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CHAPITRE VI

Bakounine. — Netchaiev. — L'influence de l'Internationale SUR LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE RUSSE.

La figure de Bakounine, sa biographie, ses œuvres, son rôle dans l'Internationale sont très connus. Nous ne nous arrêterons à certains traits biographiques et à quelques épisodes de sa vie qu'autant qu'ils se rapportent directement au mouvement révolutionnaire rm

Né en 1814, à Priamoukhino, village du gouvernement de Tver, Michel Alexandrovitch Bakounine appartenait à une vieille famille de la noblesse, qui le destinait à la carrière des armes.

Il débuta comme officier, mais bientôt donna sa démission, voyagea à travers l'Europe et, en 1845, il arriva à Paris. Là, il entra en relations avec les socialistes Us plus connus: Jules Michelet, Lamennais, Proudhon. Expulsé par Guizot, à la suite d'un discours prononcé le 29 novembre 1847, dans un banquet de réfugiés polonais, il passa en Belgique. 11 rentra à Paris pendant la révolution de puis se rendit à Berlin.

Arrêté et réclamé par la police de Nicolas Lr, Bakounine fut livré par l'Allemagne. Bien qu'on ne pût lui imputer aucun crime commis en Russie centre les loi? nfSSeSj il fut cependant envoyé en Sibérie. Il s'évada, réussit a s'embarquer sur un navire amerirain, arriva au Japon, d'où il partit ensuite pour l'Amérique du Nord, Ln d< ceinbre 1861, il rejoignit à Londres son ami lleit/en, d< vint membre de la rédaction du Kolokol et se ùhim. ra pç< >que entièrement aux questions intérieures rasées, en général, et à la propagande des idées socialistes, ui partie uhr. llertzon nous a laisse un portrait remarquable du 1 >ak

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Russes et les Slaves. Souvent je me suis amusé de l'étonnement mélangé d'horreur de la femme de chambre de Miss Groos, quant, très tard dans la nuit, elle apportait l'eau chaude et le cinquième sucrier, dans ce laboratoire de l'émancipation slave. Longtemps après le départ de Bakounine de Londres, au n° 10 de Puddington Green, on racontait sur sa vie des faits qui renversaient toutes les conceptions de la bienséance du bourgeois anglais. Notons incidemment que sa propriétaire et la femme de chambre de celle-ci l'aimaient follement. Il recevait toujours les visiteurs à n'importe quel moment, et souvent, comme Oniéguine, il dormait ou se retournait dans son lit quand deux ou trois Slaves fumaient déjà avec une hâte fiévreuse dans sa chambre. Il se levait lourdement, faisait ses ablutions, et aussitôt commençait à prêcher. Jamais il ne se montrait ennuyé. Il pouvait sans fatigue parler avec l'homme le plus intelligent ou le plus stupide. Il en résultait parfois des malentendus très drôles. »

Quand éclata l'insurrection polonaise, Hertzen vit avec tristesse que Bakounine « commençait à boire sa boisson révolutionnaire » : « Il marchait avec des bottes de sept lieues à travers les monts et les mers, à travers les années et les siècles. Derrière l'insurrection de Varsovie il voyait déjà sa « belle fédération slave », dont les Polonais parlaient tantôt avec horreur, tantôt avec dégoût. Il se hâtait d'effacer d'une façon quelconque les difficultés, 'de résoudre les contradictions, et, sans combler les fossés, de jeter au travers des ponts du diabl<

Nous avons cité cette longue caractéristique car elle explique comment Bakounine put tomber entièrement sous l'influence d'un homme d'une énergie aussi farouche que Netchaiev. Bakounine, comme on le sait, entra dans l'Internationale, où il était surtout le représentant idées révolutionnaires de la fédération du Jura. Mais en

1872, au Congrès international de La Haye, il fut exclu pour avoir organisé une société secrète dans l'Interna-

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Ses idées sur la révolution russe, Bakouninc les a • posées maintes fois dans différents opuscules, surtout dans la brochure : Mouraviov, Pougatchev ou Pestel ? dans laquelle il proclame l'inévitabilité de la révolution en Russie, et demande à l'empereur d'en prendre la direction, sans quoi la révolution se fera contre lui. Dans une autre brochure : A mes amis russes, polonais et à tous les Slaves, Bakounine formule son désir de consacrer ses forces à la cause de la révolution russe, dont il esquissait les principes. Il disait que de la victoire de l'Italie sur l'Autriche datait l'existence en Europe d'un certain nombre de peuples soucieux de leur liberté et capables de créer une civilisation nouvelle basée sur elle : les Italiens, les Grecs, les Magyars, les Roumains, la grande nation slave. « Le peuple slave, écrivait Bakounine, plein de force, de sagacité, de talent, presque intact, non affaibli, et qui, si l'on peut dire, n'a fait jusqu'à présent que se préparera la vie historique, est prêt à prendre la tête de ce mouvement général d'émancipation ». Pour réussir il n'avait qu'à secouer le joug du monde officiel, essentiellement artificiel, conventionnel et parasitaire, qui n'avait plus rien à lui donner et n'était «qu'une alliance monstrueuse de la barbarie tartare et de la science politique allemande ».

