondés sur le droit de la famille, groupes qui formeront au cours des temps le type jamais fixé et toujours divers de la caste. C'est comme « castes » que seront hindouisés et brâhmanisés les groupements autochtones, d'origine totémique, qui s'aggrégeront à la société aryenne; c'est comme castes que s'organiseront les corporations professionelles ; c'est comme castes que les nombreux « hors-caste » (outcasts) prendront une place dans la société.

Concluons avec Barth (II. 418): Quels que soient les facteurs nombreux et divers des castes actuelles et anciennes — « facteurs ethniques, géographiques, professionnels, économiques, sectaires ou même simplement accidentels » — la législation qui les régit a ses racines lointaines dans les coutumes de la famille indoeuropéenne.

C'est un autre problème, et décidément du plan préhistorique, de savoir quelles sont les origines

1. A. Weber, Ind. Studien, x. 75; Fick, art. gotra dans Hasling.t, VI, 354 ; Eggeling, trad. du Çatapatha, I, 238. Des rapports étroits existent entre la coutume romaine (du moins en ce qui regarde les agnats) et la coutume du Brahmanisme classique; ils s'expliquent bien si l'on considère comme primitive l'exogamie des familles à l'intérieur de la caste.

du système. 11 semble qu'il y ait contradiction : à bien des égards, la caste — curie, fratrie — apparaît comme un groupe de parents, comme une famille élargie : ses membres mangent ensemble, prient et sacrifient ensemble (le mot (pparopeç « membres de la même fratrie » indique qu'ils sont des frères; il a perdu le sens de frère et est remplacé par àSeXfpoç, qui signifie frère utérin) ; d'autre part, à Rome et dans PInde (du moins depuis une certaine date), on doit se marier en dehors de la famille proche, en dehors de toute la famille paternelle. — Pour résoudre cette contradiction, le plus simple est de considérer la caste comme une gens scindée au cours des temps en groupes exogames qui conservent les mêmes dieux et se peuvent allier par mariage, mais qui n'ont plus le sentiment de la parenté proche ; ou encore comme une gwqiwkjiç de gentes primitivement exogames. Le mariage par rapt est en pratique à Rome et dans Plnde; on vole des femmes à ses voisins jusqu'au moment où on tombe d'accord pour s'accorder le connubium: la caste est née qui se modèle sur la famille : elle en copie l'organisation en l'étendant *,

| 4. — Caste et clan.

On s'est demandé si la caste n'était pas d'origine dravidienne, munda, sauvage, totémiste. Cette explication doit être écartée, ou, du moins, ne doit pas être admise telle quelle.

En principe « tout indique que, dans la marche de

1. Voir Senart, p. 209, 222; Bougie p. 52 prêche pour le totem : mais il y a contradiction entre la caste et le clan totémique et pas mal d'erreurs dans l'exposé de M. Bougie; Lyall, Asiatic Studies, I, chap. VI.

la civilisation indienne, l'action déterminante appartient aux éléments aryens ; les éléments aborigènes n'ont exercé qu'une action modificatrice, partielle et secondaire » (Senart, Castes, p. 204). Il n'est pas vraisemblable que les brahmanes aient constitué leur statut familial à l'imitation des gens à totem.

Mais, et ceci paraît trancher le débat, le clan totémique ne présente avec la caste que des analogies superficielles : clan et caste sont des institutions primitives qui entourent le mariage de tabous ; mais tandis que l'endogamie est le principe même de la caste, le clan ou sept est exogame. Tous les jours des tribus du type primitif entrent dans le Brahmanisme ; une des conditions de leur admission est la transformation du clan en caste par la création dans la tribu de groupes endogames (Baines, p. 114). On nous dit, il est vrai, que le clan exogame ne s'allie normalement qu'avec un certain nombre de clans faisant partie de la même tribu; que l'organisation totémique comporte donc une certaine endogamie (Bougie). Mais ce point n'est pas très clair! D'ailleurs les clans, en relation de connubium, sont séparés par le culte, etc. Ajoutez que la caste n'est pas, comme le clan, une unité ethnographique ; qu'elle n'est pas territoriale; qu'elle vit à côté, au dessus ou en dessous d'autres castes.

