CHAPITRE III
bien que pour nous, mais il y a plus dans la pétition qui nous occupe; et, en présence d'une attaque de cette nature, le silence que nous aurions gardé aurait eu l'air d'un tacite consentement.
Agréez, monsieur le président et messieurs, l'hommage de notre profond respect. {Suivent les signatures.)
Le vote du 23 janvier sur la confession de foi eut quelque retentissement au dehors. De Genève, un des professeurs les plus pieux de la faculté nationale de théologie écrivait à l'un de ses amis à Lausanne : « Voilà deux grands pas faits; la faculté de théologie bien renouvelée et le joug de la confession de foi ébranlé. Je dis ébranlé et non brisé, parce que je m'attends que si l'amendement Druey a passé à une petite majorité, la loi entière pourra bien être rejetée à la fin, et les choses rester dans le statu quo. Cette votation n'en est pas moins un grand événement qui a dû, chez vous, donner beaucoup à penser. Deux choses cependant.m'ont fort peiné dans cette délibération. L'une, que cette victoire a été remportée non par les gens religieux, mais par les irréligieux; elle a été une vengeance du panthéisme irrité et non une conquête de la loi de liberté et d'amour, et dans cet esprit-là elle ne pourra être ni féconde en bons fruits, ni même durable. L'autre, c'est dans les choses dures et même entièrement fausses avancées sur Genève dans les discours d'hommes en général éclairés, bienveillants, modérés, exempts de tout fanatisme et revêtus de fonctions importantes »
A Genève, où l'église nationale avait dès longtemps rejeté toute confession de foi, il était naturel qu'on acclamât le vote du grand conseil vaudois. Cependant, nous voyons que le plaisir : éprouvé n'était pas sans mélange et qu'on déplorait les mo-
1 Lettre du professeur C , à M. J. G , à Lausanne, 29 janvier 1S39.
MOUYfcM. RELIG. IV li
biles non avoués, mais parfaitement connus, qui avaient dirigé les attaques des adversaires de la confession de foi. Ceux-ci faisaient les affaires du rationalisme et de l'incrédulité, nullement celles de la liberté et de la vérité.
A Paris, les chrétiens évangéliques, qui suivaient d'un œil attentif et anxieux ce qui se passait à Lausanne, devaient considérer les choses autrement que le professeur de l'académie de Genève. On voyait donc dans le vote sur la confession de foi « moins une révolution qu'une simple évolution, » « la conséquence des événements politiques de 1798, du réveil de 1818, » « la souveraineté du peuple remplaçant l'aristocratie bernoise et s'exerçant sur les affaires religieuses. » On voyait dans ce vote la démonstration de ces deux thèses : « 1° Une église nationale est impossible dans un pays de démocratie telle que celle du canton de Vaud. 2° On a eu beau inscrire l'église nationale dans la constitution de 1831, ces mots n'ont pu donner naissance à ce qui n'existait pas. » Puis, jetant un coup d'œil interrogateur sur l'avenir, on disait: « Il est probable que c'est l'asservissement officiel de l'église qui prévaudra... Les rationalistes ont vu que le méthodisme, comme ils appellent le vrai christianisme, gagnerait seul à la séparation.... Ils veulent un culte salarié par l'état, une administration ecclésiastique qui représente réellement leurs vœux et leurs opinions antiévangéliques, afin que les chrétiens évangéliques sortent de l'église... C'est une triste queue de 18244. »
1 Archives du christianisme, N° 4, 23 février 1839.