C'est la même idée que développe Bakounine dans son livre L'Empire knouto- germanique dans lequel nous trouvons entre autres une curieuse et judicieuse remarque sur les chants populaires des travailleurs allemands qui ne parlent que de l'unité et de la grandeur germaniques sans leur promettre la liberté. L'émancipation du travail, un large et noble développement humain. Cependant « ils savent et tout le monde sait qu'aucune de ces belles choses n'existe en Allemagne et qu'elle ne peut devenir le grand empire knouto-germanique qu'en y renonçant pour longtemps, même dans ses rêves »,

La doctrine de Bakounine est, comme on le sait, essentiellement anarchiste. Dans sa critique du principe gén<

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truction de toutes les institutions politique, religieuses, juridiques, économiques et sociales sur lesquelles s'appuie l'ordre de choses actuel, bourgeois ; 2° la création de l'organisation indépendante et tout à fait libre des masses affranchies, à la place de l'ordre gouvernemental détruit.

« Dans l'œuvre de la révolution nous sommes ennemis de tout ce qui, de telle ou autre façon, appartient au système actuel, de tout ce qui aspire à être le guide du peuple. Donc nous sommes avant tout les ennemis de ce qu'on nomme la dictature révolutionnaire du gouvernement provisoire. Nous sommes convaincus que tout pouvoir pareil, quelque révolutionnaire qu'il soit, inévitablement, finira par trahir le peuple .et voudra s'éterniser. C'est le peuple qui fait les révolutions. La vraie révolution n'est que parmi le peuple, et tout pouvoir qui est au-dessus du peuple lui est fatalement hostile. Nous avons une foi entière en l'instinct des masses populaires, et nous comprenons la révolution comme l'explosion organisée de ce qu'on appelle les passions révolutionnaires et comme la destruction de tout ce qu'on appelle, dans le langage bourgeois, l'ordre social.

« Nous reconnaissons l'anarchie, cette expression de la vie et des aspirations populaires. C'est de l'anarchie, par la liberté, que doit naître la véritable égalité de tous, basée sur le travail librement organisé. »

Parlant en particulier de la Russie, Bakounine dit : « Nous voulons: i° que toute la terre russe soil déclarée propriété du peuple, de sorte qu'il n'y ait pas un seul Russe dépourvu de sa petite part de la terre russe : 2° le self-gouvernement de la commune, du volost (i) .du district . de la province, et enfin de l'Etat ; que le fonctionnarisme n'existe plus en Russie et que la centralisation bureaucratique soit remplacée par la fédération provinciale libre ; j° nous désirons que la Pologne, la Lithuanie, L'Ukraine, la Finlande, la Lettonie ainsi que les pays

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fluencc de l'Internationale sur le mouvement révolutionnaire russe. Sur ce point des renseignements précieux nous sont fournis par l'un des premiers fondateurs de la Narodnaia Volia (La Volonté du peuple), Stepniak (Kravtchinsky), dans son livre La Russie souterraine.

Après avoir mentionné que ce fut surtout la propagande de Tchernychevski, de Dobrolubov, de Hertzen, de Bakounine et autres qui développa dans la jeunesse russe le désir de l'activité révolutionnaire, Stepniak écrit : « Une nouvelle vague puissante vint de l'étranger ; elle avait sa source dans la « Société internationale des ouvriers », dont la force atteignit son apogée pendant les premier années qui suivirent la Commune. Il y a lieu de distinguer deux voies différentes par lesquelles l'influence de l'Internationale gagna la Russie ; ce fut, d'un côté, par la littérature, de l'autre, par l'action directe de différentes personnalités.

« Deux écrivains : Michel Bakounine, orateur et agitateur, qui fonda la section anarchiste ou fédéraliste de l'Internationale, et Pierre Lavrov, philosophe et publiciste remarquable, ont rendu, par leur plume, un grand service à notre cause : le premier, comme auteur du livre sur La révolution et le fédéralisme, dans lequel sont développées les idées sur la nécessité de l'insurrection immédiate ; le second, comme directeur de la revue Vpcriod (lui avant). Malgré des divergences sur certains points les deux écrivains reconnaissent la révolution paysanne comme l'unique moyen capable de modifier la situation intolérable du peuple russe.

« Mais l'Internationale avait aussi une influence directe sur le mouvement russe. Ici, il nous faut revenir un pou en arrière, parce qu'à ce point le mouvement révolutionnaire russe touche au mouvement purement individualiste qu'on a appelé le nihilisme. La lutte pour l'émancipation des femmes s'est confondue avec Le désir de cell< d'accéder à l'enseignement supérieur, I olea supé-

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