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cadres révolutionnaires s'élargissent, plus les abus de pouvoir deviennent nombreux. Au temps d'Alexandre III, et surtout pendant le règne de Nicolas II, c'est déjà presque la guerre ouverte du gouvernement contre toute la société russe.
Cependant, tout en poursuivant la lutte contre te mouvement révolutionnaire, le gouvernement était forcé de préparer quelques réformes, mais, comme toujours, dan> le mystère des bureaux. Ainsi furent élaborées les réformes universitaire et judiciaire. Cette obstination à tenir caché le plan des futures réformes suscita dans les classes intellectuelles et même dans la bourgeoisie une grande méfiance envers le gouvernement. L'opposition, qui se ranime à ce moment, obéit à deux courants, suivis, l'un, par la vieille génération, l'autre par la nouvel 1 « Les Pères et les enfants » sont en désaccord non sur le terrain philosophique, comme cela avait eu lieu à la fin des années 50, mais sur la question du minimum et du maximum des exigences politiques. Toutefois, dans bien des cas, les enfants entraînent les pères de leur côté. Cette évolution on peut l'observer dans l'activité de Hertzen et surtout dans celle de Tchernyehevski, qui, à cette époepue, passe de la théorie à la pratique et devient le véritable chef occulte du mouvement révolutionnaire. C'est pourquoi le gouvernement, sans preuves juridiques. L'envoie dans les mines de Sibérie.
La société politique la plus importante, au début des années 60, était, comme nous L'avons dit, celle qui avait pris pour devise le mot d'ordre Lancé par Hertzen : • Terre et Liberté » (Zemlia i \'olict).
On ne connaît pas encore La date exacte de La fondation de cette société ; on sait seulement qu'elle prit naissance dans Les premiers mois de [862 1 t que rchentychevski1, Ccrno-Soloviovitrh, Sleptzov, X. Outine, Rymarenko, N.-F. Paatéléiev ; dtes collaborât >rik :
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Assemblée nationale, tel est le but suprême « révolutionnaire » de la société « Terre et Liberté ><, de même que le Velikorouss demandait dans sa proclamation « non l'octroi de la Constitution, mais la convocation de députés qui l'élaboreront en pleine liberté ».
En juillet 1862, Cerno-Soloviovitch ayant été arrêl on trouva dans ses papiers un curieux projet de Constitution, élaboré dans tous les détails, et qui avait dû être rédigé non par Cerno-Soloviovitch seul mais par tout son groupe. Ce projet de Constitution était précédé d'un, lettre adressée à Alexandre II. On voit, d'après le texi qu'il se proposait de la remettre personnellement à l'empereur, comme il lui avait remis, en 1858, une note sur la question de l'émancipation. Mais en 185S, au lieu de faire arrêter l'auteur de cette note, Alexandre II y avait écrit de sa propre main : « Appelez-le et remerciez-le en mon nom. Dites-lui que non seulement je ne me fâche pa contre lui mais que je le remercie sincèrement pour la franche exposition de la véritable situation de l'aff airbien que l'ardeur de la jeunesse l'ait entraîné peut-êtr trop loin. Qu'il n'abandonne pas son service (1) ; j'espèr< qu'il pourra me prouver son zèle et son dévouement Dans cette jeune génération il y a beaucoup de bon et de vraiment noble. La Russie doit attendre beaucoup d'ell
Quatre ans plus tard, le même appel « sincère 0 à l'em pereur valait à son auteur huit ans de travaux foi et Alexandre II, qui disait au début de son règne que 1 Russie doit beaucoup attendre de La jeune génération, s'employait à combattre par tous les moyens ses généreux
élans.
