‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 116 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

insistait sur ce point, mais il ajoutait que tant que le pays ne voulait pas la séparation, on ne l'aurait pas.

M. Muret-TalHchet reconnaissait aussi qu'en général le pays ne désirait pas l'élection des pasteurs par les paroisses, mais il croyait au triomphe futur de ce système ; tandis que M. le pasteur Simonin, se faisant ici l'écho de la masse du clergé, repoussait ce mode de nomination comme favorisant l'intrigue. L'article 19 fut donc adopté tel que le conseil d'état l'avait proposé. Les laïques étaient exclus de toute participation à l'élection de leurs conducteurs spirituels.

Dans la pensée du conseil d'état, le synode (chapitre VII du projet) devait avoir un caractère purement consultatif. Ce serait une assemblée d'experts que l'état consulterait lorsqu'il serait sur le point de décider des questions importantes pour l'église, celles entre autres qui toucheraient au spirituel. Grâce à l'union de l'église avec l'état, il fallait que les idées de l'état fussent représentées dans le synode. De là l'introduction des laïques dans ce corps.

M. Jaquet, président du conseil d'état, appuyé en cela par M. le professeur Monnard, estimait qu'il y avait quelque chose de faux dans la position faite aux délégués laïques du conseil d'état dans le synode. Quel sera leur rôle? demandait-il. A ses yeux, l'opinion de l'église ne pouvait pas être représentée par quatre personnes choisies ad libitum par un corps politique.

M. Druey répliqua que les délégués nommés par le conseil d'état étaient dans le synode en leur nom personnel et non comme commissaires spéciaux du gouvernement pour soutenir son opinion. Pour cet orateur, le synode n'était pas une assemblée représentative de l'église.

M. Pidou pensait qu'il serait plus logique de n'introduire dans le synode que des délégués des classes.

Les pétitions continuaient à affluer sur le bureau du grand conseil. Si beaucoup d'entre elles demandaient que le vote sur la confession helvétique fût maintenu, d'autres insistaient fortement pour que le conseil revînt sur sa décision ou soumît la question au peuple lui-même. Nous donnons ici le texte de quelques-unes de ces pétitions. Nous les envisageons comme des documents qu'il est utile de conserver, sans vouloir du reste en juger le fond pas plus que la forme.

Messieurs,

Vous venez, dans un premier débat, de supprimer le formulaire de doctrines qui servait de règle entre les pasteurs et l'état, depuis trois siècles. Vous préparez une loi au moyen de laquelle vous pourrez, avec la même omnipotence, supprimer plus tard et la liturgie et le catéchisme, qui contiennent précisément les doctrines contre lesquelles on s'est élevé dans votre assemblée. Enfin, vous remettez à un corps qui ne saurait représenter l'église, et qui n'est limité par aucune règle, le droit de déterminer les conditions religieuses de l'admission à l'exercice du saint ministère dans l'église nationale. En sorte que le pouvoir de statuer la religion qu'on enseignera au peuple vaudois passe tout entier entre les mains de l'autorité politique, devenue la confession vivante et perpétuellement mobile de l'église nationale.

Les soussignés vaudois, estimant que la suppression delà doctrine de l'église est une atteinte portée à la constitution qui garantit le maintien de cette église dans son intégrité; convaincus que cette constitution est confiée à la garde non-seulement des autorités mais de tous ceux qui l'ont jurée, et par conséquent à la leur; se sentant en conséquence obligés de prévenir autant qu'il est en eux une infraction au pacte fondamental, grave en elle-même, et après laquelle il n'est aucune des autres conventions dont cette loi des lois se compose qui ne puisse être enlevée de même par une loi ou par un décret.

Faisant abstraction de tout système particulier sur l'église et l'état, <et se plaçant au point de vue du droit écrit et de la liberté. Persuadés

Page 1