‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 115 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nous un peuple de citoyens, obéissant aux mômes lois, il y a aussi un peuple chrétien, animé de l'esprit de l'Evangile, qui marche à un même but religieux et moral, avec ensemble et unité. On se demande alors si le législateur, qui est appelé à régulariser les intérêts spirituels de ce peuple, peut méconnaître des faits aussi graves et aussi importants. Ne serait-ce pas volontairement courir la chance de se tromper, que de ne vouloir tenir aucun compte du mouvement et de l'activité religieuse de notre peuple au moment de lui donner une loi qui doit régler ses intérêts spirituels, en préférant la législation vieillie de 1770, avec tout son système d'arbitraire et d'enquêtes prévôtales, au système plus large et plus libéral de la législation nouvelle, suivie depuis longtemps chez nous?

Sans rien préjuger sur la loi ecclésiastique qui vous est présentée, et nous appuyant sur les faits que nous venons de signaler, nous croyons, messieurs, qu'au milieu du mouvement des esprits, et devant cette incertitude du législateur qui flotte entre plusieurs systèmes, il devient presque indispensable de consulter avant tout le peuple de l'église sur les principes fondamentaux du régime ecclésiastique qu'il préfère, par le moyen d'une représentation des paroisses, légalement convoquée par un décret du grand conseil. C'est là ce que nous vous demandons. Et pour le cas où vous rejetteriez cette demande, nous vous demanderions si l'on ne devrait pas (en suivant les formes constitutionnelles) proroger de dix ans le délai fixé par l'article 95 de la constitution, pour la révision des Ordonnances ecclésiastiques.

La première marche serait tout à la fois franche, démocratique et constitutionnelle. Quel que pût en être le résultat, personne n'aurait à s'en plaindre, et le législateur consciencieux serait déchargé d'une grave responsabilité, et de la crainte pénible de s'être décidé pour un mauvais parti. Le conseil d'état, avant la présentation du premier projet, avait consulté l'église dans la personne de ses pasteurs, ne serait-il pas convenable, à l'occasion d'un projet renfermant un système tout différent, de la consulter aussi : mais d'une manière plus libérale, comme il convient de le faire à un corps qui représente le peuple ? La seconde marche aurait l'avantage de faire profiter l'organisation de l'église de ce que plusieurs années de progrès dans l'éducation publique pourraient produire de bonnes réflexions dans les esprits des législateurs et du peuple.

Romainmôtier, le 16 novembre 1839.

MOUVEM. REL1G. IV.

L'article 13 du projet de loi (devenu l'article 12 de la loi) avait une importance toute particulière puisqu'il traitait du serment prêté par les candidats à l'imposition des mains. Le projet du conseil d'état conservait le serment de 1803, et la commission proposait la suppression de la confession de foi. « Nous plaçons, disait-elle, les pasteurs sur la même ligne que les professeurs, qui jouissent d'une grande liberté d'enseignement. » Dans la séance du 28 novembre, M. le professeur Gindroz s'efforça de démontrer que, par l'abolition de la confession helvétique, il n'y aurait plus de règle de doctrine dans l'église et qu'on ne saurait comment juger un pasteur accusé de fausses doctrines; M. le professeur Monnard se récria sur ce qu'on voulait ôter à l'église son âme, sa doctrine, pour lui substituer quoi ? non la Bible, mais des hommes; il s'éleva contre le jury proposé qui serait juge, tribunal exceptionnel, loi du 20 mai renforcée. Tous ces efforts vinrent échouer contre l'opinion arrêtée du grand conseil , opinion exprimée et acclamée par M. Druey, dont le long discours se termina par cette conclusion digne d'être remarquée : « Nous nous trouvons sur un terrain faux; on ne peut donc échapper à diverses inconséquences. Si l'on eût séparé l'église de l'état, ou si l'on eût organisé l'église comme société distincte, on aurait eu une véritable église démocratique et pu établir quelque chose de rationnel ; mais il ne faut pas songer à ces bases qui ont été repoussées. Le projet actuel a pour but d'accommoder un peu tout le monde. » C'est ainsi qu'à la majorité de 68 voix contre 56 le préavis de la commission fut adopté. Le lendemain encore (29 novembre), le grand conseil confirma son vote de la veille, en repoussant un amendement proposé par M. le pasteur Berger. Cet honorable député, considérant qu'on avait aboli la confession de

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foi helvétique, demandait qu'on établît une règle d'enseignement d'après laquelle les candidats à la consécration seraient examinés. Après une longue discussion, à laquelle prirent part, entre autres, MM. Pidou, Monnard, Alexis Forel dans le sens de M. Berger, et M. Druey dans un sens opposé, l'amendement fut rejeté à une immense majorité.

