CHAPITRE IV
Le second projet du conseil d'état et la loi du 14 décembre 1839.
La commission chargée d'élaborer un nouveau projet de loi. — Agitation des esprits.
— Les journaux. — Guerre de plume. — Séparation; église libre. — Activité des conférences fraternelles. — Session de printemps du grand conseil, de 1839. — Evolution radicale. — Adresses des classes au conseil d'état et au grand conseil.
— La coalition du clergé. — Gravité de la situation. — Les partis en présence. — Le second projet du conseil d'état. — Mécontentement général. — Le fantôme du méthodisme. — Appréhensions des partisans de la confession helvétique. — Session d'automne du grand conseil. — Pétitions. — Rapport de la commission d'examen du projet de loi. — Modifications au projet. — Pétition de Romainmôtier. — Discussion. — Pétitions pour et contre le rétablissement de la confession de foi. — Lettre de M. Yinet au grand conseil. — Le jury de doctrine. — Protestation et requête de MM. Germond et 5. Thomas. — Autres pétitions. — Suppression définitive de la confession helvétique. — Loi du H décembre 1839. — Joie et consternation.
Après avoir retiré son premier projet, le conseil d'état, sans perdre de temps, chargea le département de l'intérieur d'examiner quelle serait la marche à suivre pour réviser le projet et en préparer un second. La nouvelle commission devait baser, autant que possible, son travail sur ce qui existait déjà, c'està-dire prendre pour guide les Ordonnances ecclésiastiques et y apporter les modifications que le temps et les circonstances feraient juger nécessaires. Avant de procéder aux détails, la commission présenterait au conseil d'état les bases de son travail; celles-ci une fois arrêtées par le conseil, la commission élaborerait les articles du nouveau projet de loi. Ce dernier travail devait être achevé assez tôt pour que le conseil d'état fût en mesure de présenter son nouveau projet dans la session de mai, et que la commission du grand conseil pût l'examiner dans l'intervalle des deux sessions. Le G février, le conseil d'état constitua la commission en désignant MM. Boisol, conseiller
d'état, président, Leresche, ancien professeur de théologie, pasteur à Lutry, Pidou, président du grand conseil et membre du conseil de l'instruction publique, Grenier, pasteur à Vevey, et Espérandieu, juge d'appel, remplacé aussitôt par M. Muret, vice-président du tribunal d'appel. Comme on le voit, cette commission renfermait deux ecclésiastiques, deux laïques, et un conseiller d'état, président.
Tandis que la commission du nouveau projet se mettait en devoir de satisfaire aux prescriptions du conseil d'état, la polémique déjà engagée sur la question ecclésiastique se continuait plus vive, plus ardente que jamais. Des deux côtés on sentait que le moment était arrivé d'exercer une influence décisive dans un sens ou dans l'autre ; on sentait que le projet en préparation serait définitif, qu'il assurerait la victoire au parti qui l'avait déjà remportée une fois, ou qu'il la lui arracherait. L'agitation était grande dans le pays et cette agitation était entretenue, augmentée par le langage des journaux.
Deux publications régulières représentent les deux partis extrêmes qui, par leur antagonisme absolu, rendent toute transaction impossible. Le Narrateur religieux est l'organe du parti évangélique. Il veut le maintien de la confession de foi helvétique, mais surtout des doctrines de la confession. Il plaide la cause de l'introduction des laïques dans les corps constitués de l'église. Il s'inspire essentiellement des idées et des principes de la nuance qu'on pourrait appeler la gauche libérale. La droite évangélique, partageant en général les idées du projet Bauty, n'envisagerait point le Narrateur comme son organe, si, d'un autre côté, celte même nuance n'était pleinement d'accord avec la gauche sur le maintien de la confession de foi. Il résulte de ceci que le Narrateur, tout en ayant son point de vue fort arrêté, ouvre ses colonnes à tous ceux qui éprouvent le besoin de rompre quelque lance avec l'organe du parti contraire.