CHAPITRE
très de la Parole de Dieu se réunissaient en conférence fraternelle dans la maison de M. Théod. Rivier, à Lausanne. Parmi eux se trouvait M. Louis Gaussen, pasteur à Saligny, dans le canton de Genève. Celui-ci exposa éloquemment combien il était urgent de faire reparaître, toutefois après l'avoir revue et corrigée, la meilleure des anciennes versions françaises de la Bible, soit la version de Genève de 1712. A la suite d'un entretien sérieux, l'assemblée adhéra unanimement à cette proposition et chargea MM. Gaussen, G. Jayet et Henri Olivier des premières démarches à faire. Ces trois messieurs peuvent donc être considérés comme les vrais fondateurs de l'œuvre. Cependant les pasteurs L. Burnier, C. Dapples et Rod. Mellet leur furent bientôt adjoints et formèrent avec eux le premier comité ou comité provisoire.
Le 13 février 1828, une première assemblée générale réunissait à Lausanne quinze des nombreux collaborateurs. On y convint que le travail de ces derniers commencerait par la Genèse et devrait être achevé pour la fin d'avril; que chacun d'eux aurait une tâche particulière, bien que tous fussent autorisés à proposer toute espèce de corrections ; qu'au terme de la révision de chacune des parties dans lesquelles on aurait divisé la Bible, il y aurait une assemblée générale pour y discuter les changements proposés ; qu'un comité de sept membres surveillerait toute l'entreprise, et qu'un ministre correcteur, nommé par l'assemblée et seul salarié, aurait à préparer le travail du comité et à maintenir, sous sa direction, l'activité de toutes les parties de l'œuvre. C'est en ce jour aussi que le comité provisoire fut confirmé avec l'adjonction d'Auguste Rochat comme septième membre, et que l'on offrit à M. H. Thomas, alors suffragant à Bâle, la charge importante de ministre correcteur. C'est également dans cette réunion que s'établit entre les collaborateurs la répartition du travail et que l'œuvre projetée commença décidément.
Les difficultés de l'entreprise se montrèrent dès le premier jour. Il fallait s'y attendre, et nul ne s'étonnera que ces difficultés fussent aussi diverses que nombreuses. On ne tarda pas à reconnaître que la version de l'Ancien Testament serait fort longue, et comme c'était surtout en vue du Nouveau Testament qu'on avait entrepris le travail, on abandonna brusquement l'Ancien et on se mit au Nouveau dès le mois de mai 4828. On employa six années pour arriver à la fin de l'Apocalypse, soit vingt-neuf sessions , dont la dernière eut lieu en juillet 1834, à Bullet, dans la cure de M. H. Thomas. Quatorze sessions furent ensuite consacrées à corriger le travail primitif. Le 23 avril 1836, cette grande entreprise était achevée dans la jolie et hospitalière campagne des Grottes, aux portes de Genève, chez le pasteur Gaussen. En 1839 enfin, paraissait à Lausanne, comme simple édition d'essai, format in-8, Le Nouveau Testament de notre Seigneur Jésus-Christ, traduit sur l 'original par une Société de ministres de la Parole de Dieu. Cette édition était tirée à 2000 exemplaires, dont les trois quarts étaient souscrits d'avance1.
La version du Nouveau Testament était attendue de divers côtés avec impatience. Déjà en 1835, à la veille du trois centième anniversaire de la réformation à Genève et dans le canton de Vaud, on sollicitait fortement les traducteurs de hâter leur travail, afin qu'ils pussent donner leur traduction aux familles chrétiennes de la Suisse française, comme un don jubilaire2.
1 Nous renvoyons pour tous les détails historiques aux deux ouvrages de M. Louis Burnier : La version du Nouveau Testament, dite de Lausanne, 1866 ; et Les mots du Nouveau Testament dans les versions comparées d'Ostervald et de Lausanne, 1871. Voir encore : Nouvelle version de l'Ancien Testament, etc., Avis, Lausanne 1866.
2 Gazette évangélique, N° 3, supplément, 13 février 1835.