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II. — Données astronomiques K

Les allusions rigvédiques et brahmaniques relatives au commencement de l'année, à l'ordre des constellations zodiacales, à l'étoile polaire, posent des problèmes auxquels on ne peut se dispenser de répondre; c'est l'honneur de M. Jacobi d'avoir étudié toutes les données astronomiques du Veda, d'avoir montré que des textes, à tort négligés, s'ils ne contiennent pas des indications d'une valeur chronologique incontestable, du moins réclament une explication.

La plupart des savants ont condamné et les conclusions de M. Jacobi et ses méthodes. Dans plusieurs cas, ils nient que les textes aient le sens que M. Jacobi leur attribue — par exemple que tel hymne du Rig prouve que Tannée commençait au solstice d'été, que tel autre prouve que l'année commençait au moment où le

1. On trouvera la bibliographie complète dans Wackernagel, p. ix et Winternitz I, 251. — Jacobi, Festgruss Roth, p. 68 {Ueber das alter des Rigveda); congrès de Genève, 1894, II, p. 101 (Beitrage zu unserer Kenntniss des vedischen chronologie), ZDOG. 49, p. 218; JRAS. 1909, 721 — Barth, Bulletin 1899-1902 (II, 249) ; JAs., 1894, I, 156; 1895, II, 231; Ac. des Inscriptions 9 fév. 1894; Ghavannes, Rapport, JAs., 1895, II, 68; Keith, JRAS. 1910, 218 ; dans Rapson, p. 110, 149.

soleil se trouve dans le Lion : ce qui met le solstice d'été dans le Lion et répond à l'état du ciel en 4500 avant notre ère; — dans d'autres cas, où l'interprétation de M. Jacobi prête moins à controverse, ils nient que les connaissances astronomiques des Indiens leur aient permis de faire des observations exactes et de noter, avec quelque précision, les observations qu'ils auraient faites.

Bûhler et Winternitz ont, au contraire, adhéré aux vues de l'ingénieux professeur de Bonn; mais leur opinion impressionne peu, car l'un et l'autre, pour des raisons d'ordre très subjectif, croient à la haute antiquité du Veda. Barth n'avait, sur ce point comme sur tous les autres, aucune idée préconçue; nous sommes émus par le soin qu'il prit d'examiner les huit thèses de M. Jacobi, les faisant toutes valoir, rejetant les unes, amendant les autres, montrant qu'on peut les admettre en écartant les conclusions que l'auteur en tire sur la date des écrits et des écoles védiques, confessant qu'il y a doute: « Nous restons, ici encore, en présence de probabilités contraires et la certitude nous échappe quand nous croyons la saisir ».

Deux des remarques de M. Jacobi sont faciles à comprendre.

(a) « Dans le Rigveda, il n'est pas fait mention d'une étoile polaire et, en effet, il n'y en avait pas dans la période ancienne à laquelle remonterait la composition des hymnes d'après M. Jacobi. Mais le rituel et, à sa suite, toute la littérature sanscrite, connaissent une étoile dhruva, « immobile »... Dans la nuit des noces, l'époux fait contempler à l'épousée le ciel étoile et lui montre Arundhatï (une des étoiles de la Grande Ourse, en mythologie le type de la femme pieuse et dévouée) et l'étoile clhruoa. Notre étoile polaire toute moderne — qui n'a commencé à devenir telle

que vers la fin du moyen-âge — étant hors de cause, si Ton considère en outre que, dans un pays comme l'Inde où le pôle est bas sur l'horizon, il faut qu'une étoile soit très proche de ce pôle pour paraître immobile, on verra que la seule étoile, qui vraisemblablement ait pu donner lieu à cette notion et à cet usage, est l'étoile du Dragon, qui était presque exactement polaire vingt-sept siècles avant Jésus-Christ » (Barth, J.As., 1894, I, 171) ^

(b) Les livres qui règlent le rituel domestique, Grihyasùtras, indiquent le moment de l'année où doit avoir lieu Yupakarana, commencement de l'étude du Veda : cette étude, ceci paraît certain, commençait à l'origine, commençait en principe au solstice d'été qui marque le début de la saison des pluies. Les sectes ascétiques font aussi retraite pendant cette saison : les bouddhistes ont le vassa ; les jains, la pajjusanà.