Les clans qui deviennent des castes doivent être, non seulement purifiés, mais redressés dans leurs principes mêmes et on connaît beaucoup de soi-disant castes qui, encore qu'elles soient vieilles, portent la marque de leur origine tribale. En Assam, dans le Chotanagpour, pays en voie de brâhmanisation, dans le Penjab où les immigrations se sont succédées, la caste présente un caractère flottant; dans le sud du Dekkhan, où le régime des castes est en pleine vigueur, ce système a été greffe sur les institutions tamoules qui survivent très

distinctes de celles du Nord (Baines p. 28 et suiv). Des « castes » de haut rang", les rajpoutes, bien que leur orthodoxie soit pointilleuse, n'ont pas accepté les lois de connubium de la caste; ils restent, en fait, sous le régime tribal : le cercle endogame comprend tous les rajpoutes, le cercle exogame est plus large que dans la caste type. — En un mot, l'état actuel des choses paraît montrer que la caste n'est pas issue du clan.

Mais si le vieux droit aryen de la famille s'est cristallisé dans le régime des castes, ce fait est dû, pour une large part, au milieu indigène. L'assimilation des groupes totémistes et autres a assuré la pérennité de la caste, en a compliqué et enrichi les obligations; y a, par exemple, entretenu le souci de la pureté, l'honneur de l'étranger, si manifeste chez les Santals que souille le contact des brahmanes ; en un mot a maintenu la caste dans cette atmosphère semi-païenne où le profane et le surnaturel, le droit social et le droit religieux sont confondus ou mal distingués. L'assimilation a été et demeure d'autant plus aisée que Aryas et indigènes n'étaient pas séparés par un abîme1.

1. D'après Senart, Castes, p, 232-233, 235-236, contre Nesfield. — Sur la transformation d'une tribu ou d'un clan en caste, lndian Empire, p. 342-44. Baines, passim et surtout p. 18 et suiv. et le chapitre sur les tribus montagnardes. — L'assimilation est souvent bien superficielle : le clan du taureau (sandi), de la tribu des Koch, sera désormais nommé gotra de Çandilya, un des sages védiques : de même qu'un hindou de ce gotra ne peut épouser qu'une femme d'un autre gotra, de même les membres du clan du taureau se mariaient en dehors de leur clan. La transformation du clan en gotra est donc aisée. Mais il arriva que, par une horrible méprise, tous les clans de cette tribu des Koch furent inscrits dans le même gotra de Çandilya. L'organisation brahmanique de la tribu en caste futmanquée. {lndian Empire, p. 312).

| 5. — Gildes.

La caste a servi de modèle aux groupements religieux et économiques1. Il y a des castes qui doivent leur origine à la communauté de religion, et, en plus grand nombre, à la communauté de métier.

Une des lois de la caste est qu'elle comporte une certaine profession: cette loi n'est ni primitive, ni essentielle; elle n'a jamais été absolue. Si certaines occupations entraînent déchéance parce qu'elles entraînent pollution, ce ne fut jamais une obligation stricte pour le fils d'adopter le mode de vie paternel. De nos jours, dans les provinces d'Agra-Oude, « les occupations traditionelles ne sont plus suivies que si elles nourrissent leur homme. . . la plupart des gens de basse caste deviennent cultivateurs )>; dans le Penjab, « beaucoup de castes abandonnent leur profession traditionnelle pour la culture, depuis celles des brahmanes jusqu'aux tribus criminelles. En somme, des règles de la caste, on n'observe plus guère que celles de la table et du lit » (Bloch, J. As. 1914, i, 489). — Les changements de métier ont généralement lieu par groupes. Mais dans les récits bouddhiques, on voit que les parents délibèrent sur le métier qu'adoptera leur fils.

