CHAPITRE L
ils ont été entourés. Il suffit de citer ici les noms d'auteurs tels qu'Adolphe Monod, Grandpierre, Gaussen, Bonnet, Newton, Th. Scott, Tholuck, Krummacher, etc., pour se convaincre que, parmi les scories, il se rencontrait bien quelques perles. Si la littérature religieuse étrangère était beaucoup lue dans le canton de Vaud, si les journaux du moment la recommandaient volontiers, cependant elle trouvait aussi, quand il le fallait, des correctifs dans le caractère vaudois, dans l'éducation religieuse antérieure et dans la littérature indigène elle-même.
Nous avons compté, parmi les publications spécialement religieuses sorties du canton de Vaud et dues à des plumes vaudoises, une cinquantaine d'ouvrages, se rapportant soit à l'éducation chrétienne, soit à la biographie et à l'histoire, soit surtout à l'édification proprement dite. Ici encore le sermon domine; mais parmi les auteurs il faut nommer des hommes tels que Gaulhey, Scholl, Dapples, Bauty, Gonthier, Fabre, etc., sans parler de Vinet, Rochat, Manuel. L'influence exercée en leur temps par ces derniers est hors de toute contestation. Elle devient prépondérante à mesure que le mouvement se continue. Vinet, en particulier, acquiert peu à peu la place qui lui est due. En 1837, il publia les deux discours intitulés les Enfants de Dieu, qui devaient être réimprimés plus tard avec les dernières corrections de l'auteur dans les Nouvelles études èvangèliques. (1851.) C'est en quittant Bâle, que Vinet avait adressé cette instruction chrétienne au troupeau dont il avait fait partie durant près de vingt ans. Les enfants de Dieu qu'il avait en vue ne comprenaient pas toujours parfaitement ce que signifie ce titre qu'on leur donnait et qu'ils se donnaient. Beaucoup de fidèles ne le connaissaient que comme une déclaration de leurs privilèges et n'y voyaient absolument rien qui eût trait à leurs devoirs. Au lieu de ne voir dans le titre en question que la
moitié du christianisme, Vinet y voyait le christianisme tout entier. A ses yeux, les créatures qui pouvaient prendre ce titre étaient les chrétiens tels qu'ils sont en vertu du pardon qui leur a été accordé d'en haut, tels qu'ils deviennent par le développement successif de cette nouvelle vie que fait naître en eux le sentiment de ce pardon ; et le nom qu'ils portent lie comme en un faisceau indissoluble toutes les espérances et toutes les obligations de l'âme rachetée.
C'est dans ce temps aussi (1838) que Rochat ajouta deux nouveaux volumes à ceux qu'il avait déjà publiés. Ce furent d'abord les Discours et méditations sur diverses portions de la Parole de Dieu, puis le Recueil de discours et de morceaux divers déjà publiés à part ou insérés dans des journaux religieux. Ces volumes, non moins édifiants, non moins riches en développements bibliques que ceux qui les avaient précédés, étaient la vivante reproduction de cette prédication simple, solide, en général consacrée aux vérités fondamentales de la foi et aux expériences les plus importantes de la vie chrétienne, et bien propre à l'affermissement des enfants de Dieu comme au réveil des âmes qui appartenaient encore au monde. Gomme toujours, l'auteur y faisait preuve d'une expérience chrétienne profonde. L'argumentation, constamment fondée sur des passages précis de la Parole de Dieu, y revêlait un ton qui trahissait l'amour des âmes.
Le mouvement religieux de notre époque a donné aux pays de langue française une traduction des saintes Ecritures dont lhistoire est assez intéressante pour que nous en disions ici quelques mots. Du reste, comme on le verra, cette histoire appartient directement à notre sujet.
Un jour, c'était le mardi 2 octobre 1827, vingt-deux minis-