III. — Religion K
1. « Le fond de la religion védique est évidemment ce panthéisme rudimentaire qu'on désigne du nom d'animisme. Tout objet a une âme, est capable de
1. Distinguons, dans l'énorme bibliographie de la « religion indo-européenne » l'article très étendu de 0. Schrader dans l'Encyclopédie de Hastings (II, p. 11-56, Aryan religion) ; M. Winternitz, Was wissen wir von lndogermanenf (Munich, 1903), E. W. Hopkins, A study of gods, dans India Old and new, 1902, Meillet, La religion indo-européenne, Revue des Idées, IV, 689 et dans Linguistique historique, 323-334, A. Garnoy, Christus, p. 161-174. — J. Vendryes, Les correspondances de vocabulaire entre IHndo-iranien et l'italo- celtique, MSL. xx, 265, xxi, 40.
volonté et peut, le cas échéant, revêtir un caractère mystérieux et quasi divin. On adresse directement des hommages et des prières non seulement aux fleuves et aux montagnes, mais aux arbres, aux plantes, au char et aux armes du guerrier, au sillon, au soc de la charrue, aux ustensiles du sacrifice, aux animaux les plus infimes, à tout ce qui est ou paraît capable d'offenser ou de servir. — Mais, bien au dessus de ce vieux fond, quoiqu'elles y plongent leurs racines, s'élèvent les grandes divinités ». (Barth, 1896, iv, 255).
Nous tenons pour vraisemblable que cette description vaut pour la « religion indo-européenne ».
Le mot indo-européen pour dieu, deiwos, désigne un être lumineux, céleste; les dieux sont immortels; ils sont les donneurs de biens *. Par opposition, Phomme est l'être terrestre (horno est apparenté à humus), le mortel. — Parmi les dieux, le seul ou à peu près le seul dont le nom se soit conservé dans la plupart des langues, est le « ciel-père », dyâus pitâ, Zsuç, Juppiter. Le sentiment de la valeur étymologique de ce nom a disparu en Italie, où le vieux mot signifiant ciel (dydus, ace. dyàm) a pris le sens de jour (dies, ace. diem) 2; mais il s'est maintenu ailleurs. Les Indo-européens ont eu pour dieux le ciel, le soleil, les phénomènes célestes, et encore le feu, qui est à la fois céleste et terrestre, etc. (Meillet, Linguistique, p. 336), ou, pour mieux dire, des personnifications de ces éléments et de ces phénomènes.
Comment devons-nous penser qu'ils se représentaient leurs dieux? La réponse à cette question difti-
1. On a, dans le Veda, l'expression correspondant à Swtfipeç iâtov. — Plusieurs phrases toutes faites (rjpa «pépeiv, etc) remontent à la période pro-ethnique, Kaegi, liigveda, p. 165,