1. Senart. Castes, p. n7, 193; Bouglé, p. 14, 16, 30; Waltzing, Corporations professionnelles, I, 196, 329 ; Dill cité dans Indian Empire, p, 343; Hopkins, Ancient and modem Hindu Guilds (India Old and New, 1902, p. 169). — Rhys Davids, Buddhist India, pp. 208-210 (very gênerai but by no means cast iron custom for the son to follow the calling of the father). — Les textes brahmaniques confessent que la loi du métier héréditaire n'est pas stricte : mais, disent-ils, il en allait autrement dans les temps anciens, à l'âge d'or. Sur la gatti qui, au Népal, correspond au panch hindou ou conseil de la corporation, et qui ne se confond pas avec l'autorité qui punit les manquements aux lois de la caste, Lévi, Népal, I, 246. — Castes d'origine religieuse, Indian Empire, 315.

L'endogamie des familles vivant côte à côte et des mêmes ressources est dans la nature des choses. Il est arrivé, même en Occident, à l'époque impériale et au moyen âge, que de véritables castes soient sorties des gildes.

Le métier et la spécialisation héréditaire multiplièrent et consolidèrent les castes. A l'occasion, les textes védiques et les textes bouddhiques témoignent de la division du travail, d'un métier pratiqué par des parents, seuls habitants d'un village ou d'un faubourg. Il y a des villages de charrons, d'oiseleurs, de vanniers : « Ces hommes formaient des castes au sens moderne du mot : on peut l'affirmer, bien que nous n'ayons pas d'information sur leurs règles de connubium » (Rhys Davids, Dialogues of the Buddha, I, 100). Sont aussi désignés à part les chasseurs, de multiples catégories de pêcheurs, les vachers, les bouviers, les laboureurs, les cochers, de multiples catégories de serviteurs, les blanchisseurs, les cuisiniers, les marchands de poisson frit, les fondeurs, les pottiers, les ouvriers en or, les acrobates, les flûtistes, les rameurs, les pilotes, etc.. liste curieuse, qu'on pourrait croire extraite d'un récent Census of India, et que le Veda du sacrifice (Yajurveda) cite à propos du sacrifice humain (Keith dans Rapson, p. 136).

| 6. — Les quatre classes et le métissage.

I. La tribu aryenne était divisée — avec quelle rigueur ? nous ne le savons pas — en quatre classes. L'Iran a quatre pishtras : Athravas ou prêtres, Rathaesthas ou guerriers, Vâstriyas-Fshouyants ou chefs de famille, Hûitis ou ouvriers manuels. L'Inde a quatre varnas, Brahmanes, Kshatriyas ou Râjaniyas, Vaiçyas

GASTES ET CLASSES 159

etÇûdras. « La ressemblance est frappante. Elle rejette dans l'ombre quelques différences douteuses. »(Senart, Castes, 140). « De temps immémorial [les tribus védiques] étaient divisées en quatre classes, les prêtres, les nobles, les pasteurs-laboureurs-marchands et les serfs » {Barth, 1874, m, 118).

Plus tard, on reconnut cinq sortes d'hommes (jand). D'abord trois classes jouissant des pleins droits de la société religieuse : Brahmanes, Kshatriyas et Vaiçyas ou Tiers Etat. En dessous les Çûdras « purs », métiers et familles-clans humbles, mais décents ; et enfin les gens en dehors de la société religieuse et de la vie sociale, métiers et castes impurs.

C'est le schéma des livres brahmaniques et des sources bouddhiques, qui se préoccupent uniquement des classes et non pas des castes : quatre varnas et les horsvarna. Les hors-oarna sont, en théorie, hors la loi : on leur donne, plus ou moins abusivement, le nom de çûdras — çûdras rejetés (niroâsita), impurs — nom qui désigne la quatrième classe1. Ce schéma correspond plus ou moins aux faits 2.

1. Yâska (3, 8) oppose les quatre varnas et les Nishâdas. — Ce nom désigne sans doute une certaine tribu, mais devient une désignation générale pour les chasseurs, pécheurs, voleurs, etc., pour les groupes sauvages de toute nature (voir Bôhtlinck et Roth sub voc).

Manu (x. 45) oppose les quatre varnas et les Dasyus, qu'ils parlent aryen ou une langue étrangère (Dasyus, dans le Rigveda, est le nom des démons et des tribus ennemies des tribus védiques).

