CHAPITRE IV
La classe d'Orbe et Yverdon eut à s'occuper d'une proposition du colloque d'Yverdon conçue en ces termes : « Qu'il soit envoyé au conseil d'état une adresse, soit déclaration, émettant le vœu que la confession helvétique soit maintenue par la nouvelle loi ecclésiastique et cela sur le pied où elle existe actuellement dans l'église de notre canton. » Cette proposition fut adoptée avec cette modification que la déclaration seraitadressée au grand conseil. M. l'ancien doyen Elie Rochat s'opposa seul à cette démarche et demanda que son nom fût inscrit au protocole comme ayant fait minorité. La déclaration de la classe s'exprimait ainsi :
Messieurs,
Plusieurs fois, depuis quelques années, les classes se sont trouvées dans le cas de donner des témoignages officiels et positifs de leur attachement à la confession de foi des églises réformées de la Suisse, et elles l'ont toujours fait avec empressement. Au mois de mars 1838, la délégation, parlant au nom des classes, confirma, par un vote solennel, leurs vœux à cet égard. Il aurait semblé, au premier abord, que la classe aurait pu s'en tenir à ces manifestations, mais puisqu'un nouveau projet de loi va être soumis au grand conseil, elle croit devoir à la religion, et se devoir à elle-même, de vous exposer respectueusement, sur ce point, ses vœux et ses principes.
Du reste, après avoir vu la confession de foi maintenue par trois projets successifs d'organisation ecclésiastique, après avoir lu les débats auxquels cette règle d'enseignement a donné lieu et dans lesquels les motifs en faveur de sa conservation ont été développés avec tant de logique et d'éloquence, la classe d'Yverdon et d'Orbe s'adresse à vous avec une confiance justifiée par votre haute sagesse, et qui repose avant tout sur le chef suprême des nations et de leurs gouvernements.
Elle vient par la présente déclaration vous exprimer le vœu que la confession de foi des églises réformées de la Suisse soit maintenue, comme règle d'enseignement dans notre église, sur le pied actuel.
C'est ce qu'elle fait tout premièrement dans l'intérêt de la foi religieuse professée par le peuple vaudois, et qui serait dangereusement
troublée, soit que l'absence de toute règle laissât le champ libre aux opinions les plus divergentes, et par conséquent aux dissensions interminables qui s'ensuivraient, soit qu'on remplaçât notre confession actuelle par une différente, dût-on même se borner à la rédaction d'une liturgie et d'un catéchisme nouveaux, ce qui serait de nature à répandre dans la nation les plus vives alarmes. Elle le fait ensuite au nom de la morale publique, du repos des familles et de l'ordre social, qui seraient tous compromis par les conséquences inévitables de l'absence d'une règle d'enseignement. Elle le fait aussi au nom de la justice qui exige, ou de déclarer inattaquables les ministres de l'église nationale, quels que soient leurs enseignements, ou de leur tracer des limites qu'ils ne doivent pas franchir. Elle le fait encore au nom de la paix publique, que pourrait faire disparaître du milieu des Vaudois le seul énoncé du dessein de changer la religion de leurs pères. Elle le fait enlin parce qu'elle estime que la confession de foi est garantie par l'article 9 de la constitution.
Tout en demeurant dans les limites de ce respect profond que les lois divines et humaines imposent envers les autorités constituées à tous les citoyens et particulièrement aux prédicateurs du dogme et de la morale de l'Evangile, la classe se permettra de rappeler que rien n'est plus dangereux que de tenter des innovations blessant au cœur les habitudes et les affections religieuses d'un peuple.
Ne pouvant s'étendre davantage, dans cette simple déclaration, elle s'en réfère, à l'égard de la confession de foi, aux limites posées par la délégation, dont le vote n'a concerné que les chapitres disciplinaires de cette confession, ainsi qu'aux arguments développés au grand conseil par les orateurs partisans du maintien de ce formulaire. Cependant pour ne point exposer ses principes à de fausses interprétations, elle déclare que tout en tenant à la confession de foi, comme elle vient de le dire, elle ne la regarde pas comme un formulaire destiné à maintenir au milieu de nous l'uniformité de l'enseignement religieux, et qu'elle ne reconnaît d'autre règle de foi que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Veuillez, monsieur le président et messieurs les membres du grand conseil, accueillir favorablement cette respectueuse manifestation des sentiments de la classe d'Orbe et d'Yverdon, qui vous sont déjà connus, et agréez, avec ses vœux pour qu'il plaise à Dieu de vous seconder dans vos travaux, l'hommage de son profond respect.
Pour la classe d'Orbe et d'Yverdon :
Le doyen, Ad. Bauty, pasteur, Le secrétaire, Auguste Gonin.
Fiez, ce 21 mai 1839.