CHAPITRE IV
La conduite uniforme des classes et leurs protestations unanimes en faveur de la confession de foi déplurent, nous avons à peine besoin de le dire, au Nouvelliste et à ses patrons, qui ne manquèrent pas de signaler à la vindicte de leurs lecteurs ce ce qu'ils appelèrent la coalition du clergé. Il ne devait pas être permis aux conducteurs spirituels de l'église vaudoise de manifester des sentiments aussi contraires à la soumission que le pouvoir avait toujours exigée des classes et au mutisme qu'il leur avait imposé. Les témoignages de sympathie et les félicitations que les classes avaient fait tenir au clergé zurichois à propos du renvoi du fameux docteur Strauss irritaient à l'excès le journal de M. Druey. Il se répandait en invectives et en menaces contre le clergé vaudois, et s'attirait ainsi une vigoureuse réponse du doyen Bauty1.
Il y avait pourtant, dans la composition de la commission chargée de rapporter sur le second projet de loi du conseil d'état, quelque chose de propre à rassurer le Nouvelliste sur l'issue définitive de la lutte. On ne pouvait méconnaître dans
I .\ouvelliste caudois, N° 45, 4 juin 1839. — Dans une lettre du professeur S. Chappuis, adressée à M. Henriod, ministre à Neuchâtel, le 18 avril 1839, nous lisons les lignes suivantes relatives aux affaires du moment :
« .... Nos affaires ecclésiastiques sont encore en suspens. La confession de foi est encore debout, mais elle penche fort. J'ai vu avec douleur les attaques dirigées contre elle et surtout les principes d'où partaient en général les attaques. Mais nous avons la confiance que la vérité chrétienne triomphera de ses adversaires et profitera même de leurs victoires apparentes. Qui aurait cru que la vocation de Strauss serait un si heureux événement pour l'église de Zurich ! N'avez-vous pas admiré ce beau mouvement populaire ? Le libéralisme est bon à quelque chose, car sans lui jamais une pareille protestation de la conscience publique contre un pareil scandale n'aurait été possible. J'ai suivi ce mouvement avec le plus grand intérêt. »
II ne serait pas sans utilité de consulter sur les affaires de Zurich, en 1839, le Rapport au grand conseil du canton de Vaud, par sa députation a la diète ordinaire de 4839. (Lausanne 1839. Vincent fils, imprimeur. 91 pages.) Les rapporteurs étaient MM. //. Druey et Briatte, députés.
le choix des rapporteurs une manifestation anticonfessioniste et antiméthodiste ; l'élément hostile au clergé était largement représenté parmi eux, et, enflant sa voix, le Nouvelliste pouvait s'écrier en manière de quos ego ! : « Si les partisans de la confession agitent le peuple, les partisans de la Parole de Dieu en feront autant l. »
On voit combien la situation était tendue ; il n'y avait pas de conciliation ni même de transaction possibles. Aussi cet état de choses préoccupait-il vivement les esprits, même en dehors du canton. « Votre pauvre canton me serre le cœur, » écrivait-on de Genève à Lausanne, sans que, dans la première de ces villes, on se rendît compte de la marche suivie par les plus distingués d'entre les représentants du clergé vaudois. « Votre église est sur un volcan et je ne comprends rien aux conducteurs. D'une part je vois dans votre clergé des hommes éminents, comme Vinet, par leurs lumières et leur piété, et voilà Vinet qui, au bruit des fanfares et des couronnes, apporte un poids immense à la thèse dont Druey va s'emparer pour renverser l'église. D'autre part, je vois des hommes sincères, mais fanatiques et ignorants, comme Favre, Golliez, Descombaz, Vulliémoz et tant d'autres, qui semblent croire guérir les maux de l'église par des injures, de la rigueur, des prédications fougueuses et des violences dogmatiques2. »
Le nouveau projet de loi ecclésiastique avait été distribué au printemps aux membres du grand conseil; il devait être discuté dans la session d'automne et aboutir à une loi définitive. Le parti du mouvement s'efforcerait évidemment de changer ce qui existait, le fond et la forme, et de lancer l'église dans la
1 Nouvelliste vaudois, N° 49, 18 juin 1839. — La commission était composée de MM. Muret-Tallichet, Druey, De la Rottaz, Fischer et Briatte. s Lettre du professeur C. à M. J. G., 21 mai 1839.