Pantéléiev, dans ses très intéressants (Souvenirs nous fournit quelques données sur L'organisation de La société Zetnlia i Volia (Terre et Liberté). La Russie a\
été divisée en plusieurs régions : le Nord, où l'eu gardait
(1) Cerno-Soloviovitch était alors fonctionnaire A 11 CliaiuclU-ric Couscil d'Euiyirc
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nous avons déjà mentionnée. Très répandue dans les deux capitales, cette proclamation avait produit une impression très fâcheuse non seulement dans les milieux conservateurs et libéraux mais aussi dans ceux de l'opposition. Hertzen et même Bakounine, d'un côté, Tchernychevski de l'autre, étaient troublés par l'esprit de cette proclamation, où se révélaient tous les éléments de l'anarchie la plus extrême avec ses conséquences terroristes, et dont la parution coïncidait précisément avec les terribles incendies qui, pendant plus d'un mois, dévastèrent Pétersbourg et qu'on imputa soit aux révolutionnaires, ou comme on disait alors, aux nihilistes, soit aux Polonais.
Dans son article : « Les journalistes et les terroristes » (i) Hertzen parlant de la proclamation « A la jeune Russie » en désapprouve la teneur et dit : « On ne peut appeler aux armes que la veille de la bataille. Chaque appel prématuré est une indication donnée à l'ennemi. C'est une preuve de faiblesse. C'est pourquoi abandonnez la rhétorique révolutionnaire ; unissez-vous plus étroitement en vue de l'unité et de l'organisation. Unissez-vous avec le peuple pour qu'il oublie votre séparation de lui. Propagez non Feuerbach mais la religion de la terre, compréhensible pour lui... Et soyez prêts. Le jour fatal viendra ; al mettez-vous en rang et tombez au champ d'honneur. Mais ce jour ne l'appelez pas désirable. Si le soleil 9e 1 sans nuages ensanglantés tant mieux, el si c'est avec la couronne des Monomaques ou le bonnet phrygien qu'importe ! »
Les milieux révolutionnaires étaient si fortement troublés par la proclamation « A la jeune Russie » et (Uniraient tant effacer la mauvaise impression qu'elle avait faite sur la société russe que Tcherny< Sleptzov, membre très en vue de la Zemlia i 1 '( .'. r, de causer avec ses auteurs pour les amener à composition. Le résultat de ers pourparlers l'ut une nouvel) (i) Kolokol, i862, u" 141.
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part de Bakounine, Hertzen, Ogarev et Kelsiev. Vetochnikov fut arrêté à la frontière ; une perquisition faite à son domicile fit découvrir dans sa correspondance les noms de certaines personnes qui étaient en rapport avec les ('migrants russes à l'étranger.
D'après les enquêtes qui ont abouti au grand pro< où étaient inculpées « des personnes accusées de relations avec les propagandistes de Londres », ou « Procès des Trente-deux» on voit que les tendances révolutionnaires avaient gagné de larges cercles de la société, que de nouvelles forces étaient prêtes pour la lutte contre le gouvernement ; que les instigateurs de cette lutte avaient élaboré peu à peu non seulement des projets théoriques d'agitation politique, mais tâchaient de passer de la théorie à la pratique. On étudiait les moyens les plus commodes pour introduire en Russie la littérature révolutionnaire publiée à l'étranger ; on travaillait à entraîner dans le courant révolutionnaire les schismatiques et les vieux croyants, et on nouait des rapports avec eux par l'intermédiaire de Kelsiev ; on réunissait de fortes sommes d'argent, destinées aux buts révolutionnaires ; on envisageait l'opportunité de joindre au mouvement révolutionnaire1 russe, ceux des Polonais, des Arméniens, et de quelques populations allogènes.
Le Procès des Trente-deux, le premier grand procès politique du règne d'Alexandre II, traîna deux ans. ( à la fin de 1864 que le Sénat rendit son arrêt par lequel Nicolas Cerno-Soloviovitch, cet homme remarquable par son énergie, son intelligence et ses vastes conceptions politiques, était condamné à douze ans de travaux forcés. Le gouvernement avait trouvé ce moyen de se débarra d'un adversaire dangereux. Les autres Inculpés furent aussi condamnés, pour des temps variables, aux travaux forcés et à la déportation en Sibérie.
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