CHAPITRE IV. 23Ô
nement qu'on préparait à l'église était de telle nature que cette dernière serait sous la dépendance pleine et entière de l'état, même quant au spirituel. Le clergé serait plus lié encore qu'auparavant et les doctrines qui se prêcheraient désormais seraient soumises au bon plaisir du conseil d'état. Comment l'église nationale ne tomberait-elle pas ainsi dans le discrédit, dans la mort spirituelle? « En moins de vingt ans, on vous rationalisera votre église; » cette prophétie d'un journal ne se réaliserait-elle pas? En tout état de cause, on ne voyait pas comment l'église nationale continuerait à être une église chrétienne évangélique réformée, une fois que sa confession de foi lui serait ôtée. On contestait aux magistrats le droit de se poser en chefs de l'église, et, à ce titre, de la réformer, car, pour cela, il aurait fallu que les chefs de l'état fussent au moins des membres professants de l'église, ce qui n'était pas le ca.s de tous. Louis XIV pouvait dire : Vêlai, c'est moi ; mais nos évêques oseraient-ils dire : U église, c'est nous? Que résulterait-il donc tôt ou tard de ce mariage forcé et mal assorti, sinon des froissements d'abord, puis un divorce complet, une séparation profonde entre la société civile et la société religieuse? Evidemment, le nouveau projet n'était pas la loi exigée par l'art. 9 de la constitution, et, s'il devenait loi, les Vaudois auraient un évêque à neuf têtes. Pour être libres religieusement parlant, leur faudrait-il donc passer au catholicisme ou à la dissidence? Encore si l'on consultait l'église avant de la réformer; mais le grand conseil était incompétent pour décider de telles questions 1 î
C'est ainsi que raisonnaient les hommes du juste milieu ; ceux qui tenaient à conserver à l'église son caractère essentiellement chrétien ; ceux qui voyaient avec crainte approcher le
1 Conf. Narrateur religieux, Nn» 147 à 150, du 24 octobre au 14 novembre 1839, et la brochure : De la confession helvétique sous le rapport de la garantie constitutionnelle. Lausanne, Ducloux, 1839. 15 pages.
jour où, selon toute apparence, le projet de loi serait converti en loi et où se réaliseraient les prévisions funestes qu'avaient fait naître les débats antérieurs dans le sein du grand conseil.
C'est sur ces entrefaites que s'ouvrit la session d'automne du grand conseil. Jamais session ne s'était ouverte sous de pareils auspices et au milieu de préoccupations aussi graves. Les questions de simple politique ou d'administration allaient pâlirdevant la question religieuse et ecclésiastique. La représentation nationale allait encore une fois se transformer en concile dont les décisions auraient une portée et des conséquences incalculables.
A peine le grand conseil était-il réuni que lui parvinrent plusieurs pétitions relatives au projet de loi ecclésiastique qui allait être discuté dans cette session. L'une des premières était Toeuvre de vingt-cinq pasteurs et ministres de la classe de Lausanne et Vevey. En voici le texte :
Messieurs,
Dans ce moment où le grand conseil va s'occuper de la nouvelle loi qui devra régir l'église nationale évangélique réformée dans notre canton, nous éprouvons le besoin et nous regardons comme un devoir de vous exposer nos vœux relativement à la confession de foi helvétique.
Ce livre n'est, dans notre pays, qu'une règle de prédication, ou plutôt une barrière que les prédicateurs jurent de ne pas franchir. A côté de ce symbole, il reste une pleine liberté pour la foi des citoyens et pour les recherches de la science théologique. La seule classe de personnes qui semblent avoir quelque intérêt à demander la suppression de la confession de foi helvétique, ce sont donc les prédicateurs. Oter cette barrière ce serait leur donner la liberté de prêcher tout ce qu'ils voudraient sous la seule condition de le rattacher de près ou de loin à la Parole de Dieu. Or, il est facile de voir que cette liberté ne pourrait être donnée aux ministres qu'aux dépens des membres de nos paroisses. Ceux de ces membres qui désireraient rester attachés à notre église, soit pour