L'Anguttara (I, 162) et les autres sources bouddhiques (voir Rhys Davids, Dialogues, I, 200) oppose les quatre varnas aux castes impures et aux métiers infâmes, tisserands, corroyeurs, barbiers, etc. (hinajati, hinasippa) qui ont des villages ou des rues à eux en dehors des villes : ce sont les Gandalas et les Pukkusas, ou, dans une autre liste, les Gandalas, les Vena (vanniers), les Nesadas (oiseleurs) les Rathakaras (charrons), les Pukkusas. — Il est curieux que le Taittiriyabrahmana nomme les Rathakaras comme membres de la troisième classe (Keith dans Rapson, 125) — Le Pancavimça signale des « villages de Nishâdas ».

2. En effet, les brahmanes interviennent dans le culte des Nishâdas et Rathakaras, Visvabharati, 1923, p. 270.

Pour expliquer cette sociologie, on inventa la théorie des quatre varnas et du mélange des varnas. Il y a quatre « races » ou « lignées » — tel est ici le sens de varnai — nées de la bouche, des bras, des cuisses et des pieds de Brahmâ: les trois premières classes et la quatrième (çûdras) constituant respectivement la catégorie des « deux fois nés » (dvija) — c'est-à-dire des hommes à qui les sacrements confèrent une seconde naissance, qui ont certains droits spéciaux et certaines obligations d'ordre religieux — et la catégorie des membres minuto jure de la société religieuse. Le mariage entre les quatre classes est soumis à certaines restrictions : « à rebrousse poils » (pratilomari), quand la femme est d'un rang supérieur au mari, il produit des individus impurs et exclus des classes. Le mélange des varnas est l'abomination de l'abomination : c'est du mélange, — et aussi de la « chute » provoquée par l'abandon des devoirs religieux, par des fautes diverses, par l'absence de réparation, — que viennent toutes les catégories d'hommes exclus de la société, qui n'ont ni dieu ni sacrifice (Pancavimça, 6, 1, 11); entendez: dont les brahmanes ne s'occupent pas. Ce sont les étrangers, Grecs, Chinois, Parthes; des peuples indiens de l'est (Mâgadhas, Vaidehas), des clans guerriers (Licchavis, Mallas), les pêcheurs, les fossoyeurs, les « aborigènes ». C'est aussi du mélange des varnas que sont issues des castes proprement dites, par exemple celle que forment les écuyers ou cochers, qui ont un rang élevé dans la société.

On a, de la sorte, une table de Porphyre très bi-

1. On joue sur le mot varna, qui signifie couleur. Le Mahâbhàrata dit que les quatre varnas sont respectivement blanc, rouge, jaune, noir, (XII. 188-5), propos que quelques indianistes ont pris au sérieux. Les Vaiçyas, étant jaunes, doivent être des Mongols. (Voir Hopkins, Religions, p. 525 et dans Rapson, p. 525).

zarre distinguant les diverses unions illicites entre vantas, entre les varnas et les enfants issus de leurs mésalliances, etc *.

Il n'est pas douteux que, le régime des castes — au sens propre du mot — étant en vigueur, les unions irrégulières ne produisent des castes nouvelles (Senart, Castes, 122). Les fils des secondes épouses n'ont pas les mêmes droits que leurs frères légitimes : rejetés de la caste paternelle, ils formeront une caste nouvelle; ou, si leur origine maternelle est tout à fait impure, ils seront relégués tout en bas. — Par exemple les hautes castes de l'Orissa prennent leurs servantes et concubines parmi les filles des castes pures inférieures : d'où la classe des serviteurs (née il y a à peu près un siècle) qui forme des castes (ou groupes endogames) correspondant aux castes paternelles (Indian Empire, 316).

