CHAPITRE IV
grand conseil, propose, il est vrai, qu'elle soit maintenue, et cela doit nous réjouir, mais cela ne peut suffire pour nous rassurer pleinement. Nous profitons donc de l'occasion toute naturelle qui se présente à nous aujourd'hui, pour venir vous exposer respectueusement quels sont, sur cette importante matière, nos convictions et nos vœux.
1° Nous voyons que toutes les communions chrétiennes en appellent à la Bible. Il y a donc diversité dans la manière de comprendre ce livre divin, et c'est pour cela qu'il y a diverses églises.
Or, aussi longtemps qu'il y aura diverses églises, chacune d'elles devra formuler nettement sa croyance, c'est-à-dire avoir un symbole, afin que chacun puisse choisir entre toutes ces églises celle qui lui paraît professer le plus fidèlement la vérité révélée.
Nous sommes convaincus même qu'une église ne peut exister sans la profession d'une foi commune, c'est-à-dire au fond sans un symbole. Si l'on nous ôte aujourd'hui celui que nous possédons, on ne tardera pas à le remplacer par un nouveau; ou bien, sur les ruines du symbole écrit, nous verrons s'élever un autre symbole, un symbole mouvant, variable, consistant dans l'opinion du corps auquel on confiera l'administration de l'église, et qui devra prononcer en matière de doctrine. On aura donc une règle, on ne peut s'en passer, mais au lieu d'une règle écrite et connue, ce sera l'arbitraire d'un petit nombre de personnes, la majorité mobile d'un corps qui fera la loi.
2° Depuis trois siècles, la confession de foi helvétique est le symbole de notre église nationale.
Si cette confession de foi n'est pas encore entre les mains de tout le monde, notre peuple en connaît cependant les doctrines, qui lui sont enseignées et rappelées sans cesse par la prédication des pasteurs, par le catéchisme, et par la liturgie de notre église. Il a pu comparer ces doctrines avec les enseignements de la Parole de Dieu et juger de leur conformité avec cette divine Parole. Aussi, sommes-nous persuadés que tout changement qu'on voudrait apporter à ces doctrines serait mal vu et mal accueilli dans nos paroisses.
3° Si notre confession de foi, et par une conséquence inévitable, notre liturgie et notre catéchisme renfermaient des doctrines opposées à celles de la Bible, notre devoir serait d'en provoquer la révision ou l'abolition ; car ces livres doivent toujours être placés infiniment audessous de la Parole de Dieu; il devrait alors s'opérer dans notre église une réformation nouvelle. Et si nous exprimons au contraire le désir que la confession de foi helvétique soit maintenue dans notre église,
comme règle d'enseignement, ce n'est pas seulement parce qu'elle est un / monument vénérable de la piété de nos pères, qu'elle remonte à l'origine
de notre église, et qu'elle est le gage de notre communion de foi avec toutes les autres églises réformées; mais c'est essentiellement parce qu'elle est en substance et dans tout ce qui concerne la doctrine du salut, une expression fidèle des vérités qui nous sont révélées dans la Parole de Dieu.
Nous n'avons pu voir notre précieux symbole attaqué et près de nous être enlevé sans en éprouver l'inquiétude la plus vive et la plus profonde douleur; bien souvent nous avons élevé nos mains à Dieu, pour le supplier de veiller sur l'église de ce canton et de détourner le malheur dont elle est menacée, et maintenant nous nous sentons pressés de déclarer devant vous, devant les membres de nos paroisses, et devant toutes les églises protestantes, notre attachement à la confession de foi helvétique, de telle manière que jamais sa suppression, si elle devait avoir lieu, ne puisse nous être imputée.
M. le président et MM. les membres du conseil d'état,
Il nous est doux de vous adresser ces paroles avec la certitude qu'elles trouveront de l'écho au milieu de vous. Nous désirons que par votre canal elles puissent parvenir jusqu'au grand conseil et nous vous prions d'agréer l'hommage de notre respectueux dévouement.
Au nom de la classe de Lausanne :
(L. S.) Le doyen, Leresche, professeur.
Le secrétaire, Fabre, pasteur.
Dans la classe de Marges et Nyon, le colloque de Morges ayant proposé à la classe de renouveler auprès du grand conseil la déclaration faite par elle en mai 1834, au sujet de la confession de foi, et d'exprimer le vœu que cette confession fût maintenue, la classe, tout en regrettant de ne pouvoir faire cette démarche, puisque les pétitions collectives n'étaient pas admises, décida de s'en rapporter, à cet égard, au zèle de chacun de ses membres, lesquels, individuellement, pourraient adresser leur demande à l'autorité. En conséquence, quarante-trois pasteurs ou ministres firent parvenir la lettre suivante au grand conseil: