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CHAPITRE II

Le règne de Nicolas Ier

Dès que Nicolas Ier, frère cadet d'Alexandre Ier, eut atteint sa sixième année, il fut remis entre les mains du général N.-L Lamsdorf, nommé gouverneur du jeune grand-duc. Ce choix, que rien ne justifiait, n'était pas heureux. Homme foncièrement cruel, le général Lamsdorf avait fait de l'exemple des punitions les plus sévères la base de l'éducation de son élève, et, secondé par les autres professeurs allemands qu'il avait choisis, Adelung et Schtorch, entre autres, il contribua à développer en Nicolas Ier le caractère tyrannique dont l'avait doté la"nature, cause d'effroi pour tous ceux qui l'approchaient.

Alexandre Ier étant mort sans enfants, le trône devait revenir à son frère puîné, Constantin Pavlovitch, qui portait le titre de grand-duc héritier. Mais, en 1819, l'empereur Alexandre Ier et Constantin avaient informé Nicolas qu'il serait appelé au trône. Constantin qui avait épousé morganatiqueinci c une comtesse polonaise renonçait, en effet, à tous ses droits. Cependant, n'ayant pas de document officiel de la renonciatio.- de Constantin, quand Nicolas apprit la mort d'Alexandre Irr il prêta serment à Yen reur Constantin Pavlovitch. C'est seulement deux jours plus tard que le Conseil d'Empire, en séance solennelle, rompit les cachets de la lettre qui avait été déposée dans ses archives par Alexandre l,r.en C823, avec l'ordre de l'ouvrir aussitôt sa mort.

De pareilles lettres avaient été également remises au

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la peine de mort déguisée. En 1827, le comte Panine ayant confirmé, à Odessa, l'arrêt de mort prononcé contre deux Juifs pour le passage clandestin de la frontière pendant la peste, Nicolas écrivit sur le rapport : « Faire passer les coupables douze fois devant mille soldats. Grâce à Dieu, chez nous la peine de mort n'existe pas et ce n'est pas moi qui l'introduirai. » Tout Nicolas Ier, avec sa fourberie, sa cruauté épouvantable, est dans cette phrase. Sauf sous Ivan le Terrible, Pierre le Grand et Nicolas II, il n'y eut jamais en Russie autant d'hommes exécutés, fouettés à mort, que sous Nicolas Ier.

La première année de son règne il institua la fameuse Troisième section de la Chancellerie de Sa Majesté, qui se transformera plus tard en la non moins fameuse Okhrana, dont l'organe exécutif était le Corps de gendarmerie. Sur le rapport touchant la création de ce Corps de gendarmerie, Nicolas Ier écrivit qu'on se propose « de créer à côté de la police répressive une police préventive ».

Le premier chef du Corps des gendarmes, le comte Benkendorf , ayant demandé à Nicolas de quel principe il devait se guider dans ses fonctions, l'empereur lui tendant un mouchoir lui dit : « Voici ce que j'ai à te dire : plus tu essuieras de larmes, plus exactement tu exécuteras ma volonté. » On sait quel océan de larmes a fait verseï à la Russie cette Troisième section.

Nicolas introduisit l'organisation militaire partout dans les administrations civiles et dans les écoles. Quant aux persécutions de la censure, aux poursuites contre les écrivains elles étaient telles que le nombre des œuvres publiées diminuait considérablement d'une année l'autre. Tous les grands écrivains russes : Pouschkine Lermontov, Poléjaiev, Kostomarov, Biélinski, rlertzen, Ogariov, Dostoïevski, Tourgueniev! le poète ukrainien Chevtchenko et des dizaines d'autres ont été persécutés ou envoyés comme simples soldats dans des garnisons éloignées, ou emprisonnés. Mais, malgré H p< rsécutions

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Après qu'il eut dompté la Pologne, Nicolas Ier voulut prendre des mesures générales et décisives contre les Polonais d'abord, ensuite contre les libéraux et les révolutionnaires. C'est dans ce sens que fut conclu entre l'Autriche, la Prusse et la Russie l'accord de 1833 Par lequel les souverains alliés se promettaient assistance mutuelle en cas de crises politiques, et, en vertu de cet accord, la Russie s'ingéra partout pour réprimer les révoltes et les guerres visant à la conquête de la liberté. Ainsi, en 1847, l°rs du mouvement constitutionnel en Italie, Nicolas Ier mit à la disposition de l'Autriche le trésor de la Russie et lui promit, en cas de besoin, le concours de toutes les forces militaires russes contre le Piémont et la France.

Cette politique atteignit son point culminant en 1849 quand les troupes russes matèrent la Hongrie en révolte contre l'Autriche.

Le résultat de cette politique fut la haine de toute l'Europe pour la Russie, et cette haine fut la cause principale de la guerre d'Orient, en 1855, qui permit de voir que dans la vie intérieure de la Russie, derrière l'ordre apparent et la parade, il n'y avait que chaos et anarchie. Ni armes, ni munitions, ni voies de communication; la concussion érigée en système dans l'intendance, telle était la situation.

Nicolas Ier, qui avait commencé son règne en étouffant dans le sang le mouvement des Décembristes, le termina, en 1855, par la désastreuse guerre de Crimée, suivie d'une paix honteuse. Les trente années de son règne restent une des pages les plus sombres de l'histoire de Russie. T« manifestation d'indépendance, quelque Innocente qu'elle fût, était réprimée impitoyablement. Il fut interdit de quitter la Russie sans l'autorisation de l'empereur, île recevoir des journaux et des livres étrangers, d'abjurer,

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