On discutera cette question dans l'Appendice îl
ère, les genres les plus caractérisés de cette littérature étaient cultivés.
Cependant le problème n'est pas résolu si le sanscrit a jamais été une langue parlée ; s'il est, comme toutes les autres langues littéraires du monde, la forme perfectionnée d'un dialecte populaire. Bien plutôt le sanscrit est une langue d'école, qu'on apprend aux pieds d'un guru en commençant par la grammaire. — C'est le védique, transformé dans les écoles brahmaniques au cours des siècles, et mis en ordre par les grammairiens. Langue savante, langue pour usages savants, le sanscrit a pu d'ailleurs être employé de bonne heure pour des genres profanes. Les brahmanes se sont servi du sanscrit lorsqu'ils ont transformé les vieux récits épiques en livre de loi (Mahâbhârata).
| 7. — Langues du Bouddhisme.
I. L'activité du Bouddha se place en Magadha où il chercha et conquit l'illumination, en Koçala où il pérégrina souvent, en Videha où il mourut. Sa langue maternelle fut sans doute le dialecte plutôt kosalien du Teraï: différent du dialecte de Magadha, d'après Rhys Davids (JRAS. 1913, p. 481). Mais ce dernier dialecte allait devenir une langue impériale. — Nos plus anciens documents sont postérieurs au Bouddha de plusieurs siècles. La tradition, que les diverses communautés locales se préoccupaient peu « d'orthographier » la parole du Bouddha, est certainement fidèle1.
1. Un des vieux traités de discipline (Cullavagga, V. 33) raconte que deux moines d'origine brahmanique dirent au Bouddha: t II y a des moines de différents noms, de diverses souches brahmaniques (gotra), de diverses origines {jati), de diverses familles
Très vite, le Bouddhisme eut des recrues vers l'ouest, et jusque dans l'Avanti (Oudjein); il parla divers patois. Il hérita, sans doute, de termes prébouddhiques: les ascètes (çramanas) avaient un jargon à eux.
2. Les édits d'Àçoka sont dans une langue qu'on nommera la mâgadhï officielle. — Dans Pédit de Bhabra le roi énumère un certain nombre d'ouvrages qu'il recommande au clergé et aux laïcs : or les titres de ces ouvrages ne sont pas en mâgadhï officielle, mais dans une mâgadhï plus « avancée » au point de vue phonétique. La même mâgadhï se retrouve sporadiquement dans la nomenclature technique du canon pâli, dans les inscriptions de Bharhut, ailleurs encore. (Par exemple, elle a la sonore entre voyelles : adhigicya au lieu de adhikicya, pârâjika qui vient de pàràcika). — De ces faits on peut conclure que la mâgadhï officielle était archaïsante; 1 que les
(kula) ; ils corrompent la parole du Bouddha en la répétant avec leur propre prononciation (nirutti). Mettons la parole du Bouddha en sanscrit (chandas) ». Le Bouddha répondit : « Il ne faut pas mettre la parole du Bouddha en sanscrit : celui qui le fait est coupable d'un « méfait » (dufcfcata). J'ordonne d'apprendre la parole du Bouddha chacun avec sa prononciation ».
Ce texte prouve qu'à date ancienne les moines conservaient la parole du Bouddha en divers dialectes et que, à l'époque du Cullavagga, les moines de langue pâlie désapprouvaient les écoles bouddhiques qui sanscritisaient. Notons aussi que, en sanscrit, cJiandas signifie : « texte, langue védique », jamais « sanscrit ».
i. S. Lé vi, Observations sur une langue précanonique du Bouddhisme, J As. 1912, ii, 495-514, mémoire qui me parait décisif pour l'interprétation des faits linguistiques du vieux Bouddhisme. — Mais les conclusions de l'auteur, p. 512, sur la date du canon, nu s'imposent pas.
H. Luders, Bruchstucke Buddhistischer Dramen, 1911 : Le Bouddha aurait prêché dans une langue prototype de la langue des inscriptions sur piliers (langue de la chancellerie d'Açoka); cette langue est l'ancienne demi-magadhi (ardhamagadhi), beaucoup plus proche de la magadhi que l'ardhamagadhi postérieure adoptée par les Jaïrias. Le canon bouddhique a été primitivement rédigé en vieille ardhamagadhi (p. 40-41). — Mais il parait bien que l'adoucissement des consonnes intervocaliques (g pour k, etc.) et leur complet amuissement en certains cas (y pour k), qu'on
bouddhistes se servaient, en Magadha et ailleurs aussi, d'une mâgadhï plus proche de l'usage contemporain, quoique conservant certaines formes consacrées. M. S. Lévi, qui a découvert et interprété ces faits linguistiques, désigne cette mâgadhï comme « la langue pré-canonique du Bouddhisme » '. Peut-être dirait-on mieux « proto-canonique », car il semble bien que la Communauté avait un canon ou du moins des écritures sacrées, canoniques; peut-être, plus prudemment encore, « langue mâgadhï bouddhique ».
3. Dans le canon de langue pâlie, on relève un grand nombre de « magadhismes » : d'une part des formes traditionelles : bhikkhave « ô Bhikkhus » (au lieu du vocatif régulier bhikkhavo), sve « demain » pour svo, se pour tam (seyyatha), et un reste de flexion magadhienne (nominatifs en âse); d'autre part, deux ou trois îlots de magadhien isolés dans le Dïgha et le Majjhima: comme si le rédacteur pâli avait oublié de traduire, çà et là, un demi-feuillet de son manuscrit. — Les « magadhismes » dérivent sans doute de l'usage magadhien que l'influence des rois de Râjagrha-Patna répandit partout, peut-être de fragments d'écritures proto-canoniques.