CHAPITRE IV
LES PREMIERS CADRES RÉVOLUTIONNAIRES. — La PRESSE CLANDESTINE EN RUSSIE. — LES PREMIÈRES PROCLAMA- TIONS ET ADRESSES A L'EMPEREUR. — La SOCIÉTÉ « VELI-
korouss ». — Une proclamation « a la jeune génération )). — Les premiers procès politiques. — La Société « Terre et Liberté »
L'émancipation des paysans, qui mettait un abîme entre ces deux périodes de l'histoire de la Russie : le règne de Nicolas Ier et le commencement des années 60, appelait une série de réformes dans toutes les branches de l'administration russe. Une nouvelle conception de l'Etat exigeait un tout autre mode de gouvernement.
Les quatre-vingt millions de paysans, hier serfs, pour lesquels les propriétaires étaient les seuls juges et législateurs, ne pouvaient pas, devenus hommes libres, resoumis au même régime. Il fallait promulguer de nouvelles lois, créer de nouveaux tribunaux. Les propriétaii estimant qu'ils étaient lésés dans leurs droits par l'abrogation du servage, réclamaient comme c tion leur participation dans la gestion des affaire- de L'Etat
Alexandre II, quoique gardant jalousement les principes et les prérogatives de L'autocratie absolue, dut cependant faire certaines concessions à la tiobL aux propriétaires et il décréta L'institution des Zem& correspondant à peu près aux Etats provinciaux de L'ancien régime en France, ou à ses Conseils générau K sis,
Après les Zemstvos, la réforme La plus importante fut la création de nouveaux tribunaux el surtout L'institution du jury. Les nouveaux tribunaux int un
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tuation des paysans y était ensuite envisagée. Pour l'instauration pacifique de la légalité il est nécessaire de résoudre la question agraire de façon à satisfaire les paysan- ; c'est-à-dire que l'Etat doit leur donner tout*- les terres, au moins celles dont ils jouissaient pendant le servage, et les délivrer de toutes les redevances, prenant cellesci au compte de toute la nation ».
La conclusion du Velikoronss touchant la question politique était celle-ci : « Attendrons-nous qu'on nous chasse honteusement de la Pologne, après quoi la nation délivrée nous sera hostile, ou serons-nous assez intelligents pour renoncer bénévolement à une domination ruineuse pour nous et faire des Polonais nos fidèles amis ? » Puis, élargissant la question, le Velikoronss en arrivait au droit absolu des nationalités à décider de leur propre sort: « Nous autres, Grands-Russiens, nous sommes assez forts pour rester seuls, ayant en nous-mêmes tous les éléments de la puissance nationale. Fiers de notre puissance nous n'avons nul besoin de chercher, à l'exemple de l'Autriche, cette puissance artificielle, nuisible pour nous, qui consiste à retenir d'autres peuples civilisée dans la composition de notre pays. Nous pouvons et devons reconnaître le droit absolu de toutes les autres nationalité Nous le devons pour introduire et fortifier la liberté chez nous. Voilà l'explication du nom que porte notre journal. »
La dernière partie de la proclamation était consacrée à la question de la Constituante : « Tous sont d'accord pour ce qui est des traits principaux de l'ordre légal que la Constitution doit établir. Ce sont : la responsabilité des ministres, le vote du budget, l'institution du
jury dans les tribunaux, la liberté des cultes, la liberté
de la presse, l'abolition de toutes les castes et privilèges, le self-gouvernement dans les affaires de la commune et de la province. Mai- que faut il exiger ? Faut-il exiger que ce soit l'empereur qui octroie la Cons-
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corporations. C'est ainsi que Hertzen et Ûgarev en avaient rédigé une, revisée par Tourgueniev. Il était dit dans cette adresse, qui, d'ailleurs, ne fut jamais remise à l'empereur, que la réforme du 19 février a créé une situation dangereuse, sans issue ; qu'elle ne satisfait personne: ni la noblesse, ni les paysans, ni les marchands, ni les bourgeois, et que, par suite, il y a là un danger pour le trône lui-même. La seule issue à cette situation, disaient les auteurs, serait la convocation du Zemski Sobor dont les élections se feraient au suffrage égal et universel.
Parmi les autres adresses composées à cette époque, la plus importante fut celle de la noblesse de Tver, v< au commencement de l'année 1862. La noblesse de Tver y préconisait l'abandon complet des terres aux paysans, dans les termes suivants :
« Cette mesure, non seulement ne nous semble pas la violation de nos droits, nous croyons au contraire que c'est l'unique moyen de garantir la sécurité du pays et
nos propres intérêts Nous ne prétendons pas parler
pour tout le peuple, bien que nous sommes beaucoup plus près de lui et que notre ferme conviction est que la fidélité au trône (blagonamerennost) seule ne suffit pas pour satisfaire aux besoins du peuple ni même pour les Indiquer. Nous sommes sûrs que les réformes restent infructueuses parce qu'elles sont prises sans consulter le peuple et sans connaître ses besoins. Réunir les élus de toute la terre russe est l'unique moyen pour résoudre d'une façon satisfaisante les questions soulevées mais non résolues par la loi du 19 février. »
Ainsi, les demandes d'une Constitution, d< la coa\ cation de la Constituante émanaient à la fois des 1 Intellectuelles, de la bourgeoisie «t de la u<>l>K Il faut noter d'ailleurs que la noblesse de T\* r, < t plus tard 1rs zerastvos de la même province, turent toujours en tète du mouvement Libéral russe.
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