CHAPITRE IV
connaissait déjà des bases de ce projet justifiait ce point de vue. La commission législative n'avait dans le fond pas fait autre chose que céder aux circonstances et se soumettre à la nécessité. Elle avait consulté l'opinion probable du peuple et de la législature. Or, quant au premier, on le travaillait assez fortement pour que, son caractère étant donné, on pût croire qu'il accepterait tout ce que voudrait le grand conseil, et quant à ce dernier, l'esprit dont il était animé allait ressortir assez clairement d'un fait que le Nouvelliste se hâta d'enregistrer avec une joie non dissimulée : « Les doctrinaires ont dû faire place au centre gauche et à la gauche appuyés sur l'extrême gauche, soit sur le radicalisme. » Le grand conseil venait de mettre de côté pour la présidence et la vice-présidence les anciens titulaires et de placer à sa tête M. Demiéville. Cette évolution, préparée déjà en 1838, ne pouvait manquer d'avoir une grande importance au point de vue politique, et, plus encore, dans les circonstances du moment, au point de vue religieux. Le Nouvelliste pouvait donc ajouter: « On sent que ces nominations sont une réaction contre l'académie et une manifestation contre le méthodisme1. » Les élections au conseil d'état avaient trahi la même intention. Ce corps renfermait maintenant, outre MM. De la Harpe et Druey, un radical très prononcé, M. Blanchenay.
Dans les circonstances présentes, que feraient les classes? On pouvait poser cette question, car si jamais elles avaient été appelées à agir, c'était bien maintenant. N'étaient-elles pas la
1 Nouvelliste vaudois, N° 38, 10 mai 1839. — Le professeur S. Chappuis écrivant (18 avril 1839) à M. Henriod, ministre à Neuchâtel. lui disait :
« L'académie est maintenant un peu en émoi. Elle est assez mal vue par un
certain parti politique, et les voyants disent qu'elle pourrait s'en trouver mal. Notre affaire avec Mager nous a valu force impertinences en bon et en mauvais lieu. »
représentation officielle de l'église? Et, à ce titre, ne devaientelles pas mettre un soin jaloux à garder le dépôt de la foi de cette église ? En vouloir à la confession de foi, n'était-ce pas en vouloir à la foi elle-même ? Le moment était court, il était précieux. Les classes devaient parler.
Le 22 mai, les quatre classes se réunirent en session ordinaire, dite de censure. La conférence fraternelle, réunie à Lausanne, le 7 du même mois, avait prié MM. les doyens de proposer à leurs classes respectives d'examiner s'il n'y aurait pas lieu à faire actuellement une démarche pour le maintien de la confession helvétique.
L'assemblée des jurés de la classe de Lausanne et Vevey, reconnaissant qu'il était du devoir de la classe de protester contre l'abolition éventuelle de la confession de foi, avait nommé la veille une commission composée de MM. les pasteurs Ch. Dapples, Grenier, De Loës et Alex. Chavannes, et l'avait chargée de rédiger une adresse dans ce sens au conseil d'état. Cette adresse, lue devant la classe, fut adoptée à l'unanimité. La voici :
M. le président et MM. les membres du conseil d'état,
La classe de Lausanne n'a pu être réunie sans prendre en sérieuse considération les circonstances graves dans lesquelles se trouve aujourd'hui notre église nationale.
Nous ne voulons point parler ici des modifications qui doivent être apportées à notre église quant à sa forme extérieure, elles ont sans doute une grande importance; mais la conservation de cette église même, de ce qui constitue son essence, c'est-à-dire de sa doctrine, doit avoir pour nous une importance infiniment plus grande. Ministres de l'Evangile, notre devoir est de garder le bon dépôt qui nous a été confié, en veillant à la conservation de la doctrine sainte, prêchée par Jésus-Christ et ses apôtres, remise en lumière par nos réformateurs, et dont la confession de foi helvétique est au milieu de nous l'expression.
Cette confession de foi est sérieusement menacée. Le nouveau projet de loi que vous présenterez, dans quelques mois, à la discussion du