CHAPITRE IV
M. le président et MM. les membres du grand conseil,
Les travaux législatifs auxquels vous vous êtes livrés, au sujet delà loi ecclésiastique, ont donné lieu, en premier débat, à un vote sur la confession de foi helvétique, qui a eu du retentissement dans notre patrie, parce qu'on prévoit par instinct l'immense portée qu'il pourrait avoir pour l'avenir de notre église, s'il était confirmé. Et la persistance que l'on semble mettre à enlever à cette église sa règle d'enseignement, malgré le vœu hautement exprimé par la délégation des classes de la lui conserver, nous fait un devoir, à nous pasteurs et ministres de l'église nationale, de venir, dans cette circonstance, vous exprimer nos vœux et vous faire part de nos craintes.
Comme membres de cette église, dont Jésus notre Sauveur est le divin chef, et pour laquelle la foi et l'amour de ses enfants ne doivent jamais cesser d'agir, nous venons avec respect vous demander le maintien de cette confession helvétique, pour ce qui concerne la croyance de l'église. Nous pensons, messieurs, qu'elle est nécessaire à notre église nationale, pour y conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Tout en laissant à chacun pleine et entière liberté de croyance et d'examen, cette confession, aussi longtemps qu'elle a été en lumière, a préservé notre église de l'aridité du rationalisme, et des erreurs d'une imagination qui s'égare ; et nous croyons qu'elle a puissamment contribué à maintenir la paix et l'unité de la foi au milieu de nous, en nous garantissant de l'anarchie et de la confusion.
Une règle d'enseignement nous paraît d'autant plus nécessaire, qu'aujourd'hui, par suite de notre organisation politique, notre église nationale est de fait gouvernée par des magistrats qui ne sont pas tenus, comme autrefois, à professer ses doctrines et dont la majorité pourrait un jour n'être plus de l'église. Les opinions si divergentes et si opposées sur les dogmes de la Parole de Dieu, qui se sont manifestées au sein de la représentation nationale, ne doivent-elles pas faire craindre à tout membre de l'église de voir un jour sa croyance et sa foi injustement opprimées, si la doctrine de cette église n'est pas formulée de quelque manière, pour qu'on puisse la reconnaître, et que, dans les décisions que nos conseils auront à prendre, ils n'aillent pas involontairement l'attaquer et la combattre ? Et si, par suite de cette position, les circonstances nous appelaient, comme membres de l'église, à devoir accepter le rôle de persécutés, vous n'accepteriez jamais pour vous, celui de persécuteurs. Et c'est pourtant à quoi vous conduirait infailliblement la sup-
pression de tout formulaire, en vous mettant dans l'obligation de prendre des décisions à l'égard d'une église dont vous ne connaîtriez pas explicitement les doctrines.
Comme citoyens de cette patrie que nous chérissons tous, ne nous serait-il pas permis aussi de vous rappeler nos garanties constitutionnelles, qui maintiennent notre église nationale dans son intégrité, qui lui conservent par conséquent la confession helvétique pour règle d'enseignement, aussi longtemps que l'église elle-même n'en demande pas la suppression, ou qu'elle n'en a pas accepté une autre. Car vous pensez, sans doute, comme nous, qu'à l'église seule appartient le droit de statuer sur ses doctrines. Ces garanties constitutionnelles nous sont d'autant plus chères, messieurs, que c'est nous, comme citoyens, qui nous les sommes données et qu'elles ont pour but le maintien de la religion de nos pères, qui est celle du pur Evangile. Tout ce qu'on a dit pour attaquer ces garanties, loin de nous avoir convaincus, a plutôt fait naître en nous cette crainte, que quelques personnes ne veuillent, à tout prix, enlever à l'église nationale son formulaire de doctrine, afin de pouvoir d'autant mieux la diriger suivant leurs opinions et leurs vues. Mais, vous le savez, messieurs, et nous nous permettons de dire ce que l'histoire confirme à chaque page, c'est par la persuasion et non par les coups d'état que l'on réforme une église ; et vous penserez sans doute avec nous que la violation de notre charte sur ce point, en faisant naître l'inquiétude et la défiance dans les esprits, pourrait altérer la sécurité et le repos dont nous jouissons, lesquels le maintien de nos garanties constitutionnelles, avec la bénédiction d'en haut, peuvent seuls nous assurer.
Comme pasteurs de l'église nationale, nous vous demandons enfin le maintien de la confession helvétique, autant pour faire connaître au monde religieux ce que nous sommes, que pour éloigner de nous toutes ces inculpations mensongères, par lesquelles l'ignorance et la mauvaise foi peuvent d'autant plus facilement calomnier les ministres d'une église, que la doctrine qu'ils professent n'est pas clairement connue. Nous tenons, messieurs, à ce que l'on sache, dans l'église chrétienne, que nous ne sommes ni ariens, ni sociniens, ni méthodistes, ni rationalistes, mais que nous sommes, que nous voulons être chrétiens évangéliques, réformés. Dans un pays comme le nôtre, qui jouit de la liberté, et où personne ne peut être jugé que sur la loi, ne nous serait-il pas permis, à nous ministres de l'église nationale, de réclamer la même liberté pour les jugements disciplinaires que vous pourrez être appelés à