‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 9 sur 173 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

de reconnaître en lui un prédicateur puissant de la Parole de Dieu, un pasteur fidèle et vigilant, un chrétien parvenu à un rare degré de spiritualité et de sanctification. M. Rochat avait succombé à une longue et douloureuse maladie. L'année précédente déjà, sa femme l'avait devancé dans l'éternité, et il laissait après lui un jeune fils, orphelin de bien bonne heure. La mort de ce courageux et fidèle serviteur de Dieu était, on le comprend, un coup bien rude porté à la dissidence vaudoise.

A plus d'une reprise déjà, dans le cours de cette histoire, nous avons apprécié l'action exercée par la littérature religieuse du jour sur le mouvement général du réveil. Seulement, nous n'avons jusqu'ici tenu compte que du genre sermon, et des journaux ou écrits périodiques; nous sommes restés dans les limites des publications vaudoises. Il n'est pas sans intérêt de jeter un coup- d'œil plus général sur ce côté de l'activité religieuse, en recherchant l'influence que des publications étrangères ont pu exercer au milieu de nous, et en considérant la période tout entière dont nous retraçons à cette heure l'histoire, c'est-à-dire celle qui embrasse les années 1831 à 1840. Il va bien sans dire cependant que nous ne parlerons point ici des nombreux écrits, volumes, brochures ou journaux d'une nature spéciale, que nous avons utilisés à litre de documents historiques, et que nous avons cités ou que nous citerons encore à ce même titre.

Si nos calculs sont exacts, et nous avons quelque raison de les croire tels, pendant les dix années qui fournissent la matière de cette seconde partie, environ trois cents ouvrages dilïérents, et d'une nature purement religieuse, ont été mis en circulation dans le canton de Vaud, sous le patronage du réveil. De ces

trois cents ouvrages, les cinq sixièmes à peu près sont venus du dehors; une cinquantaine sont des traductions de l'anglais, une trentaine des traductions de l'allemand ; les autres volumes ont paru en France ou dans la Suisse romande et surtout à Genève.

Quant aux genres auxquels ces diverses publications appartiennent, ils sont très variés. Les explications de l'Ecriture sainte, les expositions de doctrine, les sermons surtout dominent. Puis viennent des portions de l'histoire de l'église, des biographies en assez grand nombre; des traités de morale chrétienne, d'apologétique populaire. La controverse avec les catholiques romains abonde dans les écrits venus de France. Le genre des nouvelles et des romans religieux est déjà fortement représenté.

11 est assez difficile d'apprécier exactement l'influence que cette littérature venue du dehors a exercée sur le mouvement religieux dans le canton de Vaud. Nous savons tout ce que l'on a dit contre elle et les accusations dont les traductions de l'anglais ont été en particulier l'objet. Ici, comme en toutes choses, il y a du vrai et du faux. Assurément, bon nombre des ouvrages dont il nous serait facile de faire passer les titres sous les yeux de nos lecteurs n'ont qu'une valeur très contestable. Mais leur influence a dû être en proportion de leur valeur, c'est-à-dire à peu près nulle. D'autres ont pu contribuer à rendre la foi exclusive, méticuleuse, la vie chrétienne incomplète. En général, il y a peu d'ampleur dans la manière dont beaucoup de ces productions conçoivent et présentent le christianisme. Elles ont pu donner à l'esprit quelque chose d'étroit et à la vie quelque chose de formaliste. Mais la plupart ne méritent certainement pas les anathémes prononcés contre elles. Beaucoup de ces ouvrages ont fortement contribué à faire goûter la vérité, à la faire pénétrer dans les diverses couches de la société, surtout dans le peuple. Plusieurs même étaient dignes de tout le respect et de toute la confiance dont

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