II. On a pensé que la théorie brahmanique du mélange des classes était fondée et que, à la traduire en termes scientifiques, elle expliquait l'origine des castes. Cellesci viendraient toutes du métissage ; la caste serait née du métissage. Plusieurs orientalistes ont de la sympathie pour cette hypothèse : Kennedy, homme d'idées nettes, a résumé sous une forme intelligible un sys-

1. Mais les livres ne dissimulent pas le caractère fictif de la théorie. Les brahmanes sont de sang pur; tous descendent des Rishis ou chantres divinisés du Veda. Il y a eu des dynasties de rois vrais Kshatriyas ; mais, à une certaine date, tous les Ksatriyas ont été détruits par les brahmanes et ceux-ci, pour conserver au monde la caste militaire et royale, se sont unis aux veuves des Kshatriyas et ont engendré les Kshatriyas d'aujourd'hui. De même n'y a-t-il plus de Vaiçyas ni de Çûdras: tous les hommes, fors les brahmanes, proviennent de la confusion des varnas. Mais, par le rite et le Dharma, l'ordre a été rétabli ; les quatre varnas ou races ont été reconstitués et distingués. Les races doivent désormais vivre à part ou ne s'unir que suivant des règles précises ; elles doivent chacune pratiquer leur devoir propre, pour autant que le permet l'âge de fer.

tème — d'ailleurs incohérent — que des écrivains plus prudents hésitent à formuler, et qu'il place sous le patronage de la tradition brahmanique !.

Aux temps védiques, lorsque les Aryas, encore conflnés dans le Penjab où les « autochtones » ne comptaient pas, n'étaient pas encore vraiment entrés en contact avec les Dravidiens, « les restrictions à l'intermariage semblent avoir été de l'espèce la plus simple et réduites aux lois qui interdisent l'union du frère et de la sœur, du père et de la fille » (Keith, dans Rapson, 125). Les trois classes, brahmanes-nobleslaboureurs, et les deux « couleurs » Aryas et Dasyus, s'entremariaient librement. Les classes même n'étaient pas fixées, car aucune fonction n'était héréditaire (Keith admet cependant l'hérédité de la qualité de brahmane et de noble, contre Garbe, JRAS. 1908, 809; Rapson, 92-93, 125).

Mais quand les Aryas, dépassant la « porte de l'Inde » (Sirhind), se furent installés en pays dravidien ; quand la promiscuité, jadis sans danger, eut continué quelque temps, les Aryas sentirent que la pureté de leur race était en péril : ils établirent alors des lois interdisant les mésalliances entre les classes aryennes et les unions entre Aryas, Dravidiens et métis ; ils déclarèrent strictement endogames les quatre classes, et parquèrent désormais en groupes endogames les enfants nés de toute union interdite par les codes2.

1. « L'histoire que j'ai esquissée est nécessairement conjecturale dans beaucoup de ses détails; mais elle a le mérite d'être, pour l'essentiel, conforme à l'explication des castes consignées dans les lois de Manu » (Kennedy, JRAS. 1920, 39). Même point de vue dans Rapson cité ci-dessous. — Ceci marque un recul sur le temps où on pouvait écrire: « L'explication des castes mêlées n'a jamais pu faire illusion à personne. Des impossibilités flagrantes la jugent » (Sknart, Castes, 121).

2. On soutient que « le système des castes s'est propagé avec le Brahmanisme, de la forteresse du Haut-Gange et de la Yamunâ

Ce travail législatif fut l'œuvre des brahmanes directement intéressés à la réforme; mais c'est le contact des aborigènes qui fit pénétrer dans tous les esprits le principe d'endogamie, pièce maîtresse du système: « L'influence des aborigènes devint très forte à mesure que le métissage se poursuivait. Le contact avec les aborigènes semble avoir soulevé des questions de pureté de sang très pareilles à celles qui agitent les Etats- Unis du sud ou les blancs d'Afrique australe » (Keith, dans Rapson, 85, 125). « Il y eut réaction contre ce mélange croissant des races, on fit appel à l'orgueil aryen, on protesta contre un état de choses qui menaçait de confondre Aryens et Dravidiens en une masse sans distinction » (Kennedy, loc. cit.). Le mariage entre les uns et les autres fut interdit.

