‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 107 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

prononcer ou à sanctionner ! Or, sans un formulaire de doctrine, nous pourrons être censurés, suspendus, ou destitués, aujourd'hui pour être ou pour n'être pas rationalistes , demain pour cause de méthodisme, une autre fois pour des erreurs de catholicisme, suivant les opinions, ou l'arbitraire de nos juges, et le caprice du moment. Et, si par crainte oie cet arbitraire, vous preniez le funeste parti de ne jamais prononcer de jugement en matière de doctrine, vous tomberiez alors dans cette grave erreur, que vous repoussez aussi fortement que nous, c'est que toutes les doctrines sont indifférentes; c'est qu'il n'y a pas de vérité, ot par conséquent point de révélation. Et protecteurs constitutionnels 4e l'église, vous ruineriez par la base le fondement de toute église.

Nous concluons, messieurs, en vous demandant le maintien de la confession helvétique, comme règle d'enseignement, dans notre église, .aussi longtemps que le peuple de celle-ci n'en demande pas la suppression.

Agréez, messieurs et souverains magistrats, nos vœux les plus sincères pour vos personnes et la prospérité de notre patrie. Que l'Esprit de Dieu repose abondamment sur vous ! Qu'il vivifie de plus en plus notre église, afin que magistrats et pasteurs nous travaillions tous au vrai bonheur de notre patrie, en attirant sur elle les bénédictions du Seigneur !

Rolle, ce 22 mai 1839.

Dès le mois de mars, la classe de Payerne et Moudon avait envoyé au conseil d'état une adresse en faveur du maintien de la confession de foi. Dans son assemblée du 22 mai, elle se borna, en conséquence, et sur la proposition du colloque dAvenches, à examiner quelles démarches il conviendrait de faire pour rendre sensible l'incompétence de l'état à décider ce qui concerne le spirituel de l'église, sans que le clergé et le peuple y prennent directement part. On s'arrêta à l'idée de provoquer de la part de tous les pasteurs du canton une adresse respectueuse au grand conseil sur son incompétence dans les alï'aires de doctrine. Voici l'adresse du 5 mars à laquelle il est fait allusion dans ce qui précède :

MOUVEM. RELIG. IV. 15

Monsieur le président et Messieurs les membres du conseil d'état,

Ce n'est pas la première fois que la classe de Payerne et Moudon a témoigné auprès de vous de son attachement aux grandes et consolantes doctrines de la parole de Dieu, exprimées dans la confession de foi des églises réformées de la Suisse. Et quoique nous puissions supposer que le vœu des pasteurs et ministres du canton de Vaud, en général, et de ceux de notre classe en particulier, relativement à la confession de foi helvétique, est suffisamment connu, cependant il nous a paru que, dans les circonstances actuelles, nous nous devions à nous-mêmes, et peut-être aussi à vous, messieurs, une manifestation plus authentique de nos sentiments à cet égard. C'est dans ce but que nous venons vous demander le maintien de notre confession de foi comme règle d'enseignement.

Nous ne saurions concevoir une église où il n'y aurait aucune règle semblable, où, par conséquent, il serait loisible aux pasteurs d'apporter en chaire et dans leurs instructions catéchétiques, à demi couverts sous le manteau de la Bible, tout ce que bon leur semblerait. Ce serait, il nous semble, instituer le désordre le plus complet. Une pareille église, s'il est vrai que ce fût même une église, ne saurait subsister longtemps. On ne tarderait pas, comme ailleurs, de sentir la nécessité d'avoir une loi formulée, d'après le texte de laquelle on pût juger l'enseignement d'un pasteur, dans tel ou tel cas particulier ; or c'est là une confession de foi. Ou bien si l'on persistait à n'en plus vouloir, elle se montrerait nécessairement incarnée dans la personne des hommes appelés à prononcer. Or, dans la sphère ecclésiastique, comme dans la sphère politique, le règne de la loi écrite est assurément préférable à celui de l'arbitraire.

Nous croyons donc nécessaire au bien de notre église qu'il y ait une confession de foi, et nous demandons que ce soit la confession helvétique, parce que la règle d'enseignement qu'elle pose nous paraît parfaitement d'accord avec les grandes vérités que l'Ancien et le Nouveau Testament nous révèlent, vérités auxquelles, avec la grâce de Dieu, nous conformerons toujours nos enseignements publics et particuliers.

Veuillez agréer, Monsieur le président et Messieurs les membres du conseil d'état, avec nos vœux pour que la bénédiction divine repose sur vos travaux, l'hommage de notre respect et de notre dévouement.

Le 5 mars 1839.

(Suivent les signatures de M pasteurs et ministres de cette classe.)

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