‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 110 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

voie des modifications progressives, en lui faisant parcourir des phases sans terme. Pour ce parti, la religion nelait en effet qu'un besoin d'une nature variable, un élément tout humain. A l'autre pôle, se placeraient les hommes qui se figuraient que les formes religieuses sont inséparables du fond et qui voteraient pour que tout dans l'église subsistât sans changement. La force numérique appartiendrait certainement à ces deux fractions réunies ; mais la seconde fraction serait obligée de suivre la première dans sa campagne contre la confession de foi : elle y trouverait sa journée des dupes1. Entre ces deux partis extrêmes se placeraient naturellement les hommes qui voudraient faire une part égale au besoin de mouvement et à celui de stabilité; les hommes du juste milieu, les doctrinaires, comme on les appelait. C'était là vraiment le parti du progrès, mais l'accommodement tenté entre les hommes du progrès et ceux du statu quo avait déjà succombé par le mauvais vouloir de ceux qui auraient le plus gagné à ce que cet accommodement eût lieu, et si l'avenir devait appartenir un jour au parti du progrès, ce jour était encore éloigné; le pays n'était pas mûr pour la séparation.

En fait, de quoi s'était-il agi ? D'organiser une église nationale chrétienne, sans toucher aux doctrines qui devaient demeurer intactes dans leur intégrité. Cette œuvre devait s'accomplir dans l'esprit démocratique de la constitution ; elle devait offrir une église ayant une vie propre, qui lui permît d'agir dans sa sphère sans faire de la politique , de même que l'état en modérerait l'action sans faire de la théologie. C'était là tout le problème. Mais les hommes du pouvoir s'aperçurent que le peuple allait gagner, par la nouvelle organisation, ce que le gouvernement perdrait en influence, et qu'une église qui ne serait plus à la dévotion de l'état, bien que celui-ci dût conserver sur elle toute sa suprématie, pourrait devenir d'autant

* Revue suisse, N° de juin 1839. (De la question religieuse dans le canton de Vaud.)

plus redoutable que ses racines seraient désormais dans le peuple. Ces hommes entravèrent donc l'œuvre commencée et travaillèrent à la faire dévier dans leur sens. Cette influence de l'esprit de domination devait déjà marquer fortement de son empreinte le nouveau projet. Pour nous en convaincre, voyons donc ce que fut ce dernier.

Le second projet du conseil d'état présente fort peu de rapports avec le premier, dont il ne conserve presque rien. 11 ne connaît pas V église, dont le nom ne paraît qu'à l'article 10 et sans aucune définition préalable; il ne connaît que des paroisses; il ne fait plus mention de corps constitués dans l'église, ni, par conséquent, de participation des laïques à l'administration de l'église. La part la plus large est faite à l'influence gouvernementale. C'est le conseil d'état qui est appelé à administrer l'église, et le principe fondamental de cette administration est celui-ci : La souveraineté réside dans le conseil d'état. Un rouage nouveau a été substitué à l'académie, c'est la commission de consécration l. Ainsi, le nouveau projet maintenait en général ce qui existait. Les Ordonnances ecclésiastiques, émanées de l'ancien gouvernement de Berne, en 1773, y étaient reproduites sous une forme plus moderne. Le conseil d'état était en effet parti du principe qu' « il s'agissait plutôt d'enregistrer ce qui existait que de présenter une nouvelle organisation de l'église nationale, considérée dans sa masse collective. » L'église n'était pas envisagée comme « société distincte, » mais maintenue « telle qu'elle était. » Le projet « n'innovait rien dans ce qui était fondamental. » L'article 13 maintenait la confession de foi helvétique, « non comme règle positive d'enseignement, mais comme restriction apportée à la liberté illimitée de prédication -. »

Ce projet, qui allait servir de texte aux discussions du grand

1 Projet de loi ecclésiastique. Novembre 1839. 60 pages in-4.

* Exposé des motifs du projet de loi ecclésiastique. 20 pages in-4.

Page 1