L'impression produite par la décision du grand conseil fut profonde. Les défenseurs des doctrines de la confession helvétiques apprirent cette décision avec une douloureuse émotion. « Voilà donc, s'écrièrent-ils, le second acte du 23 janvier; voilà une vraie révolution dans l'église nationale condamnée ; la voilà bouleversée jusqu'en ses entrailles sans que le peuple ait été consulté î » Et déjà ils entrevoyaient comme imminente l'invasion des faux docteurs et des doctrines de mensonge, « maintenant que, d'un moment à l'autre, la porte peut leur être ouverte; maintenant que les cloisons delà vigne de l Eternel étant rompues, les sangliers de la forêt pourront la détruire, et toutes sortes de bêtes sauvages la brouter1. »

Tandis que le grand conseil se livrait à ces discussions, et surtout lorsqu'il eut écarté de nouveau, dans un premier débat, la confession de foi, l'on vit arriver de toutes les parties du canton un grand nombre de pétitions demandant, les unes, le maintien du vote du 23 janvier, les autres, le rétablissement de la confession de foi comme règle d'enseignement dans l'église. Ces pétitions recueillirent près de vingt-deux mille signatures. Nous en ferons une mention plus spéciale à mesure qu'elles seront communiquées à l'assemblée législative. Voici , dès à présent, le texte des pétitions qui protestaient contre le rétablissement de la confession helvétique.

1 Narrateur reliijieux, Nù 153, 5 décembre 1839.

Messieurs,

Comme l'on fait circuler des pétitions pour vous demander de rétablir la confession de foi helvétique, que votre vote du mois de janvier avait, avec beaucoup de sagesse, laissée dans la désuétude où elle était tombée depuis longtemps, nous croyons devoir aussi élever la voix pour vous prier, messieurs, de maintenir vos décisions. Les soussignés désirent le maintien de l'église nationale; mais, en la garantissant dans son intégrité, la constitution ne lui a point imposé la confession de foi helvétique, alors inconnue de presque tout le monde, et dont les doctrines, dictées par l'ancien gouvernement de Berne, sont en contradiction avec nos institutions et les croyances de la grande majorité des membres de notre église actuelle. Or la confession helvétique est le drapeau du méthodisme qui l'a exhumée de ses cendres pour ériger ses doctrines en autorité. Mais une église chrétienne, et surtout une église protestante, ne peut avoir d'autre règle que la parole de Dieu qui n'a pas besoin de commentaire officiel. Le symbole des apôtres avec la liturgie et le catéchisme feront assez connaître quelles sont les doctrines de notre église, sans qu'on ait recours à des formulaires qui ont fait naître tant de dissidences.

C'est pourquoi, messieurs, nous adhérons pleinement à la décision que vous venez de prendre sur le serment des ministres, qui les oblige à prêcher la parole de Dieu, dans sa pureté et dans son intégrité, telle qu'elle est contenue dans l'Ecriture sainte, sans imposer d'autre confession à l'église et à ses serviteurs.

Lorsque, dans la séance du 30 novembre, il fut question de l'article 49 du projet sur la nomination des pasteurs , M. le professeur Gindroz proposa l'élection par les paroisses, y compris les femmes, placées par l'Evangile sur le même pied que les hommes. La commission, elle aussi, proposait la participation des laïques, sans toutefois parler des droits des femmes. Mais M. Druey revint sur la fausseté de la position actuelle. « Le système adopté, disait-il, ne satisfera jamais entièrement. La logique exigerait la séparation de l'église et de l'état. » M. Druey

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