Ensuite, à l'endogamie aryenne à l'égard des Dravidiens s'ajouta l'endogamie des classes aryennes les unes vis-à-vis des autres : c'est des manquements à ces lois nouvelles que procèdent les classes ou varnas mêlés, c'est-à-dire les castes : « A l'époque du Yajurveda et des Brâhmanas, varna signifie « classe sociale »,

dans les autres régions de PHindoustan. Faute de tenir compte de cette donnée essentielle, les historiens ont abouti à des conclusions opposées sur l'histoire de la caste ; les premiers, d'après l'autorité des livres brahmaniques, affirment que le système des castes, considéré dans sa substance, est en vigueur depuis l'époque du Yajurveda (1000-800 avant notre ère); les seconds, interprètes des sources bouddhiques, déclarent que, à l'époque du Bouddha 563-483, on ne découvre aucune trace du système des castes tel qu'il est reçu plus tard {in its later sensé). Ce que disent les premiers vaut pour la patrie du Brahmanisme (Kurupancâla: Delhi et nord-ouest de la province d'Agra) ; ce que disent les seconds vaut pour la patrie du Bouddhisme (Koçalavideha : Oudh et Bihar septentrional). Les premiers analysent des livres remplis des idées sociales qui sont le fondement même de la religion brahmanique; les seconds analysent des livres bouddhiques qui n'établissent aucune connexion intime entre la religion et le status social. » (Rapson dans Rapson 54-56). Je regrette de ne pas voir les raisons de ce conflit entre les étudiants du Brahmanisme et du Bouddhisme : pour moi la caste est constituée à l'est comme à l'ouest, et antérieurement au Bouddha.

et, pour la première fois, on parle de varnas mêlés, de classes résultant du mélange des quatre classes primaires. C'est à des mariages inégaux que les livres de loi (Manou, x, 6) attribuent l'origine des castes proprement dites (jàtï). Cette théorie, dans une certaine mesure, est indubitablement juste. Le principal facteur, nous ne disons pas le facteur unique, de la formation de la caste, c'est la parenté (descent). » (Rapson dans Rapson, p. 55. Giles, ibid. 75 ; Thomas, ibid. 479). A vrai dire, comme on Ta remarqué ci-dessus, les livres ne parlent jamais de la caste proprement dite, groupe endogame, telle que nous la connaissons parles faits modernes. De ce silence, la seule explication inadmissible est que la caste n'existait pas. Les livres donnent de l'origine des classes une explication qui vaut pour certains cas isolés et rend compte de l'origine d'une certaine classe dans l'ensemble du pays ; mais cette explication laisse sans solution un problème tout différent : pourquoi et comment une classe est divisée en groupes endogames ? — L'exemple cité ci-dessus des castes « serviles » d'Orissa est intéressant: les mésalliances des castes nobles créent une classe servile, divisée en groupes endogames correspondant aux castes nobles auxquelles appartiennent les pères : comme si, par exemple, les clients d'un groupe de gentes avaient des lois de connubium calquées sur celles des patriciens.

| 7. — Théorie et faits.

La théorie du métissage n'explique rien. Elle ne marque aucun progrès sur les vues que Barth écartait en 1882: « On dénie d'ordinaire l'existence de la caste au temps des Hymnes du Rigveda, pour en mon-

trer ensuite savamment, dans la période suivante, l'origine et l'édification progressive. Il faudra bien qu'on finisse par reconnaître que la différence entre les deux époques se réduit au fond à l'invention d'une théorie pour un état de chose immémorial » (I, 318).

Pourquoi tant de savants qualifiés attribuent-ils la caste au métissage ? Pourquoi se refusent-ils à admettre que la caste, dans sa caractéristique essentielle — la loi du connubium — est d'origine aryenne?

Sans doute1 parce qu'ils se font de cette loi et de son incidence une idée inexacte ; parce que, en général, ils ne distinguent pas suffisamment la réalité et la théorie de la caste : pour eux, la loi du connubium rend impossible toute mésalliance; si cette loi avait été en vigueur au début, brahmanes, nobles et pasteurs védiques, blancs et de nez aquilin, se continueraient dans des arrière-neveux de pur type afghan un peu tannés par le soleil du grand midi.

