CHAPITRE IV
conseil et de base à la loi ecclésiastique, ne contenta personne. « Confession de foi helvétique ou servitude spirituelle, aristocratie du clergé, despotisme du gouvernement, voilà quelle serait en trois mots l'organisation de l'église nationale dans un pays dont la constitution politique a pour bases la liberté, l'égalité et la démocratie. » Ainsi s'exprimait le Nouvelliste1. Peu de jours après, le même journal, s'inspirant de confidences dont la source n'était un mystère pour personne, et se plaçant au point de vue de la commission chargée d'examiner le projet de loi, affirmait qu'une organisation entièrement démocratique de l'église ne serait pas bien accueillie, que la majorité du peuple, aussi bien que celle du grand conseil, ne voulait décidément pas que l'église nationale fût constituée en société distincte de l'état, parce qu'elle croyait y voir Y indépendance du clergé et un acheminement à la séparation. Restait l'église d'état ou l'église gouvernementale, t Faute de mieux, disait le Nouvelliste, c'est à cela que la commission a dû se rattacher; mais l'ancien esprit (celui des Ordonnances de Berne) était un esprit de servitude, le nouvel esprit est un esprit de liberté. C'est dans cet esprit que la commission propose d'amender le projet du conseil d'état. » C'est donc cet esprit qui poussait à l'abolition de la confession de foi ; qui favorisait l'idée de l'église progressive, dans sa doctrine, comme dans sa discipline ; qui voulait qu'on cherchât la croyance dans la conscience de Véglise vivante; qui exigeait que le catéchisme et la liturgie fussent mis d'accord avec la manière dont la majorité de l'église actuelle entendait la parole de Dieu. Quant à la commission ecclésiastique, le Nouvelliste parlait de cette grande innovation en ces termes : « C'est une espèce de cour épiscopale ; l'évêque ou le pape c'est le conseil d'état, et le grand conseil demeure concile.... Eglise gouvernementale-! »
1 Nouvelliste vaudois, N° 82, 15 octobre 1839 1 Nouvelliste vaudois, N° 91, 15 novembre 1839.
Les critiques que le Nouvelliste faisait du second projet du conseil d'état et les arguments qu'il invoquait contre l'adoption de ce projet trouvaient naturellement écho dans une certaine presse qui se chargeait ainsi de préparer le pays à l'asservissement complet de l'église à l'état. On ne manquait pas d'évoquer le fantôme du méthodisme que l'on montrait faisant de grands progrès et devant s'accroître encore, envahissant d'une manière redoutable l'église et l'école. On s'élevait fortement, cela va sans dire, contre les confessions de foi en général comme n'étant nullement nécessaires, et contre la confession helvétique en particulier comme étant le bouclier du méthodisme *.
Si le parti qui avait à sa tête M. Druey n'était pas content du nouveau projet de loi, le parti ecclésiastique ne l'était pas davantage. Les motifs étaient différents, le sentiment était le même. Aux yeux des derniers, le nouveau projet pouvait bien servir à édifier un établissement pour la prédication de l'Evangile, mais non à fonder une église selon la constitution. On avait cédé à la tentation de réformer l'église, tandis qu'il n'y avait qu'à Y organiser ; on était entré dans le champ des doctrines pour les attaquer, parce que, au fond, c'était bien aux doctrines que l'on en voulait; la guerre faite à la confession helvétique n'était pas autre chose qu'une guerre faite à l'Evangile. On était forcé de croire que le grand conseil, dans sa majorité, avait une tendance hostile aux doctrines de l'église, puisqu'il avait composé la commission d'examen du nouveau projet des hommes les plus opposés au maintien de la confession de foi. Le gouver-
1 Du méthodisme par rapport au projet de loi ecclésiastique. (Par S. Chanel.) Romainmôtier. Lausanne, Delisle, 1839. 15 pages. — Du nouveau projet de loi ecclésiastique et de la confession de foi, par J.-L.-B. Leresche, V. D. M. Novembre 1839. Lausanne, Delisle. 26 pages.