CHAPITRE IV
une sauvegarde pour les doctrines attaquées. La grande question est là, en effet. Il s'agit de sauver ce que les uns envisagent comme la vérité, ce que les autres repoussent comme une superstition dépassée. Les craintes relatives au renversement de la doctrine évangélique se manifestent de plus en plus. On s'étonne que les classes n'aient encore rien dit ; on voudrait qu'elles parlassent, qu'elles affirmassent V incompétence du pouvoir civil en matière de doctrines1. La suppression du symbole officiel de l'église vaudoise n'empêchera pas les pasteurs de prêcher tout le conseil de Dieu pour le salut des hommes pécheurs; mais « savons-nous, disent-ils, ce que la liturgie et le catéchisme révisés nous préparent2? » On sait bien qu'il y a dans les conseils delà nation un parti assez influent, dirigé par un homme prodigieusement actif et dont le but est la ruine de l'église nationale, d'abord par l'abolition de la confession de foi, puis par l'adoption d'une autre liturgie et d'un autre catéchisme. On espère que ce parti ne réussira pas ; cependant l'église est très fortement menacée, et si l'on venait à imposer un formulaire infidèle, trois cents ministres se lèveraient pour signer la séparation complète de l'église et de l'état. (1) On ne remplacerait pas l'église renversée par une église congrégationnelle, à l'instar des dissidents, mais par une église presbytérienne, fortement organisée3. C'est ainsi que l'idée et le mot même d'église libre apparaissent, s'expriment et se prononcent de plus en plus. Cette église serait une chose autre que l'église nationale et que la dissidence, et l'on y sera amené, si l'on ne parvient pas à organiser l'église nationale sur ses vraies bases4. Mais, s'écrie-t-on, «périsse mille fois l'union de l'église et de l'état, plutôt que de voir exposée à quelque péril la foi de l'église et la confession de celte foi !
1 Narrateur religieux, N'° 12i, 16 mai 1839.
» Ibid., >"° 112, 12 février 1839. (Lettre du pasteur L. Germond.)
3 Ibid., N° 116, 21 mars 1839.
* Mb., N° 118, 4 avril 1839.
La question de la foi est une question d'être ou de ne pas être, mais l'église peut être séparée de l'état et être; c'est ce que trois siècles glorieux ont démontré ; c'est ce que démontrent encore les Etats-Unis1. » L'état ne peut gouverner l'église, avait écrit M. L. Burnier ; celle-ci a besoin de liberté ; elle a le droit de s'organiser intérieurement. Mais tout a été mis en question, tout a été balayé. Il ne reste donc plus à l'église qu'à se constituer, à s'organiser et à se conduire par elle-même2.
Parmi les efforts tentés dans le but d'opposer une digue au torrent qui menaçait d'enlever à l'église vaudoise ce qui la caractérisait particulièrement, la saine doctrine évangélique, il faut signaler l'action des conférences fraternelles.
A la date du 29 mars 4839, le pasteur C. -A Dapples, de Villette, convoquait les membres des conférences en une assemblée qui aurait lieu à l'Oratoire de Lausanne , le mardi 16 avril suivant. « Nous ne pouvons nous le dissimuler, écrivait M. Dapples, notre église nationale est sérieusement menacée dans sa doctrine, c'est-à-dire dans son existence.... Le but qu'on se propose chez nous est tout simplement de substituer dans notre église le rationalisme allemand aux doctrines reçues et prêchées parmi nous depuis le temps de la réformation.... Quant à nous.... si notre église nationale vient à être renversée, nous devons élever sur ses ruines une autre église, etc.. » L'ordre du jour, proposé pour la réunion du 16 avril, posait ces deux questions: 1° Si notre église nationale succombait sous les coups de ses adversaires, conviendrait-il de la remplacer par des églises congrégationnelles, ou par une église presbyté-
1 Narrateur religieux, N° 124, 16 mai 1839.
* Ibid., N° 114, 7 mars 1839. Supplément. (La constitution de Vèglise.)