Çânkhâyana fixe Yupakarana « à la nouvelle herbe », donc, simplement au commencement des pluies; Pâraskara indique un moment précis de l'année solaire, à savoir la pleine lune du mois de Çrâvana ; Gobhila (école du Veda des chants) indique un autre moment, la pleine lune du mois de Praushtapada. On a dû établir la première date à une époque où le solstice d'été avait lieu en Çrâvana, c'est-à-dire vers 1300 avant notre ère; et la seconde date quelque trente siècles plutôt. Les bouddhistes commencent leur retraite annuelle (vassa) à la saison des pluies; les jaïnas commencent leur pajjusanà au mois de Praushtapada: les premiers se règlent sur le cours actuel des saisons, les seconds

1. Jacobi conclut que le rituel du mariage tel que nous le possédons a été écrit en 2700. - Qui ne voit que l'époque du Rigveda a pu connaître une étoile polaire sans que les Rishis se soient crus tenus de nous en parler? Qui doutera que, une étoile polaire étant utilisée dans un rite, on ait continué à s'en servir alors qu'elle s'était déplacée?

sur le cours des saisons tel qu'il se développait un bon nombre de siècles auparavant.

§ 3. — Géographie politique aux temps des sources bouddhiques K

Nous possédons des renseignements assez précis sur la géographie politique de l'Inde à l'époque du Bouddhisme ancien.

I. Dans la plaine qui s'étend des derniers contreforts de l'Himalaya à la Rapti au sud, à la Rohinï à l'est — plaine qui fait partie actuellement du Népal et des districts de Basti et de Gorakhpour — dominait le clan des Çâkyas, kshatriyas d'origine douteuse, qui avaient notamment pour prêtres des brahmanes du gotra Gautama. — La principale ville, Kapilavastu, fut visitée par Açoka, par les pèlerins chinois : Fuhrer en a découvert les ruines (1896). Près du village népalais Paderia (deux milles au nord de Bhagvanpur) se dresse encore le pilier érigé par Açoka dans le jardin de Lumminï2 à l'endroit où naquit le Bouddha (Oldenberg, Buddha 6, p. 111; JRAS. 1914, 391, 751; art. Lumbinî dans Hastings). Un peu plus au nord (Piprava), on a trouvé une urne inscrite en caractères d' Açoka : « Reliquaire du Bienheureux Bouddha de la race des Çâkyas » (Senart, J. As. 1906, i, 132; Olden-

1. Ce chapitre doit beaucoup à Rhys Davids, Buddhist lndia et chap. vu de l'histoire de Rapson. — Ne pas oublier que les sources bouddhiques sont très mal datées et contiennent des renseignements inventés de toutes pièces.

Je n'ai pu utiliser le bon livre de B. G. Law, Kshatrhja Tribes, Calcutta, 1923.

Il y a beaucoup de très vieille géographie dans le Mahâbhârata, le Râmâyana, les Purânas, voir S. Lévi, JAs., 1918, I, 1923, II.

2. Actuellement Rumindeï. — Speyer voit dans Lummini une forme màgadhî de Rukminî (devî), l'épouse de Krisha; objections de Barth, II, 308.

berg, Buddha 6, p. 111). — Les indications géographiques des vieux textes et du journal de voyage de Hiuan-tsang sont confirmées.

Outre Kapilavastunous connaissons plusieurs bourgades et marchés. Le pays était riche et peuplé. Il est merveilleusement arrosé : que l'industrie de Phomme se relâche, les champs de riz deviennent marécages. Le Teraï est une des régions inhabitables de l'Inde. — On a pensé pouvoir tirer parti d'indications tardives et tout arbitraires pour déterminer le chiffre de la population du pays des Çâkyas; un calcul suspect donne un demi-million.

Les Çâkyas n'étaient pas organisés en monarchie; on croit qu'ils tenaient des réunions soit locales, soit plus ou moins plénières ; qu'ils reconnaissaient à l'occasion un chef, primus inter pares. C'étaient des « Rajpoutes », comme leurs voisins, à l'est de la Rohinî, les Koliyas, brâhmanisés comme eux, et dont la capitale s'appelait « village de Rama ».

Les Çâkyas avaient dans le royaume de Koçala un puissant voisin. Quelques textes les représentent comme des « koçaliens » (Suttanipâta, 422, Majjhima, II, 124); ils se rattachent, dit-on, à la même race royale épique que les souverains du Koçala. La légende veut qu'ils aient été détruits par un de ceux-ci.

2. Le Koçala formait un état puissant et centralisé *. Sa capitale, Çrâvasti (Sâvatthi, aujourd'hui Sahet-Mahet, J. As. 1908, i, 307) au NNE de Balrampour, assez proche de la Rapti (Oldenberg, Buddha 6, p. 161), était située aux confins septentrionaux du royaume qui s'étendait très loin au sud et à l'ouest: il comprenait la ville et la province d'Oude (Sâketa, Ayodhyâ), pays de Râma ; il s'était agrandi sous le roi Kamsa, et

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