De nos jours, brahmanes, nobles, hommes même de rang humble2 sont fiers et soucieux de la pureté de

1. Il y a aussi chez eux méprise sur la thèse « aryenne *. Pour penser que les principes de la caste sont védiques et prévédiques, on n'affirme pas que toutes les tribus aryennes fussent constituées dans leur totalité en groupes endogames. On pense seulement que, parmi les Aryas, certains groupes respectaient ces mêmes lois que nous connaissons dans la Rome patricienne. Ces groupes ont servi de modèle au point de vue social comme au point de vue religieux.

2. Le Père Cœurdoux, après avoir parlé des sept sages védiques fondateurs des souches (gotras) brahmaniques : « C'est d'eux que les Brahmes prétendent descendre de père en fils ; et c'est une généalogie qui n'est pas aussi mal fondée qu'on pourrait croire : car tous les Brahmes d'une même souche se regardent comme frères et sœurs ; et pour ne pas commettre un horrible inceste, il faut épouser de toute nécessité une fille issue d'une autre de ces souches : conséquemment il faut prouver, avant le mariage, qu'on descend effectivement de tel ou tel de ces sept chefs : on le fait en montrant qu'on est allié, de père en fils, avec ceux qui, de l'aveu public, en sont issus ». (Ac. des 1 et B. L., 49, 666). — De même le Père Saignos : « Les Brames sont, comme on sait, la plus haute noblesse de ce pays; on peut dire même que c'est la plus ancienne

leur sang. Les sources bouddhiques confirment les informations modernes : pour être brahmane pur, il faut posséder comme nous dirions 256 « quartiers de brâhmanat », être irréprochable au point de vue de la caste, côté paternel et maternel, depuis au moins le septième ancêtre (Vasetthasutta).

Or, dès l'époque bouddhique, du moins au Magadha (?), il n'y avait pas de différences de race entre les brahmanes et les autres classes ; donc la loi du connubium a été établie à une époque où le métissage était plus qu'à moitié complet.

(a) Le métissage cependant est très conciliable avec la loi ancienne du connubium qui se préoccupe seulement de la première épouse, « la maîtresse de maison ». — Parmi les raisons qui doivent guider dans le choix d'une femme, le Mahâbhârata énumère dans l'ordre la richesse, la beauté, l'intelligence, l'extraction (JRAS. 1914, 1081). — Manou dit que le fils d'un brahmane et d'une fille kshatriya est semblable à son père. — On ne voit pas que l'Aryen ait jamais eu le scrupule de la pureté du sang (Barth, IV, 5) et la comparaison avec la question « couleur » de l'Amérique du Nord (Keith, Rapson, 92-94, 125-129) ne paraît pas justifiée. Sans doute l'hommo bien né doit éviter tout

et la plus sûre noblesse du monde ; car il est inouï qu'aucun de cette première caste se soit jamais mésallié » (3 juin 1736, Lettres édifiantes, Mémoires des Indes, 1819, III, p. 11).

Sur les tables généalogiques que tiennent les familles des Pâtils, chefs de village, ou des Kulkarnis, intendants, tant pour régler les mariages que pour établir leurs vatans, droits et privilèges, voir par exemple Fleet, Epigraphy [Indian Empire, II, p. 7). — C'est l'affaire des bardes et généalogistes (au nombre de 782.500), qui forment cinq castes dont les Bhâts (377.700) et les Mirâsi (291.600), de tenir en ordre les généalogies; ils visitent tous les ans un certain nombre de familles dont ils sont héréditairement les officiers d'état civil ; servent d'intermédiaires dans les mariages, etc. ; d'ailleurs en même temps « trouvères » et musiciens ; ils se classent d'après le rang social de leurs clients. Bainbs, Ethnography , pp. 85-8?.

contact avec une femme impure, avec la fille d'un boucher, d'un pêcheur ou d'un vidangeur. Mais est-ce vraiment une honte d'être né dune esclave, comme le pense M. A. Keith ? Tel n'est pas l'avis du Bouddha qui cite ses autorités : « Vasabhakhattiyâ, fille d'une esclave, est aussi la fille d'un roi ; son fils est aussi le fils d'un roi. Or les sages d'autrefois ont dit : « C'est la famille du père qui compte, non pas la famille de la mère », et ils ont accordé à une pauvre porteuse de bois le rang" de première reine ; le fils qui naquit d'elle fut roi de Bénarès » (Histoire de Vidùdabha, Dhp. 47., Revue Histoire Religions, 1892, I, comp. Senart, Castes, 119).

