CHAPITRE IV
Cet organe, c'est le Nouvelliste vaudois. Nous avons suivi ce journal à travers les diverses phases qu'il a parcourues et nous avons signalé sa dernière et importante évolution. Le Nouvelliste est agressif, violent ; il représente la force populaire, brutale ; il a une logique souvent juste, le plus souvent fausse et toujours impitoyable. Le Nouvelliste a plus de coup d'œil, plus de flair que les organes de la pléiade doctrinaire, il devine en l'homme les instincts bas auxquels on peut faire appel avec quelque certitude de succès et il sait que la force prime le droit et l'emporte sur le nombre. A ce moment, en effet, et pour quelques années encore, le Nouvelliste n'a pas le nombre pour lui ; le pays n'est pas encore conquis. La majorité, dans le sein du grand conseil, peut bien reconnaître M. Druey comme son chef de file dans la croisade contre la confession de foi ; ce n'est là qu'une coalition de toutes les sortes d'incrédulités ; mais il faudra du temps avant que le pays soit mûr pour un bouleversement religieux comme celui de 1845. En attendant, le Nouvelliste travaille de son mieux à amener un tel résultat ; il y travaille avec ardeur, sans scrupules d'aucune espèce.
C'est donc entre le Narrateur religieux et le Nouvelliste vaudois que se poursuit essentiellement la guerre de plume qui aboutira à la défaite du christianisme positif et au triomphe des négations hégéliennes. D'autres écrits périodiques se mêleront à la lutte, mais dans une mesure restreinte, et l'armée des brochures et des pamphlets n'apparaîtra sur le champ de bataille qu'à la dernière heure ou même après le combat. Notre rôle pourrait donc se borner à recueillir les arguments échangés de part et d'autre dans cette discussion contradictoire, de manière à laisser parler et agir eux-mêmes les acteurs de ce drame intérieur.
Nous avons vu que le Nouvelliste l'avait pris tout d'abord sur un ton très haut avec les partisans de la confession de foi. Il critique fort leurs discours et leurs votes dans la discussion du grand conseil. Il s'attaque même aux journaux du dehors, au Fédéral de Genève, au Constitutionnel neuchâtelois , qui avaient déploré le rejet de la confession et prédit des conséquences graves pour l'état et pour l'église1. Le clergé est constamment et violemment pris à partie par le journal de M. Druey qui le représente à dessein, et avec une persistance fanatique, comme un ensemble de fonctionnaires de l'état. Les conséquences de ce point de vue ne pouvaient être évidemment que la soumission finale et complète de l'église à l'état*. Des articles pleins de railleries et de personnalités à l'adresse des ministres, donnent lieu à de nombreuses réclamations que le Nouvelliste insère parce qu'il y est forcé, mais dont il cherche à détruire immédiatement l'effet par de mordantes critiques. On le sent profondément irrité contre les méthodistes*, et il ne cesse de répéter auxévangéliques : Séparez-vous!
Les évangéliques entendent bien ce conseil, et il faut dire, à leur louange, qu'ils ne le repoussent pas absolument. Ils voudraient cependant ne pas se séparer seuls ; ils ne redoutent pas la séparation, mais ils la voudraient pour tout le monde*. Jusqu'à preuve du contraire, ils prétendent que la maison est à eux et que ce n'est pas à eux d'en sortir. Le moment viendra peutêtre où, effectivement, il faudra sortir, et cette perspective, sans être attrayante pour tous, est envisagée par plusieurs comme
1 Nouvelliste vaudois, N° 14, 15 février 1839. (Revue.) 1 Ibid., N° 19, 5 mars 1839.
3 Ibid., No 21, 12 mars 1839.
4 Ibid., N° 20, 8 mars 1839. (Lettre de M. L. G., ministre, à Morges.)