‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 12 sur 173 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

Ce vœu, on l'a vu, ne se réalisa point. Mais, à peine parue, la nouvelle version fut saluée avec sympathie par la presse religieuse. On donna de justes éloges à une entreprise si grande et qui pouvait devenir si importante pour la saine intelligence et l'interprétation du saint livre , par conséquent, pour ses résultats pratiques dans le champ de l'évangélisalion du monde. L'intention des auteurs de la version ayant été de revenir à une traduction aussi littérale que possible, on les loua de n'avoir pas craint de rétrograder vers la vérité et de s'être, par cela même, rapprochés des anciennes traductions. On fît remarquer que, parmi les principes suivis dans cette nouvelle version, il en était un qui avait dû leur coûter bien du travail et dont l'importance était grande; ce principe consistait à rendre toujours et autant que possible le même mot grec par un même mot français, tout comme aussi de ne pas rendre par le même mot français deux mots grecs différents. On ne blâma point les traducteurs d'avoir, dans une œuvre de conscience plus que de science, tenté cependant des innovations, abandonné par exemple certains mots très connus pour d'autres rendant mieux la vérité, et d'avoir laissé obscur en français ce qui l'était en grec, au risque de désappointer ceux qui, ouvrant le livre aux endroits les plus difficiles, auraient l'espoir d'y trouver une plus grande clarté

Il va sans dire qu'une œuvre comme celle dont nous parlons ne pouvait être unanimement louée. Elle ne l'était même pas de tous ceux qui l'acclamaient. Chacun faisait ses réserves et il y eut bien des critiques. N'ayant pas à entrer nous-même ici dans un examen spécial de ces questions, nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui y prendraient plaisir aux ouvrages déjà cités de M. L. Burnier. Ils y verront, groupées de la manière la plus intéressante et la plus lucide , les diverses objections

1 Conf. Narrateur reli-jieux, 3 articles, Nos 105 à 107, du 4 au 17 janvier 1839.

présentées aux traducteurs, en même temps que les réponses faites à ces objections par l'homme qui, dès longtemps, était devenu l'àme de l'entreprise. M. Burnier était un esprit trop supérieur pour ne pas reconnaître l'imperfection relative d'une œuvre qui reposait sur la prétention que « notre Nouveau Testament français fût aujourd'hui pour les lecteurs ce que le Testament grec était pour les Grecs quand il parut la première fois dans le monde » Il est à remarquer cependant que, au moment même où l'œuvre de tant d'années arrivait à son terme, M. Burnier, jetant un coup d'œil sur le chemin parcouru, croyait encore pouvoir dire : « Gomme œuvre d'ensemble, conséquence d'un système mûrement pesé et nulle part ailleurs mis en pratique, la version de Lausanne n'en saurait reconnaître aucune qui la dépasse2. »

La seconde édition du Nouveau Testament (19 août 4845 — 22 mars 1847) parut en 1849, petit format, à Lyon, et, trentedeux années après le commencement du travail de révision, la troisième édition paraissait en 1859. Dès lors, l'œuvre n'a pas cessé d'être poursuivie avec persévérance et l'on sait qu'elle a été enfin remise aux soins de la Société de la version de Lausanne. (1872.)

La traduction de l'Ancien Testament, brusquement interrompue dès 1828, a été reprise plus tard et achevée dans ces dernières années. Ainsi le projet primitif des pieux promoteurs de cette œuvre a eu son entier accomplissement ; le service qu'ils ont rendu aux églises et aux fidèles de langue française ne cessera d'entourer leur mémoire d'une juste reconnaissance.

1 La Version du Nouveau Testament, etc.

2 Les Mots du Nouveau Testament, etc.

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