On a dit que les Hindous ne font jamais rien à demi, et souvent en effet ils ont poussé jusqu'à des conséquences extrêmes leurs thèses métaphysiques ou sociales. Mais l'Inde est aussi le pays des accommodements. Aucune des règles de la caste n'est d'une absolue rigueur. Le Pancavimça (6, 1, 11) prescrit une pénitence pour les hommes suspects au point de vue du lit, de l'eau (acceptée d'un hors-caste) et du mariage (Ac. de Connecticut, 1909, 32). Qu'on viole une loi, même essentielle, depuis longtemps ont été précisés des systèmes variés de purification et de réhabilitation, dont le salaire des prêtres est un élément capital. — « Si les règles [dans les textes anciens] souffrent de nombreux tempéraments, cela n'implique nullement qu'elles soient en voie de formation. De nos jours encore, si nous prétendions réduire la coutume en formules générales, nous serions amenés à une foule de réserves pareilles » (Senart, Castes, 134).

(b) A l'époque ancienne, le Brahmanisme ou Hindouisme n'était pas fermé. De même qu'aujourd'hui, les étrangers pouvaient entrer dans la société « contrô-

lée » par les brahmanes, et — non pas entrer dans une caste — mais former des castes nouvelles.

1. On connaît un rite, le vràtyastoma, par lequel des excommuniés pouvaient être réintroduits. Les Vràtyas paraissent être des gens de l'Est parlant un jargon, des clans ne pratiquant pas l'agriculture ou le commerce, tuant et maraudant : « Il paraît évident qu'ici, comme dans les descriptions analogues du Çatapatha. il s'agit non seulement de la réadmission de membres déchus mais encore et surtout de l'entrée dans la communauté orthodoxe d'étrangers plus ou moins nombreux et appartenant à des groupes ethniques différents : tout ce qu'on paraît exiger d'eux, c'est qu'ils aient cessé d'être allophones. C'est le vieux brahmanisme qu'on surprend ainsi opérant comme le fait encore l'hindouisme de nos jours, quand il recrute des çûdras et des râjpoutes parmi les aborigènes. » * Puisque, d'après la théorie des brahmanes (voir p.. 161), tous les clans, tous les hommes qui ne font pas partie de la communauté orthodoxe, en sont sortis, eux ou leurs ancêtres, par des fautes rituelles, par le mépris des lois de la caste, les étrangers sont tous des vràtyas ; ils peuvent, suivant leur position sociale et en raison de l'orthodoxie de leurs nouvelles pratiques, monter très haut dans la hiérarchie des castes 2.

1. Barth, II. 256, qui tire ici parti du rapport G. Campbell sur son Gouvernement du Bengale (1871-72) et Senart, Castes, p. 115. La bibliographie de ce problème est très vaste : il intéresse à la fois l'Atharvaveda (voir Bloomfield, p. 94) et un certain nombre de Brâhmanas et de Sùtras (sources dans Barth, et Galand, Ueber des Rituelle Sutras des Baudhayana). — Hopkins, Religions, p. 179, Weber, Jnd. Lit. Geschichte, p. 73, et Bloomfield croient qu'il s'agit de gens de langue et de race aryenne ; Winternitz, I, 430, 166, se rallie à l'opinion de Barth qu'il ne paraît pas avoir lu. — J. Charpentier ( Vienna oriental Journal XXV , 355) trouve une interprétation nouvelle (les Vràtyas seraient les fondateurs du culte de Çiva et les ancêtres spirituels des Çivaites) qui n'est pas satisfaisante. (Keith, JRAS. 1913, 155-166 et dans Rapson, p